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samedi 7 avril 2018

La vieille alliance entre puritains et cigarettiers renaît dans la presse suisse-allemande

L'anti-tabac Peter Hess travaillait pour British American Tobacco

















La revue suisse-allemande Beobachter a publié un article sur les méthodes d'influence des cigarettiers le 15 mars. Absent de marque de son panorama, le rôle du discours puritain contre les moyens de réduction des risques au profit du maintien des ventes de cigarettes. Une stratégie classique qui avait pourtant déjà été mise en oeuvre par les cigarettiers en Suisse. Y a t-il une face cachée à l'offensive puritaine anti-vape dans la presse Suisse?

"Il est très irritant que des organismes de prévention propagent à présent des drogues pour remplacer d'autres drogues. Ça m'énerve", peste Ruth Humbel dans le Beobachter du 15 mars. La Conseillère nationale du Parti Démocrate Chrétien (PDC) cible en l’occurrence le soutien pour l’arrêt tabagique à l’aide du vapotage dans un article du bi-hebdo suisse-allemand consacré aux méthodes d'influence des cigarettiers. Parmi les "astuces" des cigarettiers, il y en a une sur laquelle l'article de Beobachter ne souffle mot. Alors même que l'expression de Ruth Humbel dans ses colonnes rappelle étonnamment le discours de son illustre prédécesseur Peter Hess au début des années 1990'.

Extrait des archives de 1991 du PDC (pages 1981-1982)A l'époque, Peter Hess est aussi un élu au Conseil national pour le PDC et il mène campagne pour interdire un autre produit de réduction des méfaits contre les cigarettes. Le 20 juin 1991, il dépose un postulat pour inscrire la prohibition du snus dans la révision de la loi tabac. Sa motion s'accompagne d'un matraquage médiatique où le tabac à suçer suédois à teneur en nitrosamines réduite est annoncé comme "l'horrible nouvelle drogue qui va envahir la Suisse" dans le Blick, entre autres titres de presse. Le Conseil Fédéral suit son postulat et inscrit l'interdiction du snus dans la loi qui entre en vigueur en 1995. Au nom de la santé publique, le milieu anti-tabac se félicite de cette victoire et salue son héro Peter Hess.

L'anti-tabac travaillait pour BAT

Lettre ouverte de JC. Rielle à P. Hess

Dix ans plus tard, le ton a singulièrement changé. "M. Peter Hess, ayez le courage de démissionner", interpelle le Dr. Jean-Charles Rielle, membre de l'Association pour la prévention du tabagisme (AT-Suisse), dans une lettre ouverte le 24 février 2001. Le motif de la colère du socialiste genevois contre le démocrate-chrétien zougois se trouve dans les révélations de la presse suisse: Peter Hess siège au Conseil d'administration d'une filiale de British American Tobacco (BAT). 
Le Conseiller national PDC Peter Hess fait interdire le snus en 1991 et avoue travailler pour BAT en 2001
Une enquête du collectif de journalistes européens (ICIJ), qui sera publiée en août 2001 dans le Guardian, sur les réseaux complexes de BAT pour écouler des cigarettes hors taxes met en lumière le rôle clef d'une filiale suisse nommée British American Tobacco International (BATI). En avant-première, l'info sur le poste au Conseil d'administration de BATI, domiciliée à son cabinet d'avocat à Zoug, du Conseiller national Peter Hess fuite le 12 février en Suisse. Les semaines suivantes, la presse déniche pas moins de 37 mandats d'administrateurs non déclarés par celui qui préside le Conseil national suite à son échec, pour une voix, au Conseil fédéral en 1999. Refusant de démissionner du Conseil national et soutenu par son parti, Peter Hess finit son mandat mais ses électeurs lui font payer et il n'est pas réélu aux élections de 2003. Durant le scandale, aucun média ne revient sur le fait qu'il est à l'origine de l'interdiction du snus.

La coalition des abstinents et des trafiquants 

5% de fumeurs suédois grâce au snus
Cette histoire, Thomas Angeli et Otto Hostettler, qui cosignent l'article du 15 mars dernier dans Beobachter, la passent sous silence dans leur présentation des moyens d'influence des Big Tobacco. Elle est pourtant un exemple typique d'union objective que peuvent nouer, consciemment ou non, puritains et cigarettiers contre les moyens de réduction des méfaits. Depuis cette histoire des années 1990', la Suède a vu son taux de fumeurs dégringoler à 7%, tandis qu'une large part des suédois a reporté sa consommation de nicotine sous la forme de snus. L'ensemble des maladies liées au tabagisme, y compris les cancers du pancréas, ont chuté en conséquence.

Il n'est pas dit que les fumeurs suisses auraient adopté le snus en place des cigarettes s'il avait été en vente légale. On peut facilement imaginer que les amis des deux bords de Peter Hess se seraient alors employé à effrayer les fumeurs pour les maintenir dans le tabagisme. C'est ce qu'il s'est passé dans les années 1980' pour les Nicorettes et aujourd'hui pour le vapotage. Ce type d'union tactique entre des groupes apparemment totalement opposés est une voie classique, bien que tordue, de défense d'intérêts. Les économistes l'ont surnommé la "Baptists and bootleggers coalition", en référence à la convergence d'intérêts des mafias et des ligues d'abstinence durant la prohibition de l'alcool aux Etats Unis dans les années 1920'. 

