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dimanche 22 avril 2018

Etude clinique à Milan: 2,5 fois plus d'arrêts tabagiques réussis avec une vape peu ou pas nicotiné que sans rien

"Le vapotage a augmenté le taux d'arrêt, ainsi que la réduction du nombre de cigarettes quotidiennes des participants qui ont continué de fumer". La principale conclusion d'une équipe de l'Institut Européen d'Oncologie (IEO) de l'Université de Milan confirme, dans les conditions d'une étude clinique, le potentiel du vapotage pour aider au sevrage tabagique. L'étude, publiée dans la revue d'Oxford Nicotine & Tobacco Research, a sélectionné 210 fumeurs sur 550 postulants provenant du suivi COSMOS II (Continuous Observation of SMOking Subjects). 

European Institute of Oncology MilanoEtre fumeur d'au moins 10 cigarettes quotidiennes depuis plus de dix ans et être motivé à arrêter étaient notamment des critères pour participer au suivi de trois mois fin 2015. L'âge des participants était assez élevé avec une moyenne de plus de 62 ans. Un premier groupe a reçu une vapoteuse de type ego CE4 avec une fiole de liquide goût tabac nicotiné à 8 mg/ml, un second groupe la même vapoteuse avec des liquides sans nicotine et le troisième groupe témoin ne recevait rien de particulier. Tous les participants avaient un appel téléphonique mensuel d'une dizaine de minutes, où ils ont été invités à arrêter de fumer après la première semaine du suivi.

Consommation limitée de vapotage

Les chercheurs ont demandé aux participants des deux groupes vapoteurs de ne pas consommer plus d'un millilitre de liquide par jour. Avec en moyenne un peu moins de onze fioles consommées en trois mois (soit 1,2 ml/jour), les participants se sont tenus à cette consigne. Cette consommation réduite de nicotine peut expliquer la faible différence de résultats entre les deux groupes de vapoteurs (avec/sans nicotine), selon les chercheurs. On peut se demander si la plutôt faible concentration de nicotine des liquides associée à cette consigne n'ont pas conduit certains participants à ne pas réussir leur arrêt tabagique.

Au terme du suivi:
    le modèle utilisé par l'étude
  • 25,4% des utilisateurs de vapoteuses (Ego) avec une consommation limitée de liquides nicotinés (à 8mg/ml) n'avaient plus fumé depuis trois mois,
  • 23,4% des vapoteurs sans nicotine ont fait de même, ainsi que
  • 10,3% des participants n'ayant pas reçu de vapoteuse (et s'étant engagé à ne pas en utiliser ni une autre aide de type patchs ou gommes nicotinés). 

Plus de réduction de cigarettes avec la vape nicotinée

Les vapoteurs avec nicotine qui n'ont pas réussi à stopper de fumer, ont par contre plus nettement réduit leur consommation de cigarettes que les vapoteurs sans nicotine et le groupe témoin. D'une consommation initiale de plus de 19 cigarettes par jour, les vapoteurs avec nicotine ont réduit à 7,67 cigarettes tandis que les vapoteurs sans nicotine passaient à 9 et les 'sans vape' à un peu plus de 10 cigarettes quotidiennes.

Améliorations de l'état de santé

En Angleterre, l'information sur le vapotage pour l'arrêt tabagique est déjà intégréeLes chercheurs ont aussi questionné les participants sur leurs symptômes respiratoires. "Une réduction significative de tous les symptômes a été reportée, probablement en raison de la réduction de cigarettes quotidiennes fumées par la plupart des participants, indépendamment du groupe de l'étude", précisent t-ils. Environ 21,5% des participants signalent une diminution de la toux, 18,5% moins d'inflammation pulmonaire (catarrhe) et 14,5% une amélioration de la respiration. Concernant le groupe vapoteurs avec nicotine, 23% rapportent un effet indésirable de gorge irritée lors du premier mois. Mais après trois mois, cet effet secondaire n'est plus signalé que par 5,7% de ce groupe. 

Intégrer le vapotage aux guides sur les arrêts tabagiques

En conclusion, les auteurs suggèrent d'intégrer le vapotage à l'aide à l'arrêt tabagique. "Il pourrait être utile d'associer cet appareil à de nouveaux guides d'auto-soutien afin de permettre aux gens de mieux gérer les changements de comportement et les effets secondaires. Ceci est vrai pour les fumeurs prêts à arrêter (comme nos participants) mais peut aussi être avantageux pour les fumeurs moins motivés se trouvant en milieu clinique".

edit à 16h30 du titre pour le rendre plus clair. Merci à Michel pour la remarque ;)

dimanche 8 avril 2018

Tribune d'un expert des addictions à Singapour: "la prohibition du vapotage est une erreur"

Singapore support smoking
En Asie, plusieurs gouvernements ont décrété la prohibition du vapotage. C'est le cas de Singapour depuis le 1er février, au nom du "principe de précaution". Le Dr Andrew Da Roza, membre de plusieurs comités d'experts dont l'Association Anti-Narcotiques de Singapour (SANA), s'interroge sur le bien fondé de la prohibition de l'outil de réduction des risques. Dans une tribune pour le journal Today le 28 mars, il se demande "si une position morale douteuse, de mauvaises interprétations des données scientifiques, des projections contradictoires sur les motivations de l'industrie du tabac et une inadéquation entre le bien-être de plusieurs et le bien-être de quelques-uns sont à l'origine de l'interdiction du vapotage à Singapour, n'est-il alors pas temps de repenser la politique de santé ?"

