vendredi 26 mai 2017

[Òmerta] Pourquoi l'OFSP nous enfume sur les chiffres du tabagisme en Suisse?

Officiellement en Suisse, il y aurait 25% de fumeurs, grillant 10,4 cigarettes quotidiennement en moyenne. Sauf que... la consommation réelle de cigarettes est près du double. Précisément 1,86 fois plus élevée que n'indique la donnée fédérale, selon une étude l'Université de Neuchâtel sur la consommation de cigarettes en Suisse publiée en décembre 2016. En réalité, ce sont entre 22,9% et 40,2% de suisses (de plus de 15 ans) qui fument entre 10,4 et 18,2 cigarettes par jour. "La consommation annuelle de la population résidente, estimée à partir des quantités autodéclarées dans le Monitorage des addictions (6’138 millions de pièces) est inférieure de 43,0% à celle mesurée à partir des données de ventes légales, des flux sortants et des flux entrants (10'762 millions)", expliquent les auteurs Claude Jeanrenaud, Alain Schoenenberger et Lasha Labaze. Ils estiment que "Selon toute vraisemblance, l’enquête du Monitorage sous-estime largement la consommation de cigarettes dans la population suisse".

C'est rien que de la faute des fumeurs d'abord

La publication n'avait jusqu'ici suscité aucune réaction des spécialistes du domaine et des médias. L'évocation de cette petite bombe crevant le rideau de fumée de l'information officiellement fédérale dans un communiqué de presse d'Helvetic Vape, puis la reprise de l'étude dans le mailing list de Stop-Tabac.ch semblent avoir réveillé la radio suisse-alémanique (SRF). Le journal de la SRF fait un sujet à ce propos, mais en occultant l'enfumage sur le pourcentage de tabagisme et en en faisant porter la responsabilité aux fumeurs. En résumé, ces méchants tricheraient lors du monitorage sur le nombre de cigarettes fumées. C'est évidemment le cas et c'est un classique de sociologie. Faire une enquête sans tenir compte de ce biais n'est pas même du niveau de 1ère année de socio.

Le triomphe de la volonté

La raison pour laquelle l'Office fédéral de santé publique (OFSP) a ignoré cette étude et ses données n'est pas abordé par la SRF. C'est pourtant assez significatif. Dans le n°116, dernier en date, de la revue de l'OFSP Spectra, Patrick Vuillème, responsable de la section bases politiques et exécution de l'OFSP, triomphe. "Le Monitorage suisse des addictions confirme le succès de la prévention du tabagisme entre 2008 et 2016. La part de fumeurs au sein de la population a baissé de 27% (2008) à 25% (2015)", affirme avec passablement de toupet le bureaucrate bernois. Un double mensonge, puisque le Monitorage ne montre pas de baisse du tabagisme depuis 2008. Le décrochage évoqué de 27% à 25% est du à un changement de méthodologie de l'enquête, point précisé dans les documents du Monitorage. Mais évidemment, on peut s'en foutre car ce monitorage est de toute façon violemment faussé, y compris concernant les chiffres sur les adolescents, comme le montre les ventes réelles de cigarettes.

Le Grand Bond sur place

Pourquoi alors cet enfumage grossier digne d'un cigarettier lausannois ? Entre 2008 et 2016, l'OFSP a suivi un Plan national tabac (PNT), initialement prévu pour quatre ans et reconduit en 2012 sans modification significative. Ce plan s'appuie sur les vieilles recettes de la stigmatisation des fumeurs et l'objectif de gratter des taxes. Et aucune mesure d'aide concrète de réduction des risques et de sortie du tabagisme ni quelconque prise en considération des usagers. C'est ce Grand Plan en avant aux allures de maoïsme sanitaire embourbé dans l’inefficacité qu'il s'agit pour les responsables de l'OFSP de sauver par l'apparence des chiffres à défaut de quelconque réalité. 

La même source fédéralement officielle nous assène qu'il n'y aurait que 0,3% de vapoteurs quotidiens en Suisse. Pour le moment, aucune donnée objective, telles que celles des douanes utilisées par l'étude neuchateloise sur le tabac, ne permet d'affirmer que ce chiffre est erroné. Mais il suffit de se poser sur une terrasse en ce printemps pour avoir de sacrés doutes sur la véracité de ce si faible nombre. Les mesures fédérales de protection du tabagisme en interdisant l'accès facile et local aux liquides à vapoter nicotinés ont assurément eu un effet néfaste sur le nombre de fumeurs sortis du tabagisme à l'aide de la vape. Mais le coup porté au tabac par le mouvement du vapotage helvétique est clairement bien plus important que ce que la bureaucratie bernoise veut nous faire croire. 

Persévérance bureaucratique dans le massacre

Le reconnaître pour les fonctionnaires de l'OFSP serait un aveu d'erreur grave et la reconnaissance de la nocivité de leur politique anti-vape depuis 2009. A l'heure où un collectif de femmes a décidé de porté en justice la question de la déloyauté des autorités suisses concernant le droit à la santé, certains responsables devraient réfléchir aux conséquences de leur interdiction d'accès à un moyen de réduction des risques avéré contre le tabagisme. En huit ans, il y a eu au minimum 75'000 décès prématurés liés au tabagisme, peut-être plus de 100'000 si les estimations étaient faites à partir de chiffres fiables. Ce qu'aujourd'hui, on sait ne pas être le cas en Suisse. 

Peut-être la plateforme des partenaires en prévention du tabagisme le 13 juin prochain à Berne sera t-elle l'occasion d'une mise à plat de ces défaillances ? Mais les choses se présentent mal, les associations de réduction des risques et des usagers n'y ont pas été invitées par l'OFSP...

edit 27-05-2017 à 12h petites corrections de style et d'orthographe

[Expresso] Aucune pollution intérieure liée au vapotage selon une étude de l'Université de San Diego (USA)

"Les résultats de cette étude peuvent donner éclairage et information aux intervenants sur la qualité de l'air, en résumant les variables influentes sur la base d'un large échantillon de logements. La fumée, à la fois de cigarette [de tabac] et de marijuana, est une source majeure de pollution intérieure dans la population étudiée. Tandis que le vapotage ne l'est pas du tout." L'étude des chercheurs de l'Université d'Etat de San Diego, publiée dans la revue scientifique Plos One, a mesuré la pollution particulaire dans 256 logements durant une semaine. Particularités de l'échantillon, tous les habitats abritent au moins un enfant et au moins une personne utilisant un produit considéré de tabac par la législation américaine - à savoir cigarette, vapotage, cigares, pipes, chicha, cannabis fumé et un cas d'une autre drogue fumée -. 