Avant Philip Morris, les anti-réduction des risques tentent d'empêcher l'étude sur l'Iqos

Outre l'histoire de Peter Hess, le super héros anti-tabac qui travaillait pour BAT - dont on peine à croire qu'elle soit méconnue d'un journaliste suisse-allemand -, le magazine omet d'autres éléments dans les sujets mêmes qu'il traite. Beobachter revient sur l'épisode concernant les pressions de Philip Morris contre les chercheurs lausannois de l'étude sur l'Iqos publié dans JAMA Internal Medecine, que nous avions relaté à l'époque
L'équipe de recherche lausannoise a travaillé bénévolement pour son étude sur l'Iqos, le budget de recherche ayant été bloqué par les anti-réduction des risques
Le journal suisse-allemand publie la lettre de Moira Gilchrist, porte-parole de PMI, aux autorités universitaires lausannoises. Mais Beobachter passe totalement sous silence qu'avant Philip Morris, c'est le clan anti-réduction des risques qui a tenté d'empêcher l'étude en bloquant son financement. Thomas Angeli et Otto Hostettler ne pipent pas un mot du refus, ni de ses motivations, de la Commission fédérale pour la prévention du tabagisme (CFPT), notoirement sous le contrôle du clan intégriste. 

Le culte de l'obscurantisme

Le mafieux et la ligue d'abstinence dans Boardwalk Empire
Evidemment, ce fait ébrèche salement la thèse manichéenne assénée par Beobachter. Difficile de croire que les défenseurs d'une approche de réduction des risques servent les cigarettiers tandis que les puritains seraient l'unique rempart contre Big Tobacco, alors que ces derniers manœuvrent en coulisse pour bloquer la même étude. Présentée sans cette omission, le cas de l'étude lausannoise est un exemple clair de l'alliance objective, peut-être non intentionnelle, entre le clan puritain et les intérêts des cigarettiers. 

Il est troublant que les journalistes du magazine du groupe Ringier n'ait pas saisi l'occasion d'interroger les représentants du clan anti-vape sur leur apologie de l'obscurantisme à ce sujet. Alors que leur argument principal contre le vapotage est un sempiternel "on ne sait pas" censé justifier un principe de précaution laissant la voie libre aux cigarettes, dont le danger, lui est connu. Une posture qui permet de distiller le doute et la confusion alors que des organismes au-dessus de tout soupçon et autrement plus compétents ont produit des évaluations précises et sérieuses. Mais apparemment, le Royal College of Physicians britannique et le Public Health England n'existent pas pour les journalistes de Beobachter. Le magazine offre une tribune au clan puritain sans contradicteur, ni prise de distance critique.

La théorie du complot généralisé pour tout argument

En plus de la fabrique du doute, d'autres méthodes attribuées à juste titre aux cigarettiers se retrouvent être aussi les moyens usités par les sources privilégiées du journal. En matière de lobbyisme d'influence, Beobachter en donne un exemple en acte. Celui-ci vient après les campagnes médiatiques du journal télévisé de la RTS, de la NZZ, d'Infosperber et de 20 Minutes... A plusieurs reprises, on retrouve Rainer Kaelin à la baguette de celles-ci, comme de nouveau dans cet article de Beobachter. Ce médecin de Morges exerce sa prose surtout dans des écrits à visée politique dont la trame se résume systématiquement à une théorie du complot plutôt simple. Et qui constitue un exemple parlant de tentative de "discréditer les chercheurs indésirables", pour reprendre l'expression des journalistes du magazine suisse-allemand.

A titre d'exemple, on peut se reporter aux accusation de Rainer Kaelin contre une bonne partie du milieu anti-tabac après la nette défaite en votation populaire de l'initiative pour durcir les lois contre le tabagisme passif en 2012. Selon lui, le milieu anti-tabac Suisse agit sous l'influence des lobbys, laissant planer le doute s'il s'agit de ceux du tabac ou de la pharma. Il vise explicitement la présidente de la Ligue pulmonaire vaudoise, la Fédération des médecins suisse (FMH), la présidente de la Société Suisse de Médecine Interne (SSMI), le Public Health Suisse (depuis SSPH+) et le "président B.M." de l'Association pour la prévention du Tabagisme (AT-Suisse). Coupables d'avoir permis au camp cigarettier de gagner, selon lui. "Attribuer ces silences au hasard ou à des erreurs de communication n’est pas plausible. Ils apparaissent comme un comportement systématique, nuisible aux efforts de la prévention du tabagisme et attribuable à des réseaux d’influence très puissants", juge Rainer Kaelin, dans un article publié dans la revue Bioethica

Les interminables purges de Rainer Kaelin

Rainer Kaelin habitué des accusations délirantes
On a déjà vu plus lucide comme analyse. Mais à défaut d'être fondée sur quelconque preuve, cette stratégie de terrorisme idéologique porte tout de même ses fruits. La dernière "plateforme des partenaires pour la prévention du tabagisme" en a été le théâtre. De manière à peine voilée, les tenants de la ligne dure ont menacé de représailles ceux qui oseraient ouvrir le débat publiquement sur la réduction des risques.