Les études existent

"Le ministère de la Santé de Singapour prétend qu'il n'y a pas d'étude scientifique sur le long terme (25 à 30 ans) pour montrer si ces dispositifs augmentent ou diminuent matériellement les maladies dans la population utilisatrice", constate le Dr Andrew Da Roza. Pourtant, des rapports scientifiques précis et complets ont été publiés notamment par le Royal College of Physicians (RCP) britannique et récemment le Public Health England (PHE), note le docteur. "Le PHE a conclu que vapoter ne représente que 5% ou moins des risques de fumer, et que passer complètement du tabac au vapotage «procure des avantages substantiels pour la santé»", souligne t-il. Aux Etats-Unis aussi, des organismes de santé reconnaissent la réduction des dommages du vapotage face au tabagisme, tels que l'Académie des sciences, de l'ingénierie et de la médecine et l'American Cancer Society.

Morale abstinente ou éthique de minimisation des dommages ?

"Aucune politique de santé publique n'exige qu'une nouvelle technologie qui peut potentiellement sauver des vies et prévenir des maladies soit testée pendant 25 à 30 ans avant qu'elle puisse être utilisée", remarque t-il. Pour le Dr Da Roza, les autorités de santé singapouriennes épousent une position morale contestable. "Les autorités choisissent de prendre une position morale: autoriser le vapotage peut être considéré comme une tolérance de la dépendance à la nicotine et cette dépendance serait si haïssable que cela ne compenserait pas la baisse de tabagisme liée. Mais la position morale opposée est tout aussi valable. L'interdiction de ces dispositifs empêche les fumeurs d'améliorer leur santé, la santé de leurs proches, et de prolonger leur vie", explique l'expert en addiction.

Les exemples des nations du tabac

Une autre raison se trouve peut-être dans les exemples des pays voisins de Singapour. La junte militaire en Thaïlande, fin 2014, et la Corée du Nord ont été les premiers à interdire le vapotage. Aux Philippines, l'interdiction n'a pas encore été prononcée, malgré les pressions en ce sens de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et de l'Université privée de Dartmouth qui espère en faire un pays test pour ses détecteurs de nicotine. Par contre récemment, l'Indonésie a suivi le mouvement de prohibition pour protéger ses ventes de tabac, selon les déclarations de son Ministre de l'Industrie. 

Motif de vulnérabilité ou effet causal extérieur ?

Si le Gouvernement indonésien voit dans le vapotage un concurrent à ses ventes de tabac, d'autres prétendent qu'il pourrait être une "passerelle" vers le tabagisme pour les adolescents. En plus des études épidémiologiques britanniques et américaines montrant la baisse du tabagisme adolescent depuis l'apparition du vapotage, le Dr Andrew Da Roza en appelle au bon sens. "Le bon sens nous dit aussi que les adolescents qui essaient le vapotage sont également susceptibles d'essayer beaucoup d'autres choses, y compris l'alcool, les cigarettes et les drogues. Par quoi ils commencent et poursuivent n'est pas déterminé par la substance ou l'appareil, parce que c'est en fonction de leur vulnérabilité à l'utilisation de toute substance psychoactive. Donc, avec ou sans vapotage, ils sont vulnérables à fumer, à boire et à utiliser d'autres substances. Ainsi, les études, qui prétendent établir que le vapotage est la cause du tabagisme, ne font guère plus que montrer une association entre vapoter et fumer - ce qui est attendu, étant donné que les mêmes vulnérabilités individuelles en sont la cause", argumente le spécialiste.

Marché noir hors contrôle

En plus de favoriser le maintien ou l'adoption du tabagisme en interdisant cette alternative à moindre dommage, la prohibition prive les autorités de tout contrôle sur les produits de vapotage. "S'il existe des risques pour la santé avec ces dispositifs, une approche prudente ne consiste pas à les interdire mais à les réglementer et à en réduire les risques", souligne le Dr Andrew Da Roza. Sera t-il entendu à Singapour ?


samedi 7 avril 2018

La vieille alliance entre puritains et cigarettiers renaît dans la presse suisse-allemande

L'anti-tabac Peter Hess travaillait pour British American Tobacco

















La revue suisse-allemande Beobachter a publié un article sur les méthodes d'influence des cigarettiers le 15 mars. Absent de marque de son panorama, le rôle du discours puritain contre les moyens de réduction des risques au profit du maintien des ventes de cigarettes. Une stratégie classique qui avait pourtant déjà été mise en oeuvre par les cigarettiers en Suisse. Y a t-il une face cachée à l'offensive puritaine anti-vape dans la presse Suisse?

"Il est très irritant que des organismes de prévention propagent à présent des drogues pour remplacer d'autres drogues. Ça m'énerve", peste Ruth Humbel dans le Beobachter du 15 mars. La Conseillère nationale du Parti Démocrate Chrétien (PDC) cible en l’occurrence le soutien pour l’arrêt tabagique à l’aide du vapotage dans un article du bi-hebdo suisse-allemand consacré aux méthodes d'influence des cigarettiers. Parmi les "astuces" des cigarettiers, il y en a une sur laquelle l'article de Beobachter ne souffle mot. Alors même que l'expression de Ruth Humbel dans ses colonnes rappelle étonnamment le discours de son illustre prédécesseur Peter Hess au début des années 1990'.

Extrait des archives de 1991 du PDC (pages 1981-1982)A l'époque, Peter Hess est aussi un élu au Conseil national pour le PDC et il mène campagne pour interdire un autre produit de réduction des méfaits contre les cigarettes. Le 20 juin 1991, il dépose un postulat pour inscrire la prohibition du snus dans la révision de la loi tabac. Sa motion s'accompagne d'un matraquage médiatique où le tabac à suçer suédois à teneur en nitrosamines réduite est annoncé comme "l'horrible nouvelle drogue qui va envahir la Suisse" dans le Blick, entre autres titres de presse. Le Conseil Fédéral suit son postulat et inscrit l'interdiction du snus dans la loi qui entre en vigueur en 1995. Au nom de la santé publique, le milieu anti-tabac se félicite de cette victoire et salue son héro Peter Hess.