Aucune pollution intérieure liée au vapotage

Tous les logements montrent une augmentation de la pollution liée aux usages en intérieur sauf ceux des 14,1% de vapoteurs. Le niveau de particules fines et ultra-fines, entre 0,5 et 2,5 microns, est resté à un niveau indétectable dans les locaux avec du vapotage. "Nous n'avons observé aucune différence apparente dans la moyenne hebdomadaire de la distribution de particules entre les 43 logements reportant un usage [en intérieur] de vapotage et ceux ne déclarant aucun usage", constate l'article signé par l'équipe menée par Neil Klepeis. A l'opposé, la cuisson à l'huile, l'utilisation de bougies, d'encens ainsi que le nettoyage ont été associés à de plus hautes moyennes de pollution. Mais le fait de fumer à l'intérieur, que ce soit du tabac ou du cannabis, sont les deux sources les plus importantes. "Les logements des fumeurs qui ne fument pas à l'intérieur montrent une meilleure qualité d'air que ceux des fumeurs qui fument en intérieur", insistent les auteurs. 

Les enfants de pauvres principales victimes de la désinformation ?

L'étude a ciblé les foyers à bas revenus, montrant que la taille du logement a une influence sur la concentration moyenne de particules. "Notre objectif premier était de montrer ce qui arrive dans les logements avec des niveaux élevés de particules dans l'air, et en conséquence, des environnements malsains pour les enfants", précise John Belletiere, co-auteur de l'étude cité par Vaping 360. Ces résultats devraient permettre une meilleure information du public ajoute Neil Klepeis, l'auteur référent. "Peut-être que les chercheurs de l'Université de San Diego pourraient commencer par informer les fumeurs à quel point les logements de vapoteurs ont une pollution de l'air moins dangereuse, et les encourager à passer au vapotage", pique Jim McDonald, journaliste spécialiste du domaine. 

jeudi 25 mai 2017

[Expresso] En Suisse, 90% des usagers de cannabis le fument en joint avec du tabac selon le GDS 2017

"Fumer (avec combustion) n'importe quoi est nocif pour vos poumons. Fumer change les propriétés d'une substance, formant généralement des composés toxiques et cancérigènes." Ian Hamilton, de l'Université de York (UK), et le Dr Adam Winstock, du Global Drug Survey, expliquent dans The Conversation que le principal risque de santé individuelle du cannabis est de le fumer, a fortiori avec du tabac. "Mais vous ne devez pas forcément fumer le cannabis avec du tabac pour profiter de ses bénéfices", appuient les chercheurs. Le manger, sous formes "d'édibles", le boire en tisane, utiliser des gouttes sublinguales, l'inhaler avec des vaporisateurs d'herbe sèche, de concentré (en dab) ou en vapotage font partie des solutions pour éliminer tabac et fumée. Malheureusement, les données publiées hier du Global Drug Survey en 2017, la plus grande enquête internationale sur les usages de substances, confirment le faible recours à ces moyens de consommation plus sains en Europe. 

Accompagner plutôt que réprimer

La Suisse se distingue avec 90% d'usagers de cannabis le fumant en joint avec du tabac, contre seulement 8% des usagers américains. La double répression helvétique, à la fois du cannabis et du vapotage, est probablement un élément de cette pratique courante. Pour Ian Hamilton et Adam Winstock, les autorités en général ont un rôle à jouer. "Changer les normes culturelles de consommation de toute substance est difficile.(...) Le changement requiert que les gouvernements respectent les choix individuels. Les gens qui fument du cannabis devraient se voir offrir des conseils pratiques sur les manières de l'utiliser sans fumer de tabac, plutôt que des lois répressives", invitent les auteurs. Accompagner les usagers vers de meilleures pratiques, plutôt que de les pousser vers le pire par des prohibitions et/ou des restrictions souvent absurdes et contre-productives, est nécessaire d'un point de vue de santé publique.



Ce point est tristement illustré par l'avis nébuleux des autorités sanitaires helvétiques contre la vente de produits de vapotage contenant du cannabidiol (CBD), le cannabinoïde légal non psychotrope, alors qu'elles en autorisent sa vente sous formes à fumer. Au Royaume-Uni, ce sont les ventes de vaporisateurs d'herbe sèche qui sont réprimées. Pourtant, "il y a à présent assez de preuves scientifiques pour promouvoir le vapotage [ou la vaporisation] comme alternative plus saine d'utiliser le cannabis", soulignent Ian Hamilton et Adam Winstock. En plus d'éviter la combustion et l'ajout de tabac, le vapotage est un des moyens d'administration au potentiel intéressant. 

Arrêter de protéger le tabagisme au détriment de la population

Une étude lausannoise, publiée il y a un an dans Nature, a exploré le sujet. "Le "cannavapotage" apparaît être une alternative douce, efficace, pratique pour l'usager et sûre en place de fumer le cannabis pour des usages thérapeutiques. Ces bénéfices attendus semblent dépasser les avantages de l'administration par voie orale parce que l'ingestion se caractérise par une absorption erratique et une faible biodisponibilité", explique l'article signé de l'équipe menée par le Dr Vincent Varlet, du Centre Universitaire de médecine légale de Lausanne. 

De quoi initier une prise de conscience du rôle nocif de leurs décisions chez les autorités sanitaire en Suisse sur le sujet ? Aucune réaction n'a été notée suite aux critiques de l'association d'usagers Helvetic Vape à propos des produits de vapotage avec CBD. Pour le moment, l'administration d'Alain Berset semble toujours plongée dans un inquiétant état de narcolepsie aiguë...

mardi 23 mai 2017

[2 ans après] La fumée de l'Iqos plus toxique qu'annoncée selon des chercheurs lausannois


[edité détails & coquilles]
Une "research-letter" de chercheurs lausannois publiée hier dans le JAMA- Internal Medecin apparenté au Journal of American Medical Association relève des taux de toxiques dans la fumée de l'Iqos nettement plus élevés que ceux annoncés par Philip Morris. La cigarette de tabac prétendument chauffée dégage, selon les mesures faites à l'Institut de santé au travail (IST), l'équivalent de 82% de l'acroléine d'une Lucky Strike Blue Light prise en comparaison. D'autres aldéhydes étaient fortement présents dans les fumées capturées puis analysées. L'Iqos dégagerait l'équivalent de 74% du formaldéhyde et 50% du benzaldéhyde de ce qui se trouve dans la fumée de la Lucky. Et même près de trois fois plus d'acenaphtlène, un goudron. "La fumée émise par l'Iqos contient des éléments de pyrolyse et de dégradation thermogénique qui sont les mêmes constituants nocifs que la fumée de cigarette conventionnelle", explique l'article signé d'une équipe menée par le Pr Reto Auer, de la Policlinique médicale universitaire de Lausanne (PMU).

L'article suggère que ces dégagements pourraient s'expliquer par une combustion incomplète, autrement dit une pyrolyse, du tabac des cigarettes. "Des composés organiques volatiles (COV), des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAC) et du monoxyde de carbone (CO) étaient présents dans la fumée de l'Iqos. La température de l'Iqos est plus basse (330°C) que celle de la cigarette conventionnelle (684°C). La fumée de l'Iqos avait 84% de la teneur en nicotine de la fumée de la cigarette conventionnelle", précise le papier dans Jama. En réaction, le cigarettier Philip Morris s'est montré "très surpris" de ces résultats dans les colonnes du journal lausannois 24 Heures. "PMI se propose de discuter l'étude en question - ses résultats et sa méthodologie - avec les auteurs", conclue le quotidien vaudois.