Il n'en fallait pas plus pour que Rainer Kaelin se remette en chasse de l'ennemi intérieur dans le milieu anti-tabac et multiplie les diffamations contre le Pr Jean-François Etter, le principal connaisseur de la question en Suisse. Dans l'article de Beobachter, le spécialiste de santé publique doit encore une fois réaffirmer qu'il n'a aucun lien avec l'industrie cigarettière. Difficile de savoir si Rainer Kaelin répand la confusion intentionnellement ou par folie. Ce qui est sûr, c'est le ridicule des médias qui continuent de lui donner la parole sans distance critique face à ses déblatérations sensationnalistes.

Chape de plomb

Mais les soupçons entretenus artificiellement et la chasse aux sorcières fonctionnent bien dans le milieu anti-tabac suisse. Les autres experts suisses intéressés par le sujet n'osent plus intervenir. A une de mes sollicitations, un chercheur du domaine m'a répondu qu'il ne pouvait risquer d'être lié à des publications sur la réduction des risques sans craindre pour sa réputation et la suite de sa carrière. Même silence des spécialistes suisses sur le tabagisme favorables à la réduction des risques lors de la récente consultation publique sur l'avant-projet de loi tabac (LPTab). 

Seules les associations locales, celle des usagers Helvetic Vape et des professionnels de la vape SVTA, ont osé critiquer l'absence de prise en compte du pilier de la réduction des risques dans le projet de loi. Unique contribution en ce sens émanant de scientifiques, celle de 18 experts de renommée mondiale spécialistes du sujet mais dont aucun n'est suisse. Hors de ces rares exceptions, une chape de plomb recouvre le sujet du vapotage dans une perspective sanitaire en Suisse. 

Plutôt le maintien du tabagisme que toute alternative à risque réduit

Restent les acteurs de terrain bien conscients, à l'image du Groupe Romand d'Etudes sur les Addictions (GREA), de l'échec de l'approche uniquement pro-abstinence imposée depuis dix ans par le clan anti-réduction ds risques. En situation, ils s'intéressent et utilisent de plus en plus le vapotage comme aide à l'arrêt des cigarettes malgré l'interdiction de vente de liquides nicotinés. D'où le ciblage de Ruth Humbel contre "les organismes de prévention propageant des drogues à la place d'autres drogues" dans Beobachter. Le mot d'ordre vise à la fois à exclure ceux prêts à une réflexion et au débat et entretenir l'incertitude sur le vapotage. On pourrait croire à s'y méprendre à une des méthodes présentées par Beobachter comme celle des cigarettiers.
"Les autorités sanitaires ne doivent pas recommander la cigarette-électronique pour le sevrage du tabagisme", Lucrezia Meier-Schatz et Macé Schuurmans
Imposer une discipline strictement puritaine aux professionnels socio-sanitaires, dont l'expérience de terrain les amène à plus de pragmatisme et de tolérance à la réduction des risques, est un leitmotiv du clan. "Les autorités sanitaires ne doivent pas recommander la cigarette électronique pour le sevrage du tabagisme", assénait déjà l'avis de la Commission Fédérale de Prévention du Tabagisme (CFPT) signé de Lucrezia Meier-Schatz et de Macé Schuurmans, ami de Rainer Kaelin, en septembre 2016. Un avis qui reprenait aussi à son compte la revendication de la taxe anti-vape de Philip Morris. 

Tuer le débat sur les vies que la réduction des risques peut sauver

Ces positions de principe contre la réduction des risques, on pouvait les anticiper par l'invitation de l'ultra-intégriste maltais Tonio Borg par l'Alliance anti-tabac en mai 2016 à Berne. Leader anti-avortement, contre le droit au divorce, ayant coupé des aides financières pour la distribution de préservatifs et homophobe décomplexé, l'anti-réduction des risques Tonio Borg n'était pas l'invité d'honneur de l'Alliance anti-tabac par hasard. La lutte anti-vapotage est bien un élément d'une vision politique puritaine globale.

La plupart des méthodes des cigarettiers présentées par Beobachter se trouvent aussi mises en œuvre par le clan anti-réduction des risques. Le jeu de lobbying intense, la diffamation des professionnels favorables à la réduction des risques, l'enfumage du milieu médical et du public en semant la confusion, le doute et par l’amalgame entre produits cigarettiers et vapotage. Leur objectif est de saboter la possibilité d'un débat rationnel sur l'approche de réduction des risques au profit de peurs et d'émotions cultivées par de faux amalgames. Dans un contexte où la stratégie unique pro-abstinence est un échec depuis dix ans, le public helvète va-t-il encore se faire enfumer par cette alliance contre nature entre cigarettiers et puritains ?


dimanche 11 juin 2017

Philip Morris avoue la pyrolyse de l'Iqos mais tente de faire retirer l'étude lausannoise

"Nous n'avons jamais affirmé que l'Iqos est dépourvu de processus pyrolytiques, bien connus pour augmenter avec l'augmentation de la température, et qui sont responsables de la plupart des composés nocifs ou potentiellement nocifs (HPHC) restant trouvés dans l'aérosol de l'Iqos. Cependant, aucune combustion ne se produit dans l'Iqos." Signée de Serge Maeder et Manuel Peitsch, la réponse publiée le 30 mai sur le site de Philip Morris reconnait la pyrolyse mise en évidence par une équipe de recherche lausannoise publiée dans JAMA Internal Medicine le 22 mai dernier. "La fumée dégagée par l'Iqos contient des éléments provenant de pyrolyse et de dégradation thermochimique qui sont les mêmes composés nocifs que dans la fumée de cigarette de tabac conventionnelle", souligne l'étude menée par le Pr Reto Auer, de l'Université de Berne, que nous avions relatée brièvement

La chique coupée

Contacté jeudi, le Dr Reto Auer nous dit attendre que les éditeurs de la revue JAMA Internal Medicine lui demandent de répondre au contre-argumentaire des cigarettiers. "Nous respectons les processus normaux de révision et validation des publications scientifiques, avec le temps nécessaire à ce qu'ils se déroulent", s'est limité à nous déclarer le chercheur référent de l'étude.