L'anti-tabac travaillait pour BAT

Lettre ouverte de JC. Rielle à P. Hess

Dix ans plus tard, le ton a singulièrement changé. "M. Peter Hess, ayez le courage de démissionner", interpelle le Dr. Jean-Charles Rielle, membre de l'Association pour la prévention du tabagisme (AT-Suisse), dans une lettre ouverte le 24 février 2001. Le motif de la colère du socialiste genevois contre le démocrate-chrétien zougois se trouve dans les révélations de la presse suisse: Peter Hess siège au Conseil d'administration d'une filiale de British American Tobacco (BAT). 
Le Conseiller national PDC Peter Hess fait interdire le snus en 1991 et avoue travailler pour BAT en 2001
Une enquête du collectif de journalistes européens (ICIJ), qui sera publiée en août 2001 dans le Guardian, sur les réseaux complexes de BAT pour écouler des cigarettes hors taxes met en lumière le rôle clef d'une filiale suisse nommée British American Tobacco International (BATI). En avant-première, l'info sur le poste au Conseil d'administration de BATI, domiciliée à son cabinet d'avocat à Zoug, du Conseiller national Peter Hess fuite le 12 février en Suisse. Les semaines suivantes, la presse déniche pas moins de 37 mandats d'administrateurs non déclarés par celui qui préside le Conseil national suite à son échec, pour une voix, au Conseil fédéral en 1999. Refusant de démissionner du Conseil national et soutenu par son parti, Peter Hess finit son mandat mais ses électeurs lui font payer et il n'est pas réélu aux élections de 2003. Durant le scandale, aucun média ne revient sur le fait qu'il est à l'origine de l'interdiction du snus.

La coalition des abstinents et des trafiquants 

5% de fumeurs suédois grâce au snus
Cette histoire, Thomas Angeli et Otto Hostettler, qui cosignent l'article du 15 mars dernier dans Beobachter, la passent sous silence dans leur présentation des moyens d'influence des Big Tobacco. Elle est pourtant un exemple typique d'union objective que peuvent nouer, consciemment ou non, puritains et cigarettiers contre les moyens de réduction des méfaits. Depuis cette histoire des années 1990', la Suède a vu son taux de fumeurs dégringoler à 7%, tandis qu'une large part des suédois a reporté sa consommation de nicotine sous la forme de snus. L'ensemble des maladies liées au tabagisme, y compris les cancers du pancréas, ont chuté en conséquence.

Il n'est pas dit que les fumeurs suisses auraient adopté le snus en place des cigarettes s'il avait été en vente légale. On peut facilement imaginer que les amis des deux bords de Peter Hess se seraient alors employé à effrayer les fumeurs pour les maintenir dans le tabagisme. C'est ce qu'il s'est passé dans les années 1980' pour les Nicorettes et aujourd'hui pour le vapotage. Ce type d'union tactique entre des groupes apparemment totalement opposés est une voie classique, bien que tordue, de défense d'intérêts. Les économistes l'ont surnommé la "Baptists and bootleggers coalition", en référence à la convergence d'intérêts des mafias et des ligues d'abstinence durant la prohibition de l'alcool aux Etats Unis dans les années 1920'. 

Avant Philip Morris, les anti-réduction des risques tentent d'empêcher l'étude sur l'Iqos

Outre l'histoire de Peter Hess, le super héros anti-tabac qui travaillait pour BAT - dont on peine à croire qu'elle soit méconnue d'un journaliste suisse-allemand -, le magazine omet d'autres éléments dans les sujets mêmes qu'il traite. Beobachter revient sur l'épisode concernant les pressions de Philip Morris contre les chercheurs lausannois de l'étude sur l'Iqos publié dans JAMA Internal Medecine, que nous avions relaté à l'époque
L'équipe de recherche lausannoise a travaillé bénévolement pour son étude sur l'Iqos, le budget de recherche ayant été bloqué par les anti-réduction des risques
Le journal suisse-allemand publie la lettre de Moira Gilchrist, porte-parole de PMI, aux autorités universitaires lausannoises. Mais Beobachter passe totalement sous silence qu'avant Philip Morris, c'est le clan anti-réduction des risques qui a tenté d'empêcher l'étude en bloquant son financement. Thomas Angeli et Otto Hostettler ne pipent pas un mot du refus, ni de ses motivations, de la Commission fédérale pour la prévention du tabagisme (CFPT), notoirement sous le contrôle du clan intégriste. 

Le culte de l'obscurantisme

Le mafieux et la ligue d'abstinence dans Boardwalk Empire
Evidemment, ce fait ébrèche salement la thèse manichéenne assénée par Beobachter. Difficile de croire que les défenseurs d'une approche de réduction des risques servent les cigarettiers tandis que les puritains seraient l'unique rempart contre Big Tobacco, alors que ces derniers manœuvrent en coulisse pour bloquer la même étude. Présentée sans cette omission, le cas de l'étude lausannoise est un exemple clair de l'alliance objective, peut-être non intentionnelle, entre le clan puritain et les intérêts des cigarettiers. 

Il est troublant que les journalistes du magazine du groupe Ringier n'ait pas saisi l'occasion d'interroger les représentants du clan anti-vape sur leur apologie de l'obscurantisme à ce sujet. Alors que leur argument principal contre le vapotage est un sempiternel "on ne sait pas" censé justifier un principe de précaution laissant la voie libre aux cigarettes, dont le danger, lui est connu. Une posture qui permet de distiller le doute et la confusion alors que des organismes au-dessus de tout soupçon et autrement plus compétents ont produit des évaluations précises et sérieuses. Mais apparemment, le Royal College of Physicians britannique et le Public Health England n'existent pas pour les journalistes de Beobachter. Le magazine offre une tribune au clan puritain sans contradicteur, ni prise de distance critique.