Une question vieille de deux ans 

A la sortie de l'Iqos en septembre 2015, j'avais été le seul à mettre en doute le message marketing de la firme vaudoise, repris dans tous les médias suisses, affirmant une réduction de 90% des risques avec l'Iqos par rapport à une cigarette type. Cela avait valu au quotidien le Courrier, qui m'avait publié, un appel plutôt menaçant du service juridique de la multinationale. L'affaire s'était soldée par la publication d'une réponse de Moira Gilchrist, scientifique de Philip Morris, que j'avais trouvé peu convaincante. Les autorités sanitaires n'avaient pas jugé bon de s'y intéresser. La cigarette Iqos est l'arme dégainée depuis deux ans par Philip Morris pour contrer le vapotage à la technologie radicalement différente sans tabac ni combustion. 

Autorisant sans soucis l'Iqos, les services du Conseiller fédéral Alain Berset interdisent par contre la vente en Suisse de vapotage nicotiné malgré les rapports scientifiques internationaux assurant sa forte réduction des méfaits sur la base de centaines d'études. A l'inverse de la politique du Conseiller fédéral socialiste, le Ministère néo-zélandais de la santé résiste actuellement aux tentatives de Philip Morris de profiter de l'interdiction des liquides nicotinés à vapoter alors que les kiwis préparent une nouvelle politique intégrant la réduction des méfaits en concertation avec les parties prenantes, dont les usagers du vapotage.


23-05-2017 à 10 h : correction d'une erreur de typo , merci à Fabien pour le signalement ;)
24-05-2017 à 11h30 : correction d'une erreur sur le statut de la publication et le nom précis du journal, suite à une remarque du Pr Reto Auer ;)

dimanche 21 mai 2017

[Expresso] La Nouvelle-Zélande n'est pas la Suisse: Philip Morris n'y a pas de passe-droit

Habitué aux courbettes obséquieuses et aux petits arrangements sur le dos de la population, Philip Morris est tombé sur un os en Nouvelle-Zélande. Contrairement à son homologue Suisse, le Ministère de la santé néo-zélandais n'a pas laissé le cigarettier lausannois profiter de l'interdiction de vente du vapotage nicotiné pour imposer sa cigarette à combustion réduite en complément de ses Marlboro. Le coup bien rodé que Philip Morris a déjà utilisé en Suisse, au Japon et dans une variante italienne de taxes assassines contre la vape nicotinée, ne semble pas parti pour rencontrer la collaboration des autorités kiwis. "Leur comportement est arrogant et irrespectueux. Nous devrions enrager. Je soutiens le Ministère de la santé pour résister aux importations et ventes illégales de Philip Morris de sa nouvelle cigarette en Nouvelle-Zélande. Non pas que je sois forcément opposée à ce produit, mais parce que Philip Morris se croit au-dessus des lois", tempête Natalie Walker, responsable du programme d'innovation en toxicomanie et tabagisme de l'Institut national de santé (NIH), dans le NZ Herald .

Au tribunal le 2 juin

Le cigarettier vaudois a tenté une opération marketing sur internet en invitant à essayer son nouveau produit qui n'a pas encore d'autorisation de vente en Nouvelle-Zélande. Phil Knipe, juriste du Ministère de la santé, a ouvert une enquête. "Les cigarettes de tabac chauffé Heets insérées dans l'appareil sont des produits du tabac et doivent être en conformité avec la réglementation Smoke Free Environnement", explique t-il, comme le relayait le Vaping Post en mars. Le Ministère dela santé a finalement déposé plainte le 18 mai et l'affaire doit passer le 2 juin devant le Tribunal de Wellington. En attendant, le géant vaudois reste confiant dans ses capacités de lobbying. "Philip Morris et le Ministère sont en discussion concernant l'application de la réglementation tabac à propos de notre produit de tabac chauffé", assure Jason Erickson, directeur de PMI NZ, au journal Stuff. Mais une fois n'est pas coutume, il semble que la multinationale ne va pas court-circuiter les règles.

Changement de paradigme

"Les drogues pharmaceutiques et les mesures de soutien actuelles pour l'arrêt du tabac ont peu d'impact pour certains groupes de population. Il est temps de se pencher sur d'autres stratégies d'aides", explique la Pr Walker. C'est pourquoi le 29 mars dernier, Nicky Wagner, Ministre-adjointe à la santé, annonce une révolution paradigmatique en décidant de saisir l'opportunité du vapotage et des modes de consommation à risques réduits de nicotine contre les méfaits du tabagisme. Une rupture radicale avec la ligne répressive anti-fumeur à l'australienne, dont les conséquences sanitaires et sociales catastrophiques sur les groupes de population défavorisés ont convaincu les autorités kiwis de s'ouvrir à une approche plus humaine et efficiente. La décision est actée mais les modalités de mises en oeuvre sont en cours d'élaboration.

Groupe d'experts sur la vape

Le Ministère vient d'ailleurs de publier un appel pour constituer un groupe d'experts sur la question du vapotage. "Philip Morris a décidé de ne pas attendre que le Gouvernement élabore sa politique d'accès aux produits à risque réduit. Ils ont pris l'initiative d'enfreindre la loi", souligne Natalie Walker. L'objectif de PMI est évidemment de prendre de court la concurrence des produits de vapotage pour s'installer sur le marché, à l'instar de sa stratégie en Suisse.  Mais contrairement à certaines administrations bernoises et autre Commission fédérale en main de super-lobbyiste à la carrière politicienne flétrie, les autorités sanitaires néo-zélandaises ne semblent pas enclines à ramper devant les gesticulations tabagiques de la marque aux cowboys cancéreux...

samedi 20 mai 2017

[Expresso] L'Union Européenne va t-elle forcer les britanniques à recommencer de fumer ?


"Le vapotage a aidé plus d'1,5 millions de britanniques a arrêter de fumer. Cet extraordinaire succès est mis en danger par ces règles qui rendent le vapotage moins attractif pour les 9 millions de fumeurs britanniques actuels", regrette le Pr Gerry Stimson. Hier, vendredi, l'expert de santé publique londonien participait au rassemblement de la New Nicotine Alliance (NNA) face au Ministère de la santé pour protester contre le sale coup de l'implémentation de la directive européenne TPD dans la Tobacco and related products regulation (TRPR). En effet, malgré le vote pour le Brexit soutenu par une majeure partie des vapoteurs, ils n'y échappent pas. Dès aujourd'hui, les commerces britishs ne peuvent plus vendre d'atomiseur avec des réservoirs de plus de 2 ml et doivent se limiter aux liquides à moins de 20mg/ml (soit 2%) de nicotine dans des fioles de 10 ml au maximum. Des avertissements saugrenus, et erronés scientifiquement, contre la nicotine doivent aussi être accolés sur 30% de la surface du packaging de tout produit, y compris ceux ne contenant pas de nicotine. Etc. 