Depuis, les événement s'emballent. Ce même jeudi 8 juin, Jean-Daniel Tissot, Doyen de la faculté de biologie et médecine de l'Université de Lausanne, reçoit un courrier de Philip Morris exigeant le retrait de l'étude. L'information, qui me rappelle quelque souvenir ressemblant avec le même cigarettier en 2015, est diffusée dans un communiqué des Jeunes Verts durant le week-end. Désormais, toute communication sur le sujet doit forcément passer le filtre de la hiérarchie de l'Université. Philip Morris semble avoir déjà réussi, au moins partiellement, à bâillonner les chercheurs.

Charbonnage de gueule ?

Pourtant ni ce que révèle l'étude lausannoise, ni la répartie du cigarettier ne sont excessivement surprenantes. A condition de ne pas se laisser abuser par des raccourcis du langage courant. L'Iqos ne produit pas de combustion prétendent les ingénieurs du cigarettier. Oui, mais... Toute cigarette est objet de pyrolyse et, au sens strict, n'est pas en état de combustion complète. "Quand le tabac pyrolyse, cela produit une myriade de composés semi-volatiles, volatiles et non-volatils, tels que les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP)" et une longue liste de composés volatiles organiques (COV), explique Jeffrey Wigand, ex-Vice Président du département de recherche durant 15 ans à Brown & Williamson Tobacco Corp, dans un rapport en 2006.

En contraste, une combustion complète se produit à très haute température. Aux environs de 1500°C pour du tabac, alors que les cigarettes atteignent en leur point le plus chaud environ 900°C. Une combustion complète s'accompagne aussi de flamme et a pour particularité d'être auto-générée. "La preuve claire d'un processus exothermique" est un des deux paramètres nécessaires pour déterminer la combustion relevés par le mémoire de Philip Morris lui-même sur l'Iqos (p.27). Or, le papier des cigarettes dites industrielles contiennent des additifs entraîneurs de combustion pour éviter qu'elles ne s'éteignent (ce que font souvent les cigarettes roulées "soi-même"). 

Des sels de nitrate ou citrate de sodium et/ou de potassium semblent utilisés pour ce rôle depuis la seconde guerre mondiale selon un document interne révélé il y a une vingtaine d'années du cigarettier Brown & Williamson. Le secret de la composition précise des cigarettes restant toujours couvert par les autorités, on ne peut pas être certain que d'autres additifs ne soient pas aussi employés à cette fin.

Smoking and charing versus vaping

En d'autres termes, réduire les cigarettes classiques allumées à un processus de combustion complète serait abusif. Or ce sont les résidus de combustion incomplète et pyrolyse qui forment les composés les plus nocifs du tabagisme, point bien connu des spécialistes sérieux sur la question. Outre les COV et HAP, la génération de monoxyde de carbone (CO) en est un élément clef. Sa présence atteste de combustion incomplète ou de pyrolyse. Le processus de dégradation des composés en absence d'oxygène produit du CO en place du CO2 dégagé en combustion complète. L'étude lausannoise confirme la présence de CO dans la fumée produite par l'Iqos. De son côté, les cadres scientifiques de Philip Morris en contestent le taux mesuré mais pas sa présence. Difficile dans ces conditions d'accorder crédit aux médias présentant l'Iqos comme produit "smokeless" sans fumée.

Le cigarettier met également en doute certaines mesures des taux relatifs de toxiques dégagés par l'Iqos comparés à ceux d'une cigarette Lucky Strike Blue Light relevées par les chercheurs universitaires. Sur les antennes de la radio RTS la 1ère le 31 mai, Aurélie Berthet, co-auteure de la recherche, reconnait que le protocole est propre à cette étude pilote. "On a utilisé une machine faite en laboratoire", explique la toxicologue de l'Institut romand de santé au travail (IST).

On peut comprendre des différences de mesures en absolu, le volume des bouffées variant probablement entre cette machine à fumer et celles utilisées par Philip Morris. Mais les taux relatifs comparés des fumées de l'Iqos et de la Lucky Strike mesurées avec une même machine ne devraient pas être faussés. Sur ce point, les raisons des divergences entre les deux parties restent obscures. Elles pourraient provenir des cigarettes utilisées, Lucky Strike Blue Light du côté des chercheurs lausannois contre la cigarette standardisée 3R4F par les tests des cigarettiers. Les suites, si elles peuvent emprunter un cours scientifique, apporteront peut-être des éclaircissements. 



Ce que l'on sait


Ce qui est clair, c'est qu'avec la même machine de test, la toxicologue n'avait pas détecté de HAP et seulement des taux non significatifs de COV, à part de propylène glycol, dans le vapotage - avec et sans nicotine ainsi qu'avec un concentré de cannabis - lors d'une précédente étude sur le "cannavaping" publiée dans Nature en mai 2016. "C'est très simple un e-liquide. Il y a de la glycérine végétale, du propylène glycol, éventuellement de la nicotine et quelques arômes. Aussi la température de chauffe de la résistance est beaucoup plus basse [que la température de l'Iqos]", précise la scientifique lors de son récent interview radio. Et le vapotage ne génère évidemment pas de pyrolyse de composés solides, sauf cas de mésusage, puisqu'on est dans un processus de vaporisation d'un liquide.