La théorie du complot généralisé pour tout argument

En plus de la fabrique du doute, d'autres méthodes attribuées à juste titre aux cigarettiers se retrouvent être aussi les moyens usités par les sources privilégiées du journal. En matière de lobbyisme d'influence, Beobachter en donne un exemple en acte. Celui-ci vient après les campagnes médiatiques du journal télévisé de la RTS, de la NZZ, d'Infosperber et de 20 Minutes... A plusieurs reprises, on retrouve Rainer Kaelin à la baguette de celles-ci, comme de nouveau dans cet article de Beobachter. Ce médecin de Morges exerce sa prose surtout dans des écrits à visée politique dont la trame se résume systématiquement à une théorie du complot plutôt simple. Et qui constitue un exemple parlant de tentative de "discréditer les chercheurs indésirables", pour reprendre l'expression des journalistes du magazine suisse-allemand.

A titre d'exemple, on peut se reporter aux accusation de Rainer Kaelin contre une bonne partie du milieu anti-tabac après la nette défaite en votation populaire de l'initiative pour durcir les lois contre le tabagisme passif en 2012. Selon lui, le milieu anti-tabac Suisse agit sous l'influence des lobbys, laissant planer le doute s'il s'agit de ceux du tabac ou de la pharma. Il vise explicitement la présidente de la Ligue pulmonaire vaudoise, la Fédération des médecins suisse (FMH), la présidente de la Société Suisse de Médecine Interne (SSMI), le Public Health Suisse (depuis SSPH+) et le "président B.M." de l'Association pour la prévention du Tabagisme (AT-Suisse). Coupables d'avoir permis au camp cigarettier de gagner, selon lui. "Attribuer ces silences au hasard ou à des erreurs de communication n’est pas plausible. Ils apparaissent comme un comportement systématique, nuisible aux efforts de la prévention du tabagisme et attribuable à des réseaux d’influence très puissants", juge Rainer Kaelin, dans un article publié dans la revue Bioethica

Les interminables purges de Rainer Kaelin

Rainer Kaelin habitué des accusations délirantes
On a déjà vu plus lucide comme analyse. Mais à défaut d'être fondée sur quelconque preuve, cette stratégie de terrorisme idéologique porte tout de même ses fruits. La dernière "plateforme des partenaires pour la prévention du tabagisme" en a été le théâtre. De manière à peine voilée, les tenants de la ligne dure ont menacé de représailles ceux qui oseraient ouvrir le débat publiquement sur la réduction des risques.

Il n'en fallait pas plus pour que Rainer Kaelin se remette en chasse de l'ennemi intérieur dans le milieu anti-tabac et multiplie les diffamations contre le Pr Jean-François Etter, le principal connaisseur de la question en Suisse. Dans l'article de Beobachter, le spécialiste de santé publique doit encore une fois réaffirmer qu'il n'a aucun lien avec l'industrie cigarettière. Difficile de savoir si Rainer Kaelin répand la confusion intentionnellement ou par folie. Ce qui est sûr, c'est le ridicule des médias qui continuent de lui donner la parole sans distance critique face à ses déblatérations sensationnalistes.

Chape de plomb

Mais les soupçons entretenus artificiellement et la chasse aux sorcières fonctionnent bien dans le milieu anti-tabac suisse. Les autres experts suisses intéressés par le sujet n'osent plus intervenir. A une de mes sollicitations, un chercheur du domaine m'a répondu qu'il ne pouvait risquer d'être lié à des publications sur la réduction des risques sans craindre pour sa réputation et la suite de sa carrière. Même silence des spécialistes suisses sur le tabagisme favorables à la réduction des risques lors de la récente consultation publique sur l'avant-projet de loi tabac (LPTab). 

Seules les associations locales, celle des usagers Helvetic Vape et des professionnels de la vape SVTA, ont osé critiquer l'absence de prise en compte du pilier de la réduction des risques dans le projet de loi. Unique contribution en ce sens émanant de scientifiques, celle de 18 experts de renommée mondiale spécialistes du sujet mais dont aucun n'est suisse. Hors de ces rares exceptions, une chape de plomb recouvre le sujet du vapotage dans une perspective sanitaire en Suisse. 

Plutôt le maintien du tabagisme que toute alternative à risque réduit

Restent les acteurs de terrain bien conscients, à l'image du Groupe Romand d'Etudes sur les Addictions (GREA), de l'échec de l'approche uniquement pro-abstinence imposée depuis dix ans par le clan anti-réduction ds risques. En situation, ils s'intéressent et utilisent de plus en plus le vapotage comme aide à l'arrêt des cigarettes malgré l'interdiction de vente de liquides nicotinés. D'où le ciblage de Ruth Humbel contre "les organismes de prévention propageant des drogues à la place d'autres drogues" dans Beobachter. Le mot d'ordre vise à la fois à exclure ceux prêts à une réflexion et au débat et entretenir l'incertitude sur le vapotage. On pourrait croire à s'y méprendre à une des méthodes présentées par Beobachter comme celle des cigarettiers.
"Les autorités sanitaires ne doivent pas recommander la cigarette-électronique pour le sevrage du tabagisme", Lucrezia Meier-Schatz et Macé Schuurmans
Imposer une discipline strictement puritaine aux professionnels socio-sanitaires, dont l'expérience de terrain les amène à plus de pragmatisme et de tolérance à la réduction des risques, est un leitmotiv du clan. "Les autorités sanitaires ne doivent pas recommander la cigarette électronique pour le sevrage du tabagisme", assénait déjà l'avis de la Commission Fédérale de Prévention du Tabagisme (CFPT) signé de Lucrezia Meier-Schatz et de Macé Schuurmans, ami de Rainer Kaelin, en septembre 2016. Un avis qui reprenait aussi à son compte la revendication de la taxe anti-vape de Philip Morris. 