TPD effect

Au niveau des usagers, les suivis ont montré que de 20 à 30% des fumeurs nécessitent des liquides plus concentrés en nicotine que ce taux maximal décrété sans base scientifique au petit bonheur le bureaucrate. Même une fois sevrés du tabagisme au moins 6% des vapoteurs réguliers, soit près de 180'000 britanniques, utilisent des liquides plus concentrés, selon le récent monitorage de l'Action on Smoking and Health (ASH). Anticipant l'entrée en vigueur des nouvelles règles, les magasins ont déstocké les liquides fortement dosés en nicotine ces derniers mois. "Les données de l'ASH montrant un plafonnement du nombre de vapoteurs [britaniques], une augmentation de la part d'ex-fumeurs comparée aux fumeurs et la baisse du nombre d'usagers de liquides forts indiquent que nous voyons déjà l'impact non seulement de la couverture médiatique (et scientifique) irresponsable sur le sujet mais aussi des premiers effets de la TPD. Les liquides forts ont presque tous disparus des magasins qui visent à être en conformité", explique la NNA sur son site. Dans ces conditions, les fumeurs seraient moins nombreux à se convertir au vapotage.

Pour les vapoteurs déjà sauvés du tabagisme, des problèmes d'approvisionnement risquent de surgir. "Les consommateurs qui ont besoin d'un produit à fort taux de nicotine chercheront à le faire eux-mêmes, retomberont dans le tabagisme ou iront le chercher dans l'économie informelle (marché noir), là où les produits ne sont pas testés", anticipe Richard Hyslop, directeur général de l'Independent British Vape Trade Association (IBVTA) dans le Guardian. Le porte-parole de l'organisation locale de professionnels de la vape précise que le problème se pose aussi pour les atomiseurs de plus de 2 ml et les fioles de recharge de plus de 10 ml de contenance. Jusque-là, la plupart dépassent ces limites. "Si vous devez continuellement re-remplir votre appareil, il est pénible de devoir transporter un tas de fioles avec vous", explique le responsable de l'organisation qui regroupe plus de 1'700 professionnels de vape indépendants de l'industrie du tabac. "A présent, les gens qui veulent des appareils avec des réservoirs plus gros que 2 ml ou des liquides en plus grand conditionnement que 10 ml ne pourront plus les acheter légalement au Royaume-Uni. Mais ils pourront en chercher dans les zones grises ou informelles", poursuit Richard Hyslop.

Tweets à dérouler de Tom Pruen, responsable scientifique à l'ECITA

Poignard lithuanien

Sur les réseaux sociaux, des brainstormings de vape hacking prennent place. Les astuces pour contourner les règles bruxelloises s'imaginent collectivement. Tuyaux pour des bases nicotinées plus fortes, manière de transformer le réservoir d'un atomiseur... les idées s'affinent. Mais si certaines choses peuvent se faire en local, d'autres vont probablement déplacer les achats vers des sources plus libres. En conséquence, effet redouté des règles européennes, les boutiques physiques locales pourraient en pâtir. "Ces magasins sont équivalents à des centres Stop-tabac de secteur privé. Mais beaucoup vont être forcés à fermer en raison de ce coup de poignard financier", déplore Shayne Adams, directeur de Flavour Vapor, une franchise de magasins. 
Site de l'usine Philip Morris de Klaipeda en Lithuanie

En mai 2016, Lord Prior de Brampton, alors sous-secrétaire d'Etat à la santé, avait promis une "application souple, à "l'italienne", de la TPD". Même plus souplement implémentée que dans d'autres pays (comme la Belgique par exemple), les contraintes de la TPD contre la vape remettent en cause la chute impressionnante de plus de 20% de fumeurs au Royaume-Uni depuis l'essor du vapotage en 2010. De quoi profiter à des cigarettiers bien implantés dans certains pays européens ?

mardi 25 avril 2017

[Expresso] Audition du Pr John Britton, du Royal College of physicians, au sénat canadien sur le projet de loi S5

Le Canada prépare un projet de loi, intitulée S5, concernant le vapotage. Le Comité des affaires sociales du Sénat auditionne différents experts sur le sujet. Le 10 avril, le Pr John Britton témoignait. Le directeur du Centre de recherche sur le cancer britannique (UKCTAS) a participé à deux rapports du Royal College of Physicians UK, l'un en 2007 sur la réduction des risques pour la nicotine et celui plus focalisé sur le vapotage de 2016 (« nicotine without smoke »). On peut retrouver l'audition intégrale sur le site du Comité du sénat canadien, y compris les échanges avec les sénateurs et le Pr David Hammond de l'Université de Waterloo. Regulator Watch a mis en ligne l'intervention initiale du Pr Britton, dont je fais ici un rapide résumé traduit.



Le tabagisme est une cause majeure de maladies et de mortalité, et d'inégalités sociales de santé. C'est une priorité majeure de santé publique dans tous les pays développés. Les mesures de prévention (avertissements etc.) sont efficaces pour prévenir l'entrée dans le tabagisme des jeunes, mais elles n'ont pas d'impact important pour faire sortir les fumeurs du tabagisme. La situation pour les fumeurs "établis" est plutôt pire aujourd'hui qu'il y a 30 ans. Nous avons besoin de mesures pour aider les fumeurs à sortir du tabagisme. Non seulement parce que cela sauve des vies, mais aussi parce que cela va réduire le tabagisme futur.

Vache sacrée puritaine

Il y a une vache sacrée dans la culture anti-tabac: quitter le tabac devrait passer par l'abandon de toute consommation de nicotine. Le rapport de 2007 du RCP argumentait déjà que ce dogme n'est pas obligatoire. Les fumeurs peuvent continuer de consommer de la nicotine, qui n'est pas plus dangereuse en elle-même que la caféine, en arrêtant de la fumer, procédé par lequel se dégage la plupart des toxiques les plus délétères et mortels liés au tabagisme.

La Suède en est un exemple. Une majeure partie des fumeurs est passée au «tabac sans fumée» [le snus en fait], et la Suède a désormais le plus bas taux de fumeurs des pays développés [à 9% selon cet article]. Au Royaume-Uni, le Snus est illégal, mais la vape est apparue en 2008 et est devenue très populaire. Le gouvernement a adopté une ligne très libérale sur le vapotage et 2,8 millions de personnes utilisent le vapotage, dont 1,2 millions sont devenus ex-fumeurs en utilisant de manière régulière la vape.