Qui a intérêt à entretenir la confusion entre vapotage et cigarette ?

L'industrie de la confusion

Une autre certitude est apparue au cours de cette petite histoire de tabagisme helvétique. Celle-ci est d'ordre plus politique que physique. C'est l'absence totale de soutien financier à l'étude des chercheurs universitaires lausannois qui ont du travailler bénévolement sur leur temps libre pour la mener. Vérifié auprès de plusieurs sources, nous pouvons certifier le refus catégorique d'accorder quelconque aide de la part du Fond de prévention du tabagisme (FPT), pourtant mandaté à promouvoir la recherche sur les deniers récoltés (de l'ordre de 14 millions Fs par an) grâce aux ventes de tabac.

En septembre dernier, la prise de position de la Commission fédérale de prévention du tabagisme (CFPT) ahurissante d'incompétence et de feignantise à l'encontre du vapotage avait déjà fait siennes les revendications du cigarettier lausannois pour une taxe anti-vapoteurs et pour imposer une censure totale au monde médical sur le sujet de la réduction des méfaits par la vape comparée au tabagisme. Philip Morris a fait de la Suisse un de ses vaisseaux amiraux, avec le Japon où la vape nicotinée est également interdite de vente par les autorités, dans sa stratégie de contre-vapotage. Flagship (vaisseau amiral), c'est d'ailleurs le nom que souhaite donné la multinationale à son futur Iqos center au Flon à Lausanne.

Cette reconquista est nécessaire à Philip Morris face à la chute de ses ventes, notamment au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, depuis 2011 sous l'impact du vapotage. Alors que le cauchemar de l'instant Kodak hante Philip Morris, le label marketing smokeless (sans fumée) de l'Iqos est une arme commerciale et un moyen d'être adoubé par la Food and Drug Administration (FDA) américaine. Tandis que sa réglementation va exclure la quasi totalité des produits de vape indépendants aux Etats-Unis (si la réglementation reste en l'état). L'enjeu dépasse donc le seul tabagisme suisse.

Doute fédéral

Ce refus de la part de la CFPT de délivrer les moyens financiers à une étude indépendante sur l'Iqos est un nouvel épisode de l'attitude pour le moins étrange des autorités sanitaires helvétiques. Elle jette une fois encore le trouble sur les véritables motivations des organismes fédéraux. Des agissements sur lesquels les Jeunes Verts, vue leur proximité avec certains personnages clefs, auraient peut-être pu nous éclairer dans leur communiqué? Doit-on encore s'étonner de la duplicité d'autorités ayant interdit la vente des liquides de vapotage nicotinés tout en laissant en vente libre, même aux gosses dans certains cantons, des cigarettes de toutes sortes? De quoi semer le doute et entretenir la confusion dans le public au lieu de l'informer clairement sur le moyen au risque drastiquement réduit du vapotage pour sortir et éviter le tabagisme.


dimanche 21 mai 2017

[Expresso] La Nouvelle-Zélande n'est pas la Suisse: Philip Morris n'y a pas de passe-droit

Habitué aux courbettes obséquieuses et aux petits arrangements sur le dos de la population, Philip Morris est tombé sur un os en Nouvelle-Zélande. Contrairement à son homologue Suisse, le Ministère de la santé néo-zélandais n'a pas laissé le cigarettier lausannois profiter de l'interdiction de vente du vapotage nicotiné pour imposer sa cigarette à combustion réduite en complément de ses Marlboro. Le coup bien rodé que Philip Morris a déjà utilisé en Suisse, au Japon et dans une variante italienne de taxes assassines contre la vape nicotinée, ne semble pas parti pour rencontrer la collaboration des autorités kiwis. "Leur comportement est arrogant et irrespectueux. Nous devrions enrager. Je soutiens le Ministère de la santé pour résister aux importations et ventes illégales de Philip Morris de sa nouvelle cigarette en Nouvelle-Zélande. Non pas que je sois forcément opposée à ce produit, mais parce que Philip Morris se croit au-dessus des lois", tempête Natalie Walker, responsable du programme d'innovation en toxicomanie et tabagisme de l'Institut national de santé (NIH), dans le NZ Herald .

Au tribunal le 2 juin

Le cigarettier vaudois a tenté une opération marketing sur internet en invitant à essayer son nouveau produit qui n'a pas encore d'autorisation de vente en Nouvelle-Zélande. Phil Knipe, juriste du Ministère de la santé, a ouvert une enquête. "Les cigarettes de tabac chauffé Heets insérées dans l'appareil sont des produits du tabac et doivent être en conformité avec la réglementation Smoke Free Environnement", explique t-il, comme le relayait le Vaping Post en mars. Le Ministère dela santé a finalement déposé plainte le 18 mai et l'affaire doit passer le 2 juin devant le Tribunal de Wellington. En attendant, le géant vaudois reste confiant dans ses capacités de lobbying. "Philip Morris et le Ministère sont en discussion concernant l'application de la réglementation tabac à propos de notre produit de tabac chauffé", assure Jason Erickson, directeur de PMI NZ, au journal Stuff. Mais une fois n'est pas coutume, il semble que la multinationale ne va pas court-circuiter les règles.