Tuer le débat sur les vies que la réduction des risques peut sauver

Ces positions de principe contre la réduction des risques, on pouvait les anticiper par l'invitation de l'ultra-intégriste maltais Tonio Borg par l'Alliance anti-tabac en mai 2016 à Berne. Leader anti-avortement, contre le droit au divorce, ayant coupé des aides financières pour la distribution de préservatifs et homophobe décomplexé, l'anti-réduction des risques Tonio Borg n'était pas l'invité d'honneur de l'Alliance anti-tabac par hasard. La lutte anti-vapotage est bien un élément d'une vision politique puritaine globale.

La plupart des méthodes des cigarettiers présentées par Beobachter se trouvent aussi mises en œuvre par le clan anti-réduction des risques. Le jeu de lobbying intense, la diffamation des professionnels favorables à la réduction des risques, l'enfumage du milieu médical et du public en semant la confusion, le doute et par l’amalgame entre produits cigarettiers et vapotage. Leur objectif est de saboter la possibilité d'un débat rationnel sur l'approche de réduction des risques au profit de peurs et d'émotions cultivées par de faux amalgames. Dans un contexte où la stratégie unique pro-abstinence est un échec depuis dix ans, le public helvète va-t-il encore se faire enfumer par cette alliance contre nature entre cigarettiers et puritains ?


mercredi 28 mars 2018

[Bref] En Australie, fronde d'un Sénateur contre la prohibition du vapotage nicotiné du Gouvernement

La politique anti-vape australienne bénéficie au tabagisme
"Aucun projet de loi provenant du Ministre de la santé Greg Hunt ne doit passer au Sénat tant qu'il n'aura pas levé la prohibition du vapotage nicotiné". L'appel à la résistance du Sénateur David Leyonhjelm marque l'exaspération des partisans de l'approche de réduction des risques contre le tabagisme en Australie. Cet appel réagit au rapport de la Commission parlementaire sur le vapotage dont la majorité travailliste a suivi la prescription du Ministre pour refuser la légalisation du vapotage nicotiné. "Jusqu'à ce que les experts scientifiques disent qu'il n'y a aucun impact sur la santé, nous devons suivre le principe de précaution dans ce domaine", justifie Steve Georganas, rapporteur pour la majorité de la Commission, au journal the AustralianGreg Hunt, le Ministre de la santé, avait indiqué clairement les conclusions qu'il attendait de la Commission en déclarant en octobre que "jamais le vapotage nicotiné ne serait légalisé sous mon règne"

En plus de cette pression, le travail de la Commission a été entaché de déclarations erronées de Simon Chapman, Becky Freeman et Maurice Swanson, dénoncées par le Public Health England. En dissidence, trois députés sur les neuf de la Commission ont produit un rapport en faveur d'une légalisation de la vente de liquide nicotiné pour l'outil de minimisation des dommages. "Il y a des indications claires que vapoter est significativement moins nocif que de fumer. Si les fumeurs à long terme incapables d'arrêter de fumer des cigarettes de tabac passent au vapotage, des milliers de vies pourraient être sauvées", explique Trent Zimmerman, porte-parole de la Commission mais parmi la minorité favorable à la réduction des méfaits. 


L'Association australienne en faveur de la réduction de méfaits du tabac (ATHRA) déplore aussi ce rapport obéissant au Ministre. "Le vapotage a aidé des millions de fumeurs dans le monde à cesser de fumer alors qu'ils ne réussissaient pas à le faire avec les traitements conventionnels. Le rapport majoritaire a fondé sa décision sur le principe de précaution, c'est-à-dire en évitant de prendre une décision jusqu'à ce que nous ayons des preuves définitives. Cependant, cette approche ignore les risques très réels et substantiels de continuer de fumer", déclare le Dr Colin Mendelsohn dans le communiqué de l'ATHRA

Egalement membre de l'ATHRA, le Dr Alex Wodak souligne que le tabagisme ne recule plus en Australie avec la stratégie uniquement pro-abstinence actuelle. "Une évaluation modélisée suggère que la mort d'un demi-million de fumeurs australiens pourrait être évitée si la plupart des fumeurs passent au vapotage au cours des dix prochaines années", rappelle le spécialiste en addictions de l'Hôpital St Vincent de Sydney. 

De son côté, le Sénateur David Leyonhjelm a donc lancé son appel à la révolte des élus. "Continuer de refuser aux fumeurs un autre outil contre le tabagisme est immoral et hypocrite. Comment les produits à base de nicotine moins nocifs restent interdits alors que les cigarettes sont légalement disponibles en AustralieConnaissant les conséquences de la poursuite du tabagisme, il appartient au Ministre de la Santé d'examiner sa conscience et de justifier comment il peut continuer à interdire un produit potentiellement salvateur", déclare le sénateur démocrate libéral, avant de conclure frondeur: "Sinon, il doit s'attendre à ne faire aucun progrès au Sénat à l'avenir".

Add. : Du côté des usagers de vapotage, Mme Angela Gordon estime être «forcée de choisir entre le respect de la loi et notre propre vie...», citée dans un article plus détaillé sur News.com

Vidéo de 4 mn sur la prohibition du vapotage nicotiné de Legalize Vaping in Australia




lundi 26 mars 2018

[Bref] USA: le tabagisme chute à 14,1%, la FDA veut restreindre arômes et nicotine dans la vape

14,1% de fumeurs adultes américains en 2017
Le taux de fumeurs adultes américains n'a jamais été aussi bas depuis 50 ans qu'il est mesuré. Selon les données du Centre de Contrôle et prévention des Maladies (CDC) sur les trois premiers trimestres 2017, le tabagisme adulte a chuté à 14,1% aux Etats-Unis. Après une légère remontée en 2016, la chute du nombre de fumeurs a repris sa course. Depuis 2009, les fumeurs américains sont passés de 20,6% à 14,1%, soit une diminution de 31,6% en huit ans. En 2016, une légère reprise du tabagisme avait fait craindre un effet contre-productif des violentes campagnes anti-vapotage de la presse et des Etats en difficulté financière par leurs prêts liés aux ventes de cigarettes. 