Promouvoir la réduction des risques

Ces exemples soutiennent fortement une approche visant à inciter les fumeurs, qui ne veulent pas ou n'arrivent pas à arrêter de fumer, à passer à une alternative beaucoup moins nocive que le tabagisme. Il faut une régulation pour s'assurer de la réduction des risques et de la sécurité du matériel. Mais il est extrêmement important de pouvoir promouvoir ces produits auprès des fumeurs. Par rapport au projet de loi S5, un point absolument vital est de pouvoir montrer la comparaison d'effets sanitaires entre le tabagisme et le vapotage. Les professionnels de santé doivent inciter les fumeurs à arrêter. S'ils n'y arrivent pas avec les méthodes conventionnelles, il ne doit y avoir aucun doute sur la réduction des risques avec le vapotage. Si ce message n'est pas délivré fortement à l'opinion publique, le doute profite au tabagisme.  

vendredi 21 avril 2017

Censure en France: Marisol Touraine a t-elle fait éliminer une émission d'Allô Docteurs sur l'arrêt du tabac et le vapotage?

Il est fort probable que les médias français n'évoqueront pas le sujet. Après la censure silencieuse d'un sujet sur le documentaire Vape Wave de Jan Kounen sur Canal+, France Télévision élimine à son tour une émission d'Allô Docteurs datant du 1er septembre 2015. Replay désormais absent du site de l'émission - edit (22h30): de petits extraits sont restés disponibles sur le site de l'émission, mais pas l'émission au complet -  et traque des partages de la vidéo sur les réseaux sociaux.  Le numéro du magazine santé de France 5, présenté par Marina Carrère d'Encausse et Michel Cymes, portait ce jour-là sur le vapotage. Invitées éclairées, la Dr Anne Borgne, addictologue et présidente du Réseau de prévention des addictions (RESPADD) accompagnait Patricia Côme, vapoteuse aguerrie ayant tiré un trait sur le tabagisme à son aide. Ces témoignages et éclairages pouvaient-ils inciter à l'arrêt du tabac avec la vape?

Probablement, d'autant plus que le Pr Bertrand Dautzenberg, pneumologue reconnu, intervenait, entre autres témoignages, dans un petit reportage au milieu de l'émission d'une demie-heure. Mais désormais, la loi Touraine interdit "la propagande ou la publicité, directe ou indirecte, en faveur des produits du vapotage" (art. L. 3513-4 du code de la santé). Cette mesure de censure, entrée en vigueur fin 2016, prévoit de punir son non respect d'une "amende jusqu'à 100'000 €". La notion de "propagande" est suffisamment large et floue pour inclure toute information sur la réduction des risques et l'aide au sevrage tabagique qu'apporte le vapotage. "En faisant encourir jusqu'à 100'000 € d'amende à toute personne qui communiquerait sur les vertus du vapotage, les pouvoirs publics créent donc une "insécurité juridique injustifiée" et empêchent "d'ouvrir un débat salutaire sur la santé publique"", pouvait t-on lire dans le Monde du 21 juillet dernier citant cinq associations impliquées dans la réduction des risques. 

En octobre, les associations Sovape, la Fédération Addiction, SOS Adiction, Tabac et liberté et le RESPADD recevaient des promesses de la Direction générale de la santé de régler le problème. On attend toujours... Et visiblement, le spectre de la menace de l'article scélérat a produit son effet dans les rédactions. La situation de la liberté d'expression en France est telle - 45ème au classement sur la liberté de la presse - que depuis, aucun média n'a osé signaler les consignes internes interdisant de discuter positivement de l'arrêt du tabagisme à l'aide du vapotage. Pourtant, ces consignes secrètes données aux journalistes de Canal + stipulent qu'aucune image d'usage de vape ne doit être diffusée, aucune image de vapoteur souriant ou sympathique ne doit être montrée, aucun propos positif à son sujet ne doit être prononcé.

Si les consignes à France télévision n'ont pas filtré, le ton et les montages grossiers sur le sujet suffisent à comprendre ce qu'il en est. L'enfumage de Laurent Ruquier, dans On n'est pas couché du 5 novembre 2016, instillait le doute, le récent délire anti-scientifique sur le sujet de Télé Matin l'a confirmé. La mise au pilon de cette émission, puis la traque sur les réseaux sociaux pour en éliminer toute diffusion, mesure tout à fait inhabituelle des services de France Télévision, suit du même mouvement de censure de la part de la télé publique française. Bref, en France sur le sujet, aucune liberté d'expression n'est actuellement tolérée.

L'émission était sur YouTube ...




dimanche 16 avril 2017

[Expresso] Des espoirs de sauver la vape indépendante aux Etats-Unis?

Les américains vont-ils échapper au 'vapocalypse' ? Gregory Conley, porte-parole de l'American Vaping Association (AVA), veut encore croire au sauvetage de la vape indépendante locale. Dans un interview pour le San-Diego Tribune, il souligne des signes favorables émanant de l'administration Trump. Notamment la nomination, pas encore entérinée, de Scott Gottlieb à la tête de la Food and drug administration (FDA). "M. Gottlieb soutient certaines approches sur les questions de drogues qui font un parallèle intéressant pour le monde du vapotage. C'est une raison d'être optimiste, surtout en regard de ce que nous avons vécu ces 7 ou 8 dernières années avec la FDA", pointe Greg Conley. 

Si sa nomination vient à être confirmée, Scott Gottlieb pourrait imprimer une direction plus ouverte à la réduction des risques et à l'auto-support des usagers de la part de la FDA. Son ancienne appartenance à l'American Enterprise Institute (AEI) laisse aussi supposer une plus grande considération pour les entreprises locales indépendantes. Tandis que la FDA, sous la précédente administration Obama, a privilégié les intérêts des grandes multinationales de la pharmaceutique et du tabac. La réglementation assimilant les produits de vapotage, sans tabac ni combustion, à la législation sur le tabac est exemplaire à ce titre. Entrée en vigueur en août 2016, ses exigences s'échelonnent jusqu'en 2018. Notamment, l'obligation de suivre une procédure ardue d'homologation des produits de vape, y compris rétroactivement pour ceux sortis depuis 2007.

La réglementation de la FDA protège les intérêts de Big Tobacco

Ces coûts d'homologation pour la mise sur le marché d'un produit de vape se chiffrent en millions de dollars. "Les coûts associés à cette application vont probablement entraîner la fermeture de nombreux producteurs indépendants de la branche du vapotage dans les années qui viennent, favorisant à long terme le partage de ce marché entre Altria, Reynolds et les autres grandes multinationales qui ont à la fois la surface financière et l'expérience en matière de réglementation pour évoluer dans ce processus", estimait au printemps 2016 Adam Fleck, analyste financier au MorningStar.

Cet avis partagé par la plupart des observateurs commence déjà à se vérifier. Bien que l'échéancier de la FDA coure jusqu'à l'an prochain, des entreprises de vape ont déjà cessé leurs activités devant le fardeau administratif. "Il y a une entreprise historique, Provape, qui produisait des appareils dans l'Etat de Washington. Ils ont arrêtés. Ils ont vu le mur à surmonter pour continuer de fabriquer américain et n'ont pas eu assez confiance pour poursuivre", explique Greg Conley. Devant l'incertitude, certains doivent abandonner leurs activités. 

