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jeudi 29 mars 2018

[Bref] Avant le lancement de l'Iqos à Dubaï, les autorités lancent des raids contre les vendeurs de vapote

"Les produits de tabac chauffés vont bientôt être lancés aux Emirats Arabes Unis (EAU), bien que le vapotage soit largement utilisé avec ses recharges de liquide achetées à l'étranger ou au marché noir", explique le journal the National ce matin, suite à une opération anti-vape lancée par la municipalité de Dubaï. Des magasins de tabac soupçonnés de vendre illégalement des produits de vapotage ont été la cible d'une opération policière coordonnée à l'échelle de la ville. Bien que les raids visaient spécialement les produits de vape, le bilan des saisies parait maigre sur ce volet. "Les inspecteurs de la municipalité ont saisi 30 cigarettes électroniques dans 11 points de vente", rapporte le journal local. Par contre, plus de 100 Kg de tabac illicite et quelques 200 paquets de cigarettes aromatisées, dont l'emballage n'était pas réglementaire, ont été saisis durant les descentes. 

"Cette opération est un nouveau signal que les représentants du gouvernement restent fermes dans leur position contre les solutions alternatives au tabagisme depuis qu'une taxe sur le tabac de 100% est entrée en vigueur au dernier trimestre 2017", commente le journal dubaïote. Bien que sa vente et son importation y soit interdite, le vapotage rencontre un certain succès auprès des fumeurs de l'Emirat. Dans un sondage mené par le journal the National, plus de la moitié des 600 fumeurs interrogés avait déjà essayé la vape. Cependant, 54% d'entre eux déclaraient ne pas avoir été convaincu. 

C'est dans ce contexte que Philip Morris annonce vouloir lancer son nouveau produit. "Il y a certaines exigences commerciales et réglementaires qui doivent être satisfaites avant que nous puissions mettre un nouveau produit sur le marché. J'espère personnellement que ces exigences seront satisfaites dès que possible afin que nous puissions commencer à offrir ces meilleures options aux fumeurs actuels", explique Tarkan Demirbas, vice-président local de Philip Morris à Dubaï. 


samedi 10 février 2018

Vape, pneumocoque, ERS et Philip Morris: Qui est infecté?

"Il n'y avait aucune différence du niveau de récepteurs du facteur d'activation plaquettaire (PAFR) au départ entre les 11 vapoteurs et les six personnes du groupe témoin". L'étude publiée par le journal de l'European Respiratory Society (ERS) a analysé des cellules épithéliales du nez de onze vapoteurs au long cours et celles de six personnes qui n'ont jamais fumé ni vapoté. Sur les onze vapoteurs exclusifs, depuis au moins trois mois et jusqu'à huit ans pour le plus ancien utilisateur, dix vapotent au quotidien, le dernier qu'une à deux fois par semaine. Les concentrations en nicotine de leurs liquides vont de zéro à 24 mg/ml (pour trois d'entre eux). Comme le précise la citation plus haut des auteurs menés par Lisa Miyashita, de la Queen's Mary University de Londres, l'analyse ne montre à ce stade aucune différence notable entre ces vapoteurs et les jamais fumeurs ni vapoteurs du groupe témoin.

Pas de différence significative sur les principaux échantillons

Ce résultat, sur un panel très réduit de personnes, coïncide avec d'autres études montrant la réduction flagrante de problèmes respiratoires en général, et d'infections en particulier, chez les ex-fumeurs passés au vapotage exclusif. "La partie la plus pertinente de l'article concerne les cellules prélevées sur des personnes qui ne fument ni ne vapotent et des vapoteurs avant et après le vapotage. Ici, il n'y avait pas de différence dans l'expression de PAFR entre vapoteurs et non-vapoteurs dans les échantillons principaux!", souligne le Pr Peter Hajek, également de la Queens Mary University de Londres mais pas dans l'équipe de cette recherche, dans une réaction critique publiée sur le Science Media Center

Sur près de 1'000 vapoteurs, 66% de diminution d'infections pulmonaires


"Les données provenant de personnes, contrairement à celles sur des cellules ou des animaux exposés de manière très différente, ne montrent aucun signe que vapoter rende plus vulnérable à l'infection. En fait, elles pointent en sens opposé. Des travaux antérieurs suggèrent que les ex-fumeurs passés du tabac au vapotage signalent non pas une augmentation, mais en fait une diminution significative des infections respiratoires", poursuit le Pr Peter Hajek se référant notamment à une étude sur 941 vapoteurs qu'il a co-signé avec le Pr Berndt Mayer et Johanna Miler publiée en 2016 dans le Journal of addiction and therapy.

Une augmentation temporaire du récepteur du facteur d'activation plaquettaire en prise aiguë

Cependant, les chercheurs de l'étude publiée par l'ERS ne se sont pas contentés de ce résultat. Ils ont multiplié les tests après usage, ainsi que sur des cellules in vitro et des souris. "Les niveaux de RFAP dans les voies aériennes supérieures ont été mesurés chez l’ensemble des sujets. Avant vapotage (pour le groupe test), les niveaux de RFAP étaient les mêmes dans les deux groupes. Une heure après vapotage, les niveaux de RFAP avaient triplé chez les vapoteurs. Le fait que les niveaux avant vapotage ne soient pas augmentés chez les vapoteurs semble signaler que l’augmentation de l’expression de RFAP n’est pas persistante dans le temps", résume le Quotidien du Médecin en français.