Officiellement, le CDC ne reconnait toujours pas le rôle du vapotage dans le déclin accéléré du tabagisme ces dernières années. Pourtant, la vape est devenu le moyen d'arrêt tabagique le plus utilisé et le plus efficace employé, lorsqu'ils s'appuient sur une aide, par les fumeurs américains, selon une étude du Pr Brad Rodu. Du côté des pro-abstinences, Stanton Glantz continue d'affirmer que le vapotage empêche les fumeurs d'arrêter de fumer. En 2016, année de repli du vapotage et de hausse du tabagisme, le Pr Brad Rodu estimait, sur la base des données du CDC, à 7,8 millions le nombre de vapoteurs américains, dont 34% - 2,6 millions - ont arrêté de fumer. Il n'existe aucune estimation du nombre de personnes ayant arrêté de fumer avec le vapotage, puis arrêté de vapoter aux Etats-Unis.

Deux projets de réglementation de la FDA menacent la vape indépendante 

Les recharges de liquides nicotinés de vape interdites ?
Les lacunes d'études et le déni des autorités pourraient jouer un rôle important dans le cadre de deux propositions récentes de réglementation de la Food and Drug Administration (FDA). Faisant suite au plan de lutte contre le tabagisme annoncé fin juillet par Scott Gottlieb, le commissaire de la FDA, le premier projet de réglementation ne semble à première vue pas concerner directement la vape puisqu'il vise à limiter le taux de nicotine des cigarettes à un "niveau non addictif". 

Cependant, un passage du projet de réglementation, mis en ligne le 16 mars, pourrait se révéler catastrophique pour la vape indépendante. "Un autre effet possible de contrefaçon suscité par un taux de nicotine maximum aux cigarettes pourrait être que les usagers cherchent à ajouter de la nicotine en liquide ou d'autres formes à leur produit de tabac à fumer" explique la FDA pour justifier d'inscrire la prohibition de produits susceptibles de servir à cet usage. Autant dire que les recharges de liquides de vapotage nicotinés sont dans le collimateur.

Bad taste only

Le droit de vapoter seulement des arômes dégueulasses ?Attaque encore plus frontale, l'autre projet de réglementation vise les arômes dans les produits du tabac, dans lesquels la FDA inclut le vapotage. "Des recherches ont montré que les cigarettes électroniques à saveur sucrée ont un taux d'attrait plus élevé chez les jeunes que les cigarettes électroniques non sucrées et sans saveur", explique la FDA. La possibilité de soumettre un commentaire est ouverte jusqu'au 19 juin prochain. "Si les vapoteurs et les défenseurs du vapotage ne parviennent pas à trouver une réponse efficace, l'industrie indépendante du vapotage disparaîtra", s'inquiète Jim McDonald, spécialiste des questions réglementaires sur le vapotage sur le site américain Vaping360 .


lundi 12 mars 2018

[Bref] Australie : hausse des ventes légales de tabac en 2017

Hausse de 2,6% des ventes de tabac en 2017 selon les données corrigées
Les ventes légales de cigarettes et de tabac n'ont cessé d'augmenter au cours des quatre trimestres de l'année 2017. De décembre 2016 à décembre 2017, la hausse est de 2,6% selon les données corrigées pour tenir compte des hausses de prix (voir explication) du Bureau Australien de Statistiques (ABS) [tableau 8]. "C'est un renversement inquiétant d'une tendance à long terme", commente le Pr Colin Mendelsohn, spécialiste en santé publique de l'Université de New South Wales, au quotidien the Australian (reproduit sur le blog du Pr Mendelsohn). Près de 16 milliards de dollars australiens (plus de 10 milliards €) de cigarettes et tabac ont été vendus légalement au cours de l'année écoulée en Australie. Le dernier trimestre frôle les 4 milliards de dollars. "Le mois de décembre a connu la plus forte hausse annuelle de ventes de cigarettes et de tabac des variations saisonnières depuis 2004", souligne Adam Creighton de l'Australian. 

Ces données ne concernent que les ventes légales, alors que la police des douanes australienne (ABF) estime à 15% la part de tabac illicite vendu sur l'île. Devant la Commission parlementaire sur le sujet, Rohan Pike, fondateur et ex-membre de la brigade spéciale tabac des douanes, évalue la part du marché noir à 30% du tabac consommé en Australie. La hausse des ventes légales en 2017 pourraient être liée à l'intensification de la lutte contre le trafic de tabac, en partie aux mains des réseaux mafieux. Mais les statistiques 2016 sur la part de fumeurs, ainsi que des relevés des métabolites de nicotine (cotinine) des eaux usées, laissaient déjà présager d'une reprise du tabagisme australien. 

Legalize nicotine for vaping"Nous devons accepter que nos méthodes punitives, taxes et contraintes contre les fumeurs, ne marchent plus. Nous avons besoin d'autres stratégies", estime le Pr Colin Mendelsohn. Alors que l'Australie détient le record mondial du prix du paquet de cigarettes le plus élevé et a imposé le paquet neutre en 2012, son tabagisme stagne depuis 2013. Malgré la panne de leur modèle 'pro-abstinence only', les autorités persistent dans le refus de toute politique de réduction des risques. "Le vapotage à la nicotine est interdit en Australie malgré les preuves accablantes de son succès à l'étranger. Les gens peuvent acheter des cigarettes mortelles à chaque coin de rue, mais ils sont interdits d'acheter légalement une alternative beaucoup plus sûre pour les aider à cesser de fumer", déplore le professeur Mendelsohn.