Incertitudes et résilience

"Ce secteur peut disparaître dans 16 mois, si la réglementation reste telle qu'elle est. Alors si un propriétaire demande à un magasin de s'engager sur un bail de trois ans... Des commerçants se demandent si c'est le moment de prendre cet engagement ou de changer d'activité. Cela se passe un peu partout dans le pays", explique le représentant de l'association de défense du vapotage. Mais la plupart des entreprises de la vape s'accrochent, habitués aux entraves contre ce moyen populaire de sortir du tabagisme, poursuit Greg Conley.

Les effets négatifs de santé publique commencent aussi à se ressentir. Publié la semaine dernière, un rapport pour le National bureau of economic research détaille la hausse du tabagisme adolescent entraîné par les restrictions d'accès aux produits de vape aux Etats-Unis. "Les résultats de l'étude montrent que la part d'adolescents fumeurs a augmenté de 0,7 à 1,3 points sur le pourcentage global de cette tranche de population suite aux lois d'âge minimal de vente  sur le vapotage. Environ la moitié de cette hausse est attribuable à l'initiation au tabagisme, l'autre moitié aux fumeurs qui ont continué de fumer plutôt que de passer au vapotage en raison des restrictions", peut-on lire sur un article du Washington Examiner traduit en français par Vap-Actus.

Intégrisme puritain et science

Si ce sont les multinationales cigarettières qui bénéficient de la réglementation actuelle de la FDA, en éliminant la vape indépendante et en freinant le passage des fumeurs au vapotage, ce sont paradoxalement les tenants puritains soi-disant anti-tabac qui l'ont influencé. Encore récemment, Stanton Glantz, leader des anti-tabac californiens, affirmait sur la chaîne cablée HBO que "le vapotage est aussi dangereux que les cigarettes au niveau cardio-vasculaire". Sans apporter d'éléments concrets en soutien à cette opinion.

Pourtant, les propos de l'ingénieur aéronautique sont contredits par un rapport du Pr Neal Benowitz, son éminent collègue à l'Université de San Francisco (UCSF). "Le risque [de vapoter] est considéré être moindre que de fumer des cigarette sur la base des comparaisons à la fois qualitative et quantitative de l'aérosol du vapotage face aux constituants de la fumée de cigarette. L'adoption du vapotage à la place du tabagisme pourrait, alors, conduire à un bénéfice global pour la santé publique", conclue le document publié dans Nature en mars dernier. 

Mouvement de libération de la santé publique

Ce rapport s'ajoute aux nombreuses évaluations de la réduction des risques de passer au vapotage pour un fumeur et la maximisation des opportunités de réduire le tabagisme pour la santé publique qui en découlent. Suite aux rapports du Public Health England, du Royal College of Physicians britannique, de l'Université de Victoria au Canada et de l'organisation anti-tabac américaine Truth Initiative, ce sont, plus récemment, 120 experts américains de santé à lancer un appel pour intégrer le vapotage dans une nouvelle stratégie contre le tabagisme (brève du GREA en français). De quoi nourrir l'optimisme des défenseurs du vapotage comme outil de sauvetage pour les fumeurs, à l'image de Greg Conley. En espérant que cela ne tarde pas trop.


mercredi 12 avril 2017

[Presidentielle2017] N. Dupont-Aignan, B. Hamon et Ph. Poutou promettent des aides réelles pour sortir les fumeurs du tabac

Tandis que la Suède a moins de 9% de fumeurs, un tiers des français se goudronnent les poumons de cigarettes désormais en paquets "neutres". Résultat de deux derniers quinquennats d'une totale vacuité en matière de réduction de la principale cause de maladie évitable. Pourtant, thèmes délaissés des candidats, la santé et la question du tabagisme sont enfin timidement apparus à dix jours du premier tour. "Il ne faut pas seulement pénaliser ni culpabiliser, mais aussi financer tous les moyens d'aide au sevrage, les médicaments, les patchs, le vapotage, etc.", déclare le Dr Philippe Sopena, porte-parole du candidat socialiste Benoit Hamon au Quotidien du médecin. Même tendance à utiliser le levier d'une approche de réduction des risques et d'aide à l'arrêt chez Nicolas Dupont-Aignan. "Il faut inciter les fumeurs à vapoter afin de se sevrer progressivement", écrit-il dans sa prise de position envoyée à l'Alliance contre le tabac selon le même média. [Mise à jour en fin d'article]

L'heure de changer

Une approche couronnée de succès au Royaume-Uni où le nombre de fumeurs a baissé de plus de 20% depuis l'essor du vapotage en 2010. Plus de 2 millions de britanniques sont sortis du tabagisme via la vape. Près de 800'000 arrêtant la cigarette puis la vape tandis que 1,3 millions d'entre eux continuent de vapoter exclusivement, selon les statistiques officielles. Avec 9 millions de fumeurs, soit 17,2% des plus de 15 ans, le Royaume-Uni a pris le train de la réduction des risques contre le tabagisme. Même si les anglais n'ont pas tiré les premiers en ce sens. Pionnière, la Suède à l'aide du Snus a fait dégringolé son tabagisme à moins de 9% de sa population.



En France, le Snus est interdit et le vapotage peu soutenu, quand il n'est pas simplement dénigré par divers groupes d'intérêts. Le candidat anti-capitaliste Philippe Poutou propose pour sa part la gratuité des aides à l'arrêt du tabagisme, sans que les moyens considérés ne soient précisés dans le Quotidien du médecin. A l'image des positions des autres prétendants, le contenu reste assez nébuleux. La faute en incombe directement aux candidats. En méprisant les démarches réellement citoyennes, ils se sont rendus responsables du peu de clarté de leur engagement sur le sujet. Ce flou nourrit le désintérêt en retour de la part des vapoteurs, selon le dernier baromètre du site Vap'You.

Le flou des snobs

En effet, l'ensemble des candidats ont snobé les invitations de l'association Sovape au sommet à Paris le 20 mars dernier. Ils ne semblent pas plus vouloir prendre la peine de répondre au questionnaire de l'association des usagers Aiduce. Leurs positions respectives sont donc restées à la merci de ce que l'Alliance contre le tabac a bien voulu laisser filtrer lors de sa conférence de presse hier. L'organisation s'est gardé de rendre les documents accessibles directement au public. 


Michèle Delaunay, sa présidente, n'a manqué d'afficher devant la presse ni son antipathie aux approches humanistes d'aide aux fumeurs pour la sortie du tabagisme, ni son soutien à Emmanuel Macron. "Le seul a avoir annoncé en meeting le paquet [de cigarettes] à 10 euros", selon la députée socialiste. Occultant que le candidat d'En marche a assortie cette promesse d'une condition: que les pays limitrophes à la France en fassent de même avec une "harmonisation des taxes au niveau européen". Aussi probable que de réussir son sevrage tabagique en faisant des origami. 