Changement de paradigme

"Les drogues pharmaceutiques et les mesures de soutien actuelles pour l'arrêt du tabac ont peu d'impact pour certains groupes de population. Il est temps de se pencher sur d'autres stratégies d'aides", explique la Pr Walker. C'est pourquoi le 29 mars dernier, Nicky Wagner, Ministre-adjointe à la santé, annonce une révolution paradigmatique en décidant de saisir l'opportunité du vapotage et des modes de consommation à risques réduits de nicotine contre les méfaits du tabagisme. Une rupture radicale avec la ligne répressive anti-fumeur à l'australienne, dont les conséquences sanitaires et sociales catastrophiques sur les groupes de population défavorisés ont convaincu les autorités kiwis de s'ouvrir à une approche plus humaine et efficiente. La décision est actée mais les modalités de mises en oeuvre sont en cours d'élaboration.

Groupe d'experts sur la vape

Le Ministère vient d'ailleurs de publier un appel pour constituer un groupe d'experts sur la question du vapotage. "Philip Morris a décidé de ne pas attendre que le Gouvernement élabore sa politique d'accès aux produits à risque réduit. Ils ont pris l'initiative d'enfreindre la loi", souligne Natalie Walker. L'objectif de PMI est évidemment de prendre de court la concurrence des produits de vapotage pour s'installer sur le marché, à l'instar de sa stratégie en Suisse.  Mais contrairement à certaines administrations bernoises et autre Commission fédérale en main de super-lobbyiste à la carrière politicienne flétrie, les autorités sanitaires néo-zélandaises ne semblent pas enclines à ramper devant les gesticulations tabagiques de la marque aux cowboys cancéreux...

jeudi 26 janvier 2017

Etrange promotion de Philip Morris par AT-Suisse

Cela ressemble à un de ces publi-reportages dont l'industrie cigarettière raffole. "Philip Morris a développé des précurseurs de la cigarette électronique dès les années 90", titre le dernier bulletin de l'Association suisse pour la prévention du tabagisme (AT-Suisse). La publication bernoise avance que la firme lausannoise voulait promouvoir "une alternative aux thérapies par substituts nicotiniques aux fumeurs soucieux de leur santé". Jouant sur le champ lexical de l'innovation technologique, l'encart surplombe deux articles consacrés aux adolescents. Selon AT-Suisse, cette information aurait été "découverte" dans les documents de Philip Morris par des chercheurs de l'Université de Californie menés par Stanton Glantz. Sauf que cette information est au minimum trompeuse, si ce n'est complètement faisandée.

Dans l'histoire réelle, un brevet d'e-cig a été déposé dès 1963 aux Etats-Unis par Gilbert A. Herbert. Soit plus de trente ans avant ces soi-disant "précurseurs" de Philip Morris. "Je l'ai montré à des entreprises dans la chimie, des sociétés pharmaceutiques et des compagnies du tabac. Ils ont fait ce qu'il avaient à faire pour protéger leurs marchés", explique G. Herbert en 2013 à Ashtray Blog. Son invention ne sera jamais produite. De nombreuses autres tentatives ont suivie comme le montre la liste impressionnante de brevets déposés. On note par exemple la première utilisation du terme vapotage par le Dr Norman Jacobson en 1980. La Favor sera même lancée sur le marché aux Etats-Unis avant d'être retirée sur injonction de la Food and drug administration (FDA).

Trente ans plus tard

En 1994, Philip Morris arrive bien tard avec ses projets qui n'ont plus rien de précurseurs. Pour ne pas dévaloriser son cœur de métier, le cigarettier laisse son prototype dans un tiroir durant 20 ans. C'est seulement devant l'essor fulgurant de la vape, relancée à l'initiative du pharmacien chinois Hon Lik, que Philip Morris ressort ses vieux plans et commercialise une vapoteuse en 2013. Son produit vieillot n'a pas grand succès et convainc la firme de se concentrer sur le tabac chauffé qu'elle avait aussi dans ses tiroirs depuis les années 1990.

La Post-Science produit aussi ses "faits alternatifs"

Mais alors, pourquoi le chercheur Stanton Glantz prend t-il pour argent comptant ce qui a tout l'air d'une auto-complaisante propagande du cigarettier? La question s'est posée à des observateurs, comme le spécialiste Jerôme Harlay, choqués de "ce coup de pub gratuit à Philip Morris" par l'article publié dans Tobacco Control mi-novembre. 

Le dépôt du dossier - pesant 15 tonnes - d'homologation de la cigarette de tabac chauffé Iqos par Philip Morris à la FDA, trois semaines après l'article de Stanton Glantz, est peut-être un début de réponse. Le chercheur californien est un des artisans de la réglementation de la FDA qui impose une procédure ultra-dispendieuse. Vanter les mérites technologiques de Philip Morris apparaît une justification avant l'heure du monopole dont vont bénéficier les cigarettiers grâce à ce règlement. Le mur financier qu'il érige, va bannir du marché les producteurs de vape indépendante sans les fonds en millions de dollars des multinationales.