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Ce billet est un suivi du dossier sur la panne du modèle anti-tabac australien
et d'autres articles sur l'Australie


lundi 5 mars 2018

Suisse: les premières prises de position à la consultation publique du projet de loi tabac LPTab ouverte jusqu'au 23 mars

Toute personne peut participer à la consultation publique du projet de Loi sur les produits du tabac et la cigarette-électronique (LPTab) d'ici au 23 mars. Le projet de loi et le dossier mis en consultation sont disponibles sur le site de la ConfédérationQuelques avis ont déjà été rendus publiques. Parmi ceux que j'ai vu passé, celui de la Fédération patronale vaudoise met l'accent sur la nécessité de modifier le traitement du vapotage dans la future loi, tandis que celui de la Swiss School of Public Health (SSPH+), fondation des universités sur la santé publique, appelle purement et simplement à rejeter cet avant-projet.

Pour participer à la consultation:
  1. télécharger le formulaire (format .doc) dédié ici 
  2. le remplir avec vos coordonnées et votre analyse. - vous pouvez vous inspirer des avis présentés ci-après ou attendre d'autres communications, par exemple du milieu de la vape, mais attention il faut l'envoyer d'ici le 23 mars...
  3. envoyer le fichier d'ici au 23 mars à: dm@bag.admin.ch et tabakprodukte@bag.admin.ch
L'avant-projet de LPTab et son rapport explicatif, ou à www.admin.ch/ch/f/gg/pc/pendent.html
Mon article à chaud à sa sortie et l'interview accordé à Vaping Post sur le sujet.

La position des patrons vaudois : enlever les restrictions anti-vapoteurs

La Fédération patronale vaudoise "se réjouit de ce que cet avant-projet ait été expurgé des éléments les plus inadmissibles de la première mouture, [mais] il reste problématique sur certains points et doit en conséquence être retravaillé". Parmi les points du projet de LPTab qui posent problèmes aux patrons du canton de Vaud, le traitement du vapotage. "Nous approuvons la possibilité d'ajouter de la nicotine aux cigarettes électroniques et pouvons admettre que ces produits soient réglementés dans une certaine mesure. Nous nous opposons en revanche fermement à ce qu'ils soient assimilés à des produits du tabac en ce qui concerne l'interdiction de consommation dans les lieux publics, ouverts
au public et sur les lieux de travail. On ne saurait admettre pareille restriction sur la seule base du principe de précaution, alors que les effets sur la santé à long terme de ces nouveaux produits sont inconnus, mais que ces derniers sont d'ores et déjà reconnus comme moins nocifs que les produits du tabac destinés à être fumés et ainsi considérés par certains milieux de la prévention comme un moyen de sevrage tabagique. Il est par ailleurs absurde de soumettre à la loi sur la protection contre la fumée passive des produits qui ne dégagent précisément pas de fumée"

Aux yeux de la Fédération patronale vaudoise, le projet de LPTab est si peu différencié entre vapotage et tabagisme qu'une telle loi provoquerait probablement l'inverse de ce qu'elle prétend. "Soumettre la cigarette électronique aux mêmes restrictions que les autres produits du tabac pourrait ainsi faire renoncer certains fumeurs à se tourner vers un produit reconnu comme moins nocif, ce qui irait à l'encontre de l'objectif avancé de protection de la santé. Ces considérations relatives à la cigarette électronique avec nicotine valent a fortiori pour les produits sans nicotine, dont on a indiqué plus haut qu'ils devraient être exclus du champ d'application de la LPTab".

En dehors du mauvais traitement du vapotage, la Fédération patronale s'oppose "à l'interdiction de publicité [des produits du tabac] dans les publications gratuites, de même que sur internet, sous réserve des sites visant spécialement les jeunes, par exemple les sites de jeux vidéo", ainsi qu'à "l'interdiction de mentions telles que «légères», «mild», «bio», «naturel» ou «sans additifs», qui peuvent être strictement factuelles et ainsi parfaitement véridiques. Seules les mentions trompeuses et mensongères doivent être prohibées", et enfin "l'interdiction de mentionner la teneur en nicotine, goudron et monoxyde de carbone sur les emballages des produits du tabac à fumer et sur les produits eux-mêmes est tout bonnement incompréhensible".

La position universitaire: rejet total de ce projet

Autre analyse du côté de la SSPH+, le regroupement des instituts universitaires sur la santé publique, qui ne mentionne à aucun moment explicitement la question du vapotage ni du snus. La prise de position demande le renvoi pur et simple de l'avant-projet de loi, à l'initiative du Pr Dominique Sprumont avec le soutien de Matthias Egger, Jean-François Etter, Claude Jeanrenaud, Joachim Marti, Suzanne Suggs, Thomas Zeltner et du président de la SSPH+, Milo Puhan. "Conformément aux dernières connaissances sur la nocivité du tabac et sur les mesures à prendre afin d’en limiter les effets en protégeant les droits des fumeurs et des non-fumeurs, en particulier les enfants et les jeunes, l’AP-LPTab, tel que mis en consultation, ne permet pas d’atteindre l’objectif fixé en son article premier", explique les universitaires se référant au but de protection de la population des produits du tabac. Pour ceux-ci, cette protection sanitaire nécessite le bannissement de la publicité des cigarettes pour prévenir l'entrée dans le tabagisme des jeunes. 

Dans la même logique, l'avis réclame la mise en place du paquet neutre et l'interdiction de sponsoring des activités sportives et culturelles par l'industrie du tabac. "La protection du consommateur ne passe pas seulement par l’information et les interdictions. Il y a des mesures concrètes à adopter d’ordre structurel par exemple en termes de taxation, d’incitation et d’aide à la désaccoutumance, d’éducation, de campagnes médiatiques, de vente aux mineurs, de composition des produits [etc.] (...) Les fumeurs ne doivent pas être stigmatisés. Ils doivent pouvoir vivre leur choix de manière à ne pas interférer avec les droits des non-fumeurs mais ils doivent aussi bénéficier des moyens adéquats pour pouvoir lutter contre leur addiction. Loin de défendre la liberté des consommateurs, comme le soutiennent les promoteurs de l’AP-LPTab, ce texte limite fortement leur faculté d’exercer leur libre choix et protège les seuls intérêts de l’industrie du tabac", argumente l'Institut de santé sans mentionner concrètement, ni les écarter, de mesures pour soutenir et promouvoir les moyens de réduction des méfaits et de sortie du tabagisme tel que le vapotage.