Mic-mac à 10 euros

En fait, le seul candidat qui se soit engagé à une hausse à 10 euros du paquet dés 2017 et de poursuivre cette hausse au long de son quinquennat sans condition est Jean-Luc Mélenchon. C'est ce qui ressort des réponses des candidats au questionnaire d'un groupe de sept experts de santé publique dont le tabacologue Gérard Dubois. Sur le tabagisme, seul l'outil répressif de l'augmentation des taxes est envisagé par les experts de securite-sanitaire.org, sans considération d'approches complémentaires comme la réduction des risques. 

Mais visiblement, même si la position de JL Mélenchon correspond au plus près aux demandes de l'Alliance contre le tabac, sa présidente M. Delaunay préfère mettre en avant E. Macron. Effet du réseau Sicpa et de son marionnettiste Yves Trévilly, opportunisme personnel ou simple incohérence d'esprits bornés ? Difficile de saisir la raison réelle à cet étrange positionnement.

Guerre aux pauvres ou lutte contre le tabagisme?

Si de leurs côtés, Benoit hamon propose une hausse des taxes tabac de 10% par an à long terme et Nicolas Dupont-Aignan de viser le paquet à 10 euros d'ici deux ans, Nathalie Arthaud s'oppose à une hausse qui frapperait les plus pauvres. Les sociologues Patrick Peretti-Watel et Jean Constance le soulignaient en 2010. "Les personnes en situation de précarité, et en particulier celles qui sont au chômage, persistent donc plus souvent à fumer, alors même que la hausse des prix ampute une part non négligeable du très modeste budget dont elles disposent. Les taxes sur les produits du tabac constituent à ce tire un "impôt régressif" qui tend à paupériser davantage les plus démunis, à accroître leur précarité et à dégrader leurs conditions de vie, sans pour autant parvenir à les préserver des risques annoncés du tabagisme", soulignent-ils dans un article présentant leur rapport pour l'INSERM sur le sujet. Un constat qui devrait interpeller toute personne soucieuse d'équité sociale et motiver à prospecter vers des approches de réduction des risques.

Marine Le Pen, connue pour vapoter, s'oppose aussi à une hausse des taxes du tabac, qu'elle imagine profiter au marché noir florissant en France. Tous les candidats ont promis de renforcer les contrôles contre la vente de cigarettes aux mineurs et pour faire respecter les interdictions de fumer dans les lieux publics. Les candidats, dits souverainistes, prennent évidemment leurs distances avec les traités européens, ce qui pourrait laisser un espoir aux vapoteurs d'en finir avec l'infamie de l'assimilation du vapotage aux produits du tabac dans la directive européenne TPD. Au sujet des gesticulations de l'Organisation mondiale de la santé, Philippe Poutou souligne les problèmes d'influence des lobbys au sein de la machine bureaucratique genevoise.

Une absence d'idée

En définitive, peu de choses n'a surgit de cette campagne concernant la lutte contre le tabagisme. Par exemple, aucun candidat ne semble avoir même songé à créer une formation aux outils de réduction des risques pour les buralistes, au statut particulier de préposés de l'administration. Un réseau de proximité dont les produits prédisposent à une influence en terme de sociabilité. Leur donner une chance de mettre un contenu à un rôle "d'acteurs de santé publique", utilisé jusque-là comme un élément de langage totalement creux par les bureaucrates français, serait pourtant une manière de mettre à profit cette particularité structurelle. Mais les politiciens français ont-ils l'imagination et le courage d'oser se sevrer du tabagisme et passer à l'heure d'une réduction des risques conséquente?

Mise à jour 25-04-2017 : Le dossier des réponses des candidats a finalement été mis en ligne par l'Alliance contre le tabac. Cela permet de corriger ou préciser quelques points de l'article :
- Philippe Poutou s'interroge sur la position anti-vape de l'OMS.
- Marine Le Pen s'oppose à l'augmentation des prix du tabac car elle frapperait les plus pauvres.


dimanche 9 avril 2017

[Expresso] Le Dr Farsalinos plaide pour le vapotage contre le tabac à Manille

"Je suis moi-même un ancien fumeur. J'ai essayé toutes les méthodes de sevrage tabagique. J'ai essayé les gommes, les médicaments et même une thérapie psychologique. Avec ces méthodes, je suis resté sans fumer au maximum durant cinq mois". A Manille le 5 avril dernier, le Dr Konstantinos Farsalinos explique ce que peut apporter le vapotage à la lutte contre le tabagisme aux Philippines en partant de sa propre histoire. "Lors de ma première étude sur le vapotage, j'étais encore fumeur. Devant les résultats, j'ai décidé d'essayer. J'ai arrêté de fumer dés le premier jour. J'ai gardé un paquet de cigarette chez moi. A la fin de la semaine, je l'ai jeté avec le briquet. Cela fait maintenant cinq ans et un mois que je n'ai plus fumé. Je ne ressens jamais le besoin d'une cigarette. Cela me fait penser que le risque de rechute est beaucoup plus faible avec le vapotage par rapport aux autres méthodes de sevrage tabagique", raconte le Docteur grec à la conférence de presse relatée notamment par le Manila Standard.

Urgence sanitaire

Le chercheur du Centre Onassis de cardiologie d'Athènes invite les autorités philippines à soutenir ce moyen de sortir du tabagisme. Il plaide pour une réglementation rationnelle, proportionnée et réaliste propre au vapotage. "Des approches de réduction des risques doivent être rendues disponibles aux fumeurs philippins à travers la création d'une réglementation locale appropriée spécifique au vapotage" soutient le Dr Farsalinos. Alors que des rumeurs d'une menace d'interdiction du vapotage plane sur l'archipel, Heneage Mitchell, responsable de FactAsia, appuie les propos du docteur grec.

"C'est la voie à suivre par respect pour les millions de philippins dont la vie est touchée par le tabac. Nous avons une chance de sauver des millions de vies. Si le Gouvernement n'agit pas pour réglementer et rendre disponibles les produits de vapotage, je suis désolé de devoir dire qu'il sera alors responsable de la mort de millions de philippins. Les fumeurs philippins et leurs proches méritent d'avoir accès à ces produits salvateurs qui changent la donne", renchérit le représentant de l'organisation asiatique de défense des usagers de modes de consommation de nicotine à risques réduits.

L'urgence sanitaire est bien là. Selon l'OMS, au moins 20 millions de philippins fument, sur une population totale d'un peu plus de 100 millions. "Dix millions d'entre eux vont mourir prématurément de maladies liées au tabagisme. L'espérance de vie d'un fumeur est réduite d'au moins dix ans par rapport à un non-fumeur. Cela a un coût énorme en vies et pour l'économie", explique le Dr Farsalinos.