Promo de cigarette sur RTS la 1ère

Dans le contexte Suisse, l'étrange promotion de la technologie du cigarettier vaudois n'est pas une première. Début septembre 2015, pour la sortie de la cigarette Iqos, Grégoire Vittoz avait lancé en direct sur l'antenne radio de la RTS la 1ère un tonitruant: "C'est très sophistiqué, c'est joliment fait. Pour l'avoir testé, c'est assez bluffant aussi en terme de goût". Le porte-parole de la Ligue pulmonaire suisse a t-il violé l'interdiction de promotion du tabac de la Loi sur la radio et télévision (LRTV) ? Personne ne s'est plaint... Possible que personne ne l'ait cru non plus.

Deux poids, deux mesures

Autre épisode à la fin de l'an passé, la Commission fédérale pour le prévention du tabagisme (CFPT) reprend à son compte la revendication de taxe anti-vape de Philip Morris. Chacun de ces faits peut être une maladresse sur fond de dogmatisme étriqué et de haine avérée contre les usagers. Mais ils s'ajoutent à l'absence totale de curiosité de ces organisations sur les raisons de l'administration fédérale à n'appliquer l'article 37 de l'ODAIOUs qu'à l'encontre du vapotage nicotiné et non pas aux produits des cigarettiers. Même l'Iqos a été autorisée sans problème en 2015 alors que les liquides de vapotage avec nicotine sont toujours interdits de vente. Pourtant, dans "l'élaboration hâtive de l'ODAIOUs, les produits du tabac sont soumis à l'article 37 de l'ordonnance", souligne l'association Helvetic Vape dans son plaidoyer concernant le vapotage

La multiplication de ces éléments troublants ne constitue pas une preuve. Mais il devient de plus en plus difficile de ne pas être pris de doutes sur l'étrange jeu de ces organisations soi-disant anti-tabac en guerre contre les vapoteurs et, de facto, en faveur du cigarettier Philip Morris.


mercredi 21 décembre 2016

[Expresso] La Commission fédérale tabac veut taxer les vapoteurs et interdire aux médecins d'aider leurs patients à arrêter de fumer

"Les autorités sanitaires ne doivent pas recommander
le vapotage pour le sevrage tabagique"
 Lucrezia Meier-Schatz préside la CFPT
Interdire aux médecins Suisses d'aider leurs patients à arrêter de fumer à l'aide du vapotage. Interdire toute forme de promotion de la vape. Et taxer ces produits sans tabac ni combustion comme les cigarettes. Juste avant les bonnes résolutions de fin d'année, la Commission fédérale de prévention du tabagisme (CFPT) réitère sa charge anti-vape. Sans avoir pris la peine de répondre ni à la lettre ouverte de l'association d'usagers Helvetic Vape, ni aux objections de l'association indépendante des professionnels de la vape suisse (SVTA), l'organe consultatif a communiqué ce mercredi aux médias mainstreams ses recommandations anti-vapotage déjà publiées fin septembre. 

La Commission présidée par Lucrezia Meier-Schatz affirme qu'il n'est "pas possible d'estimer avec exactitude dans quelle mesure la substitution totale des cigarettes ordinaires par les électroniques entraînerait une réduction relative des risques". Cet avis a volontairement exclu les rapports scientifiques du Public Health England, du Royal College of Physicians britannique qui ont évalué cette réduction des risques et dommages à au moins 95%. Celui récent de Truth Initiative, principale association américaine anti-tabac, s'est appuyé sur près de 700 études scientifiques publiées pour confirmer une réduction des risques massive et indéniable pour les fumeurs passant au vapotage. Même le rapport, présenté de manière alarmiste de l'US Surgeon General, reconnait la réduction des risques du passage au vapotage pour les fumeurs.

Aider ses patients à arrêter de fumer? Verboten!

Pour leur part, Jacques Conuz, Jean-Paul Humair, Rodrigo Tango, Carole Clair et Isabelle Jacot Sadowski concluaient en août 2015 que "la sécurité à court terme de la cigarette électronique est bien démontrée mais pas encore à long terme ; si elle existe, sa toxicité est probablement très largement inférieure à celle du tabac", dans la Revue Médicale Suisse. Ces médecins pourront-ils encore aider des patients à arrêter de fumer à l'aide du vapotage à l'avenir? La Commission espère bien leur imposer le silence: "Les autorités sanitaires doivent enfin s'abstenir de conseiller l'e-cigarette aux personnes désireuses d'arrêter de fumer".

La Commission soutient la taxe "Philip Morris"
Plus de maladies, plus de chiffre d'affaire
pour les assurances-maladies?

En plus de la censure des médecins, la Commission fédérale soutient aussi le projet de la taxe "Philip Morris": imposer les produits sans tabac de la vape au même taux que les cigarettes. Le cigarettier vaudois voit d'un mauvais œil ses ventes reculées devant l'exode des fumeurs vers le vapotage. Il revendique une taxe punitive sur ce nouveau concurrent à même hauteur que celle sur ses produits. Ce qui ferait doubler les prix des produits de vapotage en Suisse. Un projet que l'Union Européenne a déjà mis en consultation, y glissant en même temps la nouvelle cigarette iQos de tabac chauffé-non-brulé de Philip Morris.

Le principe de réduction des risques occulté

Cet ahurissant soutien au tabagisme de la part de la CFPT n'a pas éveillé la curiosité des médias malgré plusieurs critiques publiques à son égard. "Le principe de réduction des risques et des dommages est un pilier incontournable des politiques de lutte contre les addictions. Or, vous l'ignorez dans votre prise de position", remarquait Olivier Théraulaz, président de l'association Helvetic Vape, dans une lettre ouverte à la CFPT début octobre. La Commission n'a fait aucune réponse à ces questions de fonds. Rien non plus sur les remarques critiques de l'association SVTA sur plusieurs faits avancées sur lesquels des études scientifiques contredisent précisément les affirmations de la CFPT. 