Enfin, les chercheurs souligne la nécessité à leurs yeux d'un système de traçabilité des produits du tabac pour déjouer le marché parallèle et assurer un développement durable. Selon les universitaires, "on ne réduit pas forcément les coûts de la santé à long terme en réduisant le tabagisme, mais réduire le tabagisme à travers des mesures fondées sur les preuves est une manière efficiente d’améliorer l’état de santé de la population".

D'autres prises de position vont suivre ces prochaines semaines, au fur et à mesure que la date limite du 23 mars se rapprochera. Espérons qu'elles seront plus conséquentes et fouillées pour tracer une perspective globale intégrant les approches de réduction des méfaits...



dimanche 4 mars 2018

Sommet mondial 'tabac ou santé' à Cape Town: les pays du Sud méritent-ils l'accès à la réduction des méfaits ?

La semaine prochaine, la 17ème World Conference on Tobacco Or Health (WCTOH), conférence mondiale Tabac Ou Santé, se tiendra à Cape Town en Afrique du Sud. Le sommet, organisé avec l'appui financier du milliardaire américain Michael Bloomberg, accueillera cadres d'ONG, scientifiques, bureaucrates de la santé publique, journalistes et les leaders de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Tedros Adhanom, le nouveau directeur général éthiopien de l'OMS, sera la guest-star de l'événement mercredi, aux côté de l'incontournable Vera daCosta, la toute-puissante directrice brésilienne du bureau anti-tabac (FCTC) de l'OMS. Mais en dehors de narcissiques auto-célébrations, que peut amener ce sommet pour réduire le fardeau sanitaire du tabagisme? La question se pose mondialement évidemment. 

Le monde en une seule dimension

Et donc aussi pour les pays du sud - ou en développement ou émergents selon les fluctuations de vocabulaire ou, de manière plus réaliste, à faible PIB -. Le programme montre que l'organisation y a pensé: un atelier de "training" dédié aux journalistes africains est agendé en pré-ouverture du sommet. Des conférences sont axées sur les situations en Afrique ou en Asie... Mais globalement, l'approche de la question est unidimensionelle. "La plupart du temps à cette conférence sera consacré à des politiques conçues uniquement pour cibler l'industrie du tabac plutôt qu'à des stratégies de santé publique innovantes pour s'attaquer au problème de santé publique du tabagisme", observe Gregory Conley, Président de l'American Vaping Association (AVA), dans une tribune sur City-Press

12 minutes

On ne peut pas contredire Greg Conley au regard du programme. J'ai cherché les interventions susceptibles d'être ouvertes à la question d'approches de réduction des méfaits. J'en ai trouvé une. Douze minutes accordées à Shannon Gravely, de l'Université de Waterloo (Canada), pour présenter son étude sur les différents impacts sur le tabagisme selon les législations sur le vapotage entre 13 pays. Le communiqué de presse de l'organisation dédié à attirer l'attention sur l'atelier où se déroulera cette présentation, n'a pas même jugé utile de la mentionner (sic!). Seules les autres études présentées à cette session pour affirmer la peur du fantasme d'un effet passerelle du vapotage vers le tabagisme chez les jeunes y sont mises en avant.

Il va sans dire que ces 12 minutes seront de peu de poids fasse au bombardement préalable contre le vapotage des cadres du bureau anti-tabac de l'OMS. Leur session réservée comporte notamment une intervention de l'indienne Jagdish Kaur. La responsable Asie du bureau anti-tabac de l'OMS milite officiellement depuis plusieurs mois pour que les pays asiatiques suivent les exemples Nord-Coréen et Thaïlandais de criminalisation des usagers de vapotage.


Good at home, bad for others?

La politique de haine et de répression contre les usagers de nicotine, y compris à méfaits réduits, est un des axes privilégiés à la fois par le milliardaire Bloomberg et par l'OMS, qui est d'ailleurs substantiellement financée par celui-ci. Autre financier important pour le bureau anti-tabac de l'OMS, le Royaume-Uni a pourtant opté pour une politique sensiblement différente à domicile. C'est troublant. Les dirigeants britanniques estiment-ils que la réduction des méfaits est bonne en Grande-Bretagne mais que les populations du sud ne la méritent pas ? J'ai le sentiment de voir le vieux schéma colonialiste où les prêtres intégristes sont envoyés prêcher le puritanisme aux populations indigènes.

"Trop de dirigeants de santé publique semblent être embourbés dans une pensée de groupe dépassée qui ignore les sciences émergentes. Si la conférence sur 'tabac ou santé' traite de la mort et des maladies causées par le tabagisme, les participants devraient souligner comment les fumeurs au Royaume-Uni, au Japon et en Suède exploitent la science et la technologie pour abandonner la cigarette", alerte Greg Conley dans son appel à prendre en considération la réduction des méfaits et ses usagers. 

Le culte de l'abstinence pour les autres

Malheureusement, la tribune du défenseur du vapotage a peu de chance d'être entendue par la nomenclatura anti-tabac à Cape Town. Pourtant, "ce n'est pas la nicotine ou même le tabac qui tue les fumeurs. C'est l'inhalation de monoxyde de carbone et de goudrons provenant de la combustion de cigarettes qui causent les maladies pulmonaires et cardiaques qui tuent les fumeurs. L'application d'interdictions, de réglementations et de taxes aux produits non combustibles à base de nicotine signifie simplement que davantage d'Africains continueront de fumer - et malheureusement, que davantage mourront". Mais le message de la réduction des méfaits est visiblement non grata à ce sommet anti-tabac en Afrique du Sud.