Réduction des méfaits

Or si les gens fument pour la nicotine, ce sont les toxiques générés par la combustion qui tuent les fumeurs. "Toutes les maladies causées par le tabagisme ne sont pas dues à la nicotine présente dans la fumée, mais aux produits de la combustion. La braise d'une cigarette dépasse les 800° C. Sa combustion crée des milliers de toxiques inhalés par le fumeur", précise le Dr Farsalinos. 

En contraste, le vapotage permet d'inhaler un aérosol produit, sans combustion, en chauffant entre 180 et 250° C un liquide constitué de propylène glycol, glycérol avec des arômes et une dose choisie de nicotine. Le vapotage réduit drastiquement, d'au moins 95% selon des études britanniques, les risques pour consommer la nicotine par rapport au tabagisme. "Il existe plus de 1000 études sur le vapotage. J'ai moi-même participé à une cinquantaine d'entre elles", souligne le chercheur.

Maximisation des opportunités

C'est aussi un moyen de maximiser les opportunités de sortie du tabagisme. Selon les données de l'Union Européenne (UE) en 2014, plus de 6 millions de résidents avaient cessé de fumer avec la vape et plus de 9 millions ont réduit leur consommation de cigarettes à son aide. "Le vapotage aide les fumeurs à cesser de fumer", insiste le Dr Farsalinos. 

En Asie, les Philippines et la Malaisie sont les deux pays connaissant une large communauté d'utilisateurs de vape. Selon une enquête de l'institut Ipsos en 2016, 4 millions de philippins vapent plus ou moins régulièrement. Et 70% des fumeurs locaux se disaient prêt à passer au vapotage s'il était légal, avec des standards de qualité et facilement disponible. La récente loi philippine interdisant de fumer dans les lieux publics, qui n'inclut pas le vapotage, pourrait encourager le mouvement.

Box artisanale philippine DJK, crédit Bluetouff de Vaping.fr 
Au pays des moddeurs artisanaux, le scientifique grec défend la production locale et indépendante. "Ici, ce sont les usagers locaux eux-mêmes qui ont créé l'industrie. Il n'y a pas de produits importés, c'est fabriqué localement. De nombreux entrepreneurs se sont engagés dans cette voie et c'est la manière par laquelle la vape s'est développée ici. Une réglementation devrait être faite de manière à ce que le vapotage soit promu pour les fumeurs comme outil de réduction des méfaits du tabagisme", précise le Dr Farsalinos. 

Un marché concurrentiel pour assurer développement et qualité

Pour cela, le chercheur plaide pour une réglementation équilibrée entre la nécessité d'assurer la qualité et la sécurité des appareils et liquides de vapotage, et le soucis de ne pas tuer l'industrie indépendante et locale. "Si vous créez une réglementation très restrictive et coûteuse, qui va pouvoir y souscrire? Seulement les multinationales du tabac. Une réglementation très stricte livre le marché aux mains de Big Tobacco. Ce n'est pas désirable. Nous voulons de la concurrence et de l'innovation. Nous devons avoir des petites et moyennes entreprises indépendantes pour obtenir un environnement concurrentiel, créatif et innovateur qui développera des produits de meilleures qualité", argumente t-il.

Aux Philippines, Big Tobacco mise sur les cigarettes 

A l'opposé de leurs discours tenus en Europe, un dirigeant local d'une compagnie de tabac assure ne pas craindre la concurrence de cette alternative à ses cigarettes. Contacté par Roderick T. dela Cruz, journaliste du Manilla Standard,  il se montre optimiste pour son bizness. "Le vapotage ne donne pas les mêmes satisfactions que les cigarettes", estime le responsable qui garde l'anonymat. Avant de prédire que le tabagisme va continuer de croître aux Philippines les années à venir. Un scénario que le Dr Konstantinos Farsalinos et Heneage Mitchell espèrent déjouer si les autorités philippines les entendent.

vendredi 7 avril 2017

Autriche: La Cour constitutionnelle valide l'interdiction de vente à distance des produits de vape

Dans un rendu le 14 mars, la Cour constitutionnelle autrichienne a rejeté le recours d'un magasin en ligne de vapotage, basé à Baden. Celui-ci s'opposait à l'interdiction de vente à distance de produits de vape en vigueur depuis mai 2016 en Autriche. Celle-ci a été promulguée à l'occasion de la transcription dans la Loi de protection contre le tabac et les produits sans fumée (TNRSG - Tabak und Nichtraucherschutzgesetz) de la Directive européenne sur le tabac (TPD).

La Cour juge que «l'interdiction de vente à distance poursuit les objectifs d'intérêt public», notamment «les intérêts de protection de la santé, des consommateurs et de la jeunesse». Elle n'a pas non plus réduit sa portée. «En vertu du principe de précaution», la Cour estime valide l'inclusion des produits de vapotage sans nicotine dans la loi TNRSG. Notamment en raison «des effets méconnus» de l'inhalation du propylène glycol (Sic!), précise t-elle au point 2.4.4 de son rendu.

Moins dangereux mais quand même !

Pourtant la Cour reconnaît que les produits de vapotage sont significativement moins dangereux que les cigarettes. Ou les pipes et narguilés qui eux sont en vente libre sur internet en Autriche. «Contre le contexte de l'objectif de politique de santé, il serait également impossible de prévoir une interdiction de la vente des produits du tabac, mais pas pour les produits connexes similaires en risque de santé. Le fait que l'e-cigarette ait au moins des effets «moins dommageables» (notamment en l'absence de monoxyde de carbone et de goudron) par rapport aux cigarettes de tabac ordinaire n'est pas affecté par cette évaluation», estime la Cour dans son point 2.4.6.2. Le sens de ce point argumentaire reste pour le moins obscur. «La vapeur est donc moins dangereuse ... mais … Qui comprend ça?», commente le site DampfCafe.at.

Liberté d'échange à dimension variable

Par ailleurs, bien que l'activité du recourant ne soit que de la vente à distance (par internet), la Cour a estimé que rien ne l'empêche d'ouvrir une boutique. En conséquence, cette interdiction ne violerait pas sa liberté d'entreprendre. De son côté, l'Association autrichienne des professionnels de la vape (VFFED) annonce vouloir continuer de se battre contre cette réglementation.

Avec la Pologne, l'Autriche est le second pays de l'Union européenne a interdire la vente à distance au sein de son territoire des produits de vapotage. Cette restriction pourrait donner un avantage aux produits bénéficiant d'un large réseau de distribution déjà en place. Et plus probablement encore, entraver l'accès au vapotage aux fumeurs essayant d'arrêter de fumer. 

Conférence à Vienne

Malgré tout, les défenseurs autrichiens de la réduction des risques et de la maximisation des opportunités de sortir du tabac ne baissent pas les bras. Le Pr Gerry Stimson, directeur de Knowledge-Action-Change, donnera une conférence intitulée "Comment le vapotage a changé le paysage du sevrage tabagique et de la lutte anti-tabac" à Vienne le 8 mai prochain en présence du Dr Franz Pietsch, adjoint à la protection des consommateurs du Ministère de la santé autrichien. Chaud débat en perspective...