Une Commission ridiculisée par elle-même

Dans son avis, la Commission a justifié son refus de lire les rapports scientifiques britanniques au prétexte d'une lettre anonyme accusant des chercheurs d'avoir des liens avec l'industrie du tabac. Des affirmations sans preuve qui ont conduit entre autres le Times a se rétracter, retirer ses articles et présenter ses excuses aux cinq scientifiques injustement calomniés par le corbeau qui lui a servi de source pourrie. A cette culture de l'obscurantisme scientifique, la CFPT y ajoute une totale méconnaissance de l'état du marché suisse. Contrairement à ses fantasmes, aucun produits de vapotage de cigarettiers - une douzaine dans le monde sur les plus de 25'000 existants - n'est commercialisé. Le mépris des usagers parachève cette caricature d'avis qui ridiculise la fonction de la Commission fédérale de prévention du tabagisme. De quoi soulever, sur les réseaux sociaux, l'interrogation du public sur la composition et les objectifs réels de cette Commission consultative.

lundi 24 octobre 2016

[Expresso] La Commission fédérale de prévention du tabagisme reprend à son compte une revendication de Philip Morris contre le vapotage

"Je veux la législation la plus extrême possible". En privé, Lucrezia Meier-Schatz, la Présidente de la Commission fédérale de prévention sur le tabagisme (CFPT), lâche sa haine du vapotage et son opposition à toute approche de réduction des risques en la matière. Le récent rapport sur la vape de la CFPT qu'elle a signé contient de nombreuses incohérences et lacunes. Notamment relevées dans le détail par l'association d'usagers Helvetic Vape et l'association des professionnels indépendants de la vape SVTA. Une de ses recommandations est particulièrement incongrue: l'exigence de taxer le vapotage au même taux que les cigarettes. Alors que le parlement a voté en 2011 l'exonération de taxe punitive sur le vapotage, pour encourager l'arrêt du tabac, il est de notoriété publique que Philip Morris milite activement pour une taxation anti-vape.

Au Royaume-Uni, la consultation publique montre l'argumentation du cigarettier lausannois pour demander d'augmenter les taxes sur la vape plutôt que sur les cigarettes. En Italie, après la rencontre d'André Calantzopoulos, le PDG de Philip Morris, et du premier Ministre Matteo Renzi, une taxe anti-vape a été mise en place par le gouvernement, publiée au journal officiel le 23 décembre (sic!) 2014. Un beau cadeau à Philip Morris s'est exclamé la presse transalpine. Depuis, les deux dirigeants ont inauguré ensemble deux nouvelles usines Philip Morris dans la péninsule. Au niveau européen, la Commission européenne a mis à son agenda l'étude d'une telle taxation punitive à la demande des cigarettiers selon le Times du 2 mars 2016.

Le Times du 2 mars 2016
Une telle taxe en Suisse ferait au moins doubler le prix de vente des produits de vapotage. Un frein évident à leur adoption par des fumeurs pour sortir du tabagisme. Alors que la consommation de tabac à rouler, connue pour être privilégiée pour son faible coût, explose en Suisse particulièrement chez les jeunes. Un signe d'un potentiel pour tirer ces fumeurs vers des produits de non-tabagisme, comme la vape, à un prix abordable. 

Mais alors comment comprendre que la CFPT soutienne les mêmes revendications que la multinationale tabagique vaudoise? Effet de corruption? Incompétence abyssale sur la problématique? Œillères idéologiques et haine des fumeurs projetée à présent sur les ex-fumeurs que sont les vapoteurs? Bien que la liste d'intérêts de l'ex-députée démocrate-chrétienne Meier-Schatz est longue comme le bras. Et même si on peut noter que les liens d'intérêts de représentants de groupes sponsorisés par le lobby pharmaceutique ne sont pas déclarés sur la page de la CFPT. Il semble plus probable que ce soit un mélange d'idéologie obscurantiste et d'un culte de la fainéantise qui a amené la CFPT a dédaigné étudier la question sérieusement et rejeter la lecture incontournable de rapports scientifiques comme ceux du Public Health England ou du Collège Royal de médecine

Ce serait donc plus la stupidité qui ferait adhérer la CFPT aux objectifs de Philip Morris. Les restrictions contre le vapotage soutenues par les anti-tabac fondamentalistes font le jeu des cigarettiers, comme le relève la chronique du jour Nota Bene sur la radio RTS La première. "La législation sur l'ecig se dirige vers des certifications technico-médicales hyper restrictives. Cela écrémera la concurrence, car seuls les riches pourront supporter les coûts d'homologation", explique le journaliste Fabrice Gaudiano. Avant de poursuivre, "les cigarettiers font là encore très fort grâce à un lobbying intense (...) au nom de la santé et de la sécurité" pour restreindre le marché à leurs seuls produits. Les usagers se laisseront-ils faire? Malgré le soutien incongru de la Commission de prévention du tabagisme à la firme de Marlboro, la partie n'est de loin pas gagnée d'avance pour le système tabagique face à la résistance citoyenne, comme le souligne le Pr Kevin Fenton du Public Health England.