Un indice indirecte


Les chercheurs publiés par l'ERS estiment cela inquiétant. "Ces résultats dans leur ensemble suggèrent que le vapotage rend les voies aériennes plus vulnérables aux pneumocoques", explique Jonathan Giggs, auteur référent de la publication. A l'opposé, le Pr Peter Hajek souligne que "l'étude a seulement noté un effet aigu transitoire après le vapotage. Il n'est pas clair de quelle manière cela peut se traduire par des effets sur la santé"

Même scepticisme prudent sur les enseignements que l'on peut tirer de cette étude, du côté du Pr Peter Openshaw, directeur du Centre sur les maladies respiratoires infectieuses de l'Imperial College de Londres. "Les résultats de cette étude sur les cellules cultivées en laboratoire et chez la souris suggèrent que le vapotage pourrait rendre les cellules tapissant les voies respiratoires plus collantes et donc plus sensibles à la colonisation bactérienne, mais ce n'est qu'un indice indirecte que le vapotage puisse augmenter le risque d'infection pulmonaire chez les humains", explique t-il aussi sur le Science Media Center.

"Cette étude ne doit pas être une raison pour continuer de fumer plutôt que de vapoter"


Le Pr Openshaw estime que cette étude est loin d'être suffisante, à l'opposé des conclusions médiatiques. "Nous avons besoin de plus amples recherches pour déterminer l'effet de vapoter sur la susceptibilité à la pneumonie en comparaison avec les fumeurs.(...) Cette étude ne devrait pas être utilisée comme une raison de continuer de fumer plutôt que de vapoter. Les preuves à ce jour sont que le vapotage est beaucoup moins nocif que le tabagisme", conclut le spécialiste. Pour sa part, le Dr Jean-Yves Nau ironise férocement sur la publication du Quotidien des médecins à propos de cette étude : "Rage: la vapeur de la cigarette électronique peut-elle la transmettre aux vapoteurs"

Autrement dit, les personnes sérieuses donnent peu, pour rester mesuré, de crédit à cette publication. De quoi se demander pourquoi l'ERS a divulgué aux médias ce message alarmiste à la mise en forme définitive sur la base de cette vague étude aux résultats trop faibles pour en tirer quelconque conclusion sérieuse? On ne sait pas.

L'ERS, la pharma et Philip Morris


On ne sait pas non plus les liens d'intérêt des auteurs, dont la déclaration ne se trouve que sur le site de la revue réservé aux abonnés. Ce qui n'est pas mon cas. Cependant, l'ERS précise dans le formulaire de déclaration d'intérêts lors de soumission que toute personne ayant reçu une allocation ("grant") depuis le 1 janvier 2000 de la part de l'industrie du tabac est exclue. Un critère dont il n'est pas très clair s'il s'applique à l'ERS même. Le listing de cinq pages (voir plus bas) des sponsors 2017 de l'ERS compte diverses entreprises, en large part du secteur pharmaceutique. Merck, Novartis, Astrazaneca, GSK, Bayer, Roche, Sanofi... etc.... et Teva Pharmaceutical.

Teva est une boite pharmaceutique israélienne dont le chiffre d'affaires annuel approche les 26 milliards de dollars. En novembre 2016, Teva a signé un accord de partenariat avec Syqe pour avoir l'exclusivité de distribution d'un intéressant inhalateur de cannabis thérapeutique. Syqe est elle-même une start-up israélienne créée en 2011 dans la banlieue de Tel-Aviv. Dix mois avant l'accord entre Syqe et Teva, en janvier 2016, Philip Morris a investis a investis 20 millions de dollars dans le capital de Syqe. C'était avant le partenariat entre la start-up et Teva, mais aussi avant le sponsoring 2017 de l'ERS par Teva. 


mercredi 17 janvier 2018

Les lausannois n'auront pas de bar Philip Morris

Depuis septembre 2016, Philip Morris essayait d'ouvrir un troquet dédié à l'Iqos dans le quartier du Flon à Lausanne. Le cigarettier annonce l'abandon du projet, "afin de répondre au succès que ce produit connaît auprès des fumeurs adultes depuis plusieurs mois dans la capitale vaudoise et son agglomération", explique un porte-parole de la firme lausannoise à la Tribune de Genève. Le Conseil d'Etat vaudois avait refusé, en février 2017, d'autoriser l'usage de la cigarette Iqos au sein du bistrot. Malgré un recours déposé dans la foulée et encore pendant au Tribunal cantonal, ainsi qu'une autorisation de la commune de Lausanne d'ouvrir le "Flagship store", le cigarettier change ses plans. Pourtant, le chef du Département de la santé du canton proposait la semaine dernière encore un compromis vaudois. "Il serait raisonnable de simplement intégrer un fumoir au projet", expliquait Pierre-Yves Maillard au quotidien lausannois le Temps.

Depuis sa sortie en août 2015, les lausannois semblent les seuls suisses à apprécier la cigarette Iqos. Sa part de marché dans la capitale vaudoise est "déjà plus de quatre fois supérieure à la moyenne nationale", selon Philip Morris. Se consumant en 12 bouffées, la cigarette vaudoise ne délivre que 70% de la dose de nicotine que celle moyenne d'une cigarette conventionnelle, selon une étude indépendante. Le consommateur d'Iqos n'a aucune maîtrise du processus et doit se contenter de cette dose réduite, ou fumer une autre cigarette. Contrairement à ce que prétend une démarcheