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dimanche 4 mars 2018

Sommet mondial 'tabac ou santé' à Cape Town: les pays du Sud méritent-ils l'accès à la réduction des méfaits ?

La semaine prochaine, la 17ème World Conference on Tobacco Or Health (WCTOH), conférence mondiale Tabac Ou Santé, se tiendra à Cape Town en Afrique du Sud. Le sommet, organisé avec l'appui financier du milliardaire américain Michael Bloomberg, accueillera cadres d'ONG, scientifiques, bureaucrates de la santé publique, journalistes et les leaders de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Tedros Adhanom, le nouveau directeur général éthiopien de l'OMS, sera la guest-star de l'événement mercredi, aux côté de l'incontournable Vera daCosta, la toute-puissante directrice brésilienne du bureau anti-tabac (FCTC) de l'OMS. Mais en dehors de narcissiques auto-célébrations, que peut amener ce sommet pour réduire le fardeau sanitaire du tabagisme? La question se pose mondialement évidemment. 

Le monde en une seule dimension

Et donc aussi pour les pays du sud - ou en développement ou émergents selon les fluctuations de vocabulaire ou, de manière plus réaliste, à faible PIB -. Le programme montre que l'organisation y a pensé: un atelier de "training" dédié aux journalistes africains est agendé en pré-ouverture du sommet. Des conférences sont axées sur les situations en Afrique ou en Asie... Mais globalement, l'approche de la question est unidimensionelle. "La plupart du temps à cette conférence sera consacré à des politiques conçues uniquement pour cibler l'industrie du tabac plutôt qu'à des stratégies de santé publique innovantes pour s'attaquer au problème de santé publique du tabagisme", observe Gregory Conley, Président de l'American Vaping Association (AVA), dans une tribune sur City-Press

12 minutes

On ne peut pas contredire Greg Conley au regard du programme. J'ai cherché les interventions susceptibles d'être ouvertes à la question d'approches de réduction des méfaits. J'en ai trouvé une. Douze minutes accordées à Shannon Gravely, de l'Université de Waterloo (Canada), pour présenter son étude sur les différents impacts sur le tabagisme selon les législations sur le vapotage entre 13 pays. Le communiqué de presse de l'organisation dédié à attirer l'attention sur l'atelier où se déroulera cette présentation, n'a pas même jugé utile de la mentionner (sic!). Seules les autres études présentées à cette session pour affirmer la peur du fantasme d'un effet passerelle du vapotage vers le tabagisme chez les jeunes y sont mises en avant.

Il va sans dire que ces 12 minutes seront de peu de poids fasse au bombardement préalable contre le vapotage des cadres du bureau anti-tabac de l'OMS. Leur session réservée comporte notamment une intervention de l'indienne Jagdish Kaur. La responsable Asie du bureau anti-tabac de l'OMS milite officiellement depuis plusieurs mois pour que les pays asiatiques suivent les exemples Nord-Coréen et Thaïlandais de criminalisation des usagers de vapotage.


Good at home, bad for others?

La politique de haine et de répression contre les usagers de nicotine, y compris à méfaits réduits, est un des axes privilégiés à la fois par le milliardaire Bloomberg et par l'OMS, qui est d'ailleurs substantiellement financée par celui-ci. Autre financier important pour le bureau anti-tabac de l'OMS, le Royaume-Uni a pourtant opté pour une politique sensiblement différente à domicile. C'est troublant. Les dirigeants britanniques estiment-ils que la réduction des méfaits est bonne en Grande-Bretagne mais que les populations du sud ne la méritent pas ? J'ai le sentiment de voir le vieux schéma colonialiste où les prêtres intégristes sont envoyés prêcher le puritanisme aux populations indigènes.

"Trop de dirigeants de santé publique semblent être embourbés dans une pensée de groupe dépassée qui ignore les sciences émergentes. Si la conférence sur 'tabac ou santé' traite de la mort et des maladies causées par le tabagisme, les participants devraient souligner comment les fumeurs au Royaume-Uni, au Japon et en Suède exploitent la science et la technologie pour abandonner la cigarette", alerte Greg Conley dans son appel à prendre en considération la réduction des méfaits et ses usagers. 

Le culte de l'abstinence pour les autres

Malheureusement, la tribune du défenseur du vapotage a peu de chance d'être entendue par la nomenclatura anti-tabac à Cape Town. Pourtant, "ce n'est pas la nicotine ou même le tabac qui tue les fumeurs. C'est l'inhalation de monoxyde de carbone et de goudrons provenant de la combustion de cigarettes qui causent les maladies pulmonaires et cardiaques qui tuent les fumeurs. L'application d'interdictions, de réglementations et de taxes aux produits non combustibles à base de nicotine signifie simplement que davantage d'Africains continueront de fumer - et malheureusement, que davantage mourront". Mais le message de la réduction des méfaits est visiblement non grata à ce sommet anti-tabac en Afrique du Sud.


dimanche 16 avril 2017

[Expresso] Des espoirs de sauver la vape indépendante aux Etats-Unis?

Les américains vont-ils échapper au 'vapocalypse' ? Gregory Conley, porte-parole de l'American Vaping Association (AVA), veut encore croire au sauvetage de la vape indépendante locale. Dans un interview pour le San-Diego Tribune, il souligne des signes favorables émanant de l'administration Trump. Notamment la nomination, pas encore entérinée, de Scott Gottlieb à la tête de la Food and drug administration (FDA). "M. Gottlieb soutient certaines approches sur les questions de drogues qui font un parallèle intéressant pour le monde du vapotage. C'est une raison d'être optimiste, surtout en regard de ce que nous avons vécu ces 7 ou 8 dernières années avec la FDA", pointe Greg Conley. 

Si sa nomination vient à être confirmée, Scott Gottlieb pourrait imprimer une direction plus ouverte à la réduction des risques et à l'auto-support des usagers de la part de la FDA. Son ancienne appartenance à l'American Enterprise Institute (AEI) laisse aussi supposer une plus grande considération pour les entreprises locales indépendantes. Tandis que la FDA, sous la précédente administration Obama, a privilégié les intérêts des grandes multinationales de la pharmaceutique et du tabac. La réglementation assimilant les produits de vapotage, sans tabac ni combustion, à la législation sur le tabac est exemplaire à ce titre. Entrée en vigueur en août 2016, ses exigences s'échelonnent jusqu'en 2018. Notamment, l'obligation de suivre une procédure ardue d'homologation des produits de vape, y compris rétroactivement pour ceux sortis depuis 2007.

La réglementation de la FDA protège les intérêts de Big Tobacco

Ces coûts d'homologation pour la mise sur le marché d'un produit de vape se chiffrent en millions de dollars. "Les coûts associés à cette application vont probablement entraîner la fermeture de nombreux producteurs indépendants de la branche du vapotage dans les années qui viennent, favorisant à long terme le partage de ce marché entre Altria, Reynolds et les autres grandes multinationales qui ont à la fois la surface financière et l'expérience en matière de réglementation pour évoluer dans ce processus", estimait au printemps 2016 Adam Fleck, analyste financier au MorningStar.

Cet avis partagé par la plupart des observateurs commence déjà à se vérifier. Bien que l'échéancier de la FDA coure jusqu'à l'an prochain, des entreprises de vape ont déjà cessé leurs activités devant le fardeau administratif. "Il y a une entreprise historique, Provape, qui produisait des appareils dans l'Etat de Washington. Ils ont arrêtés. Ils ont vu le mur à surmonter pour continuer de fabriquer américain et n'ont pas eu assez confiance pour poursuivre", explique Greg Conley. Devant l'incertitude, certains doivent abandonner leurs activités. 

Incertitudes et résilience

"Ce secteur peut disparaître dans 16 mois, si la réglementation reste telle qu'elle est. Alors si un propriétaire demande à un magasin de s'engager sur un bail de trois ans... Des commerçants se demandent si c'est le moment de prendre cet engagement ou de changer d'activité. Cela se passe un peu partout dans le pays", explique le représentant de l'association de défense du vapotage. Mais la plupart des entreprises de la vape s'accrochent, habitués aux entraves contre ce moyen populaire de sortir du tabagisme, poursuit Greg Conley.

Les effets négatifs de santé publique commencent aussi à se ressentir. Publié la semaine dernière, un rapport pour le National bureau of economic research détaille la hausse du tabagisme adolescent entraîné par les restrictions d'accès aux produits de vape aux Etats-Unis. "Les résultats de l'étude montrent que la part d'adolescents fumeurs a augmenté de 0,7 à 1,3 points sur le pourcentage global de cette tranche de population suite aux lois d'âge minimal de vente  sur le vapotage. Environ la moitié de cette hausse est attribuable à l'initiation au tabagisme, l'autre moitié aux fumeurs qui ont continué de fumer plutôt que de passer au vapotage en raison des restrictions", peut-on lire sur un article du Washington Examiner traduit en français par Vap-Actus.

Intégrisme puritain et science

Si ce sont les multinationales cigarettières qui bénéficient de la réglementation actuelle de la FDA, en éliminant la vape indépendante et en freinant le passage des fumeurs au vapotage, ce sont paradoxalement les tenants puritains soi-disant anti-tabac qui l'ont influencé. Encore récemment, Stanton Glantz, leader des anti-tabac californiens, affirmait sur la chaîne cablée HBO que "le vapotage est aussi dangereux que les cigarettes au niveau cardio-vasculaire". Sans apporter d'éléments concrets en soutien à cette opinion.

Pourtant, les propos de l'ingénieur aéronautique sont contredits par un rapport du Pr Neal Benowitz, son éminent collègue à l'Université de San Francisco (UCSF). "Le risque [de vapoter] est considéré être moindre que de fumer des cigarette sur la base des comparaisons à la fois qualitative et quantitative de l'aérosol du vapotage face aux constituants de la fumée de cigarette. L'adoption du vapotage à la place du tabagisme pourrait, alors, conduire à un bénéfice global pour la santé publique", conclue le document publié dans Nature en mars dernier. 

Mouvement de libération de la santé publique

Ce rapport s'ajoute aux nombreuses évaluations de la réduction des risques de passer au vapotage pour un fumeur et la maximisation des opportunités de réduire le tabagisme pour la santé publique qui en découlent. Suite aux rapports du Public Health England, du Royal College of Physicians britannique, de l'Université de Victoria au Canada et de l'organisation anti-tabac américaine Truth Initiative, ce sont, plus récemment, 120 experts américains de santé à lancer un appel pour intégrer le vapotage dans une nouvelle stratégie contre le tabagisme (brève du GREA en français). De quoi nourrir l'optimisme des défenseurs du vapotage comme outil de sauvetage pour les fumeurs, à l'image de Greg Conley. En espérant que cela ne tarde pas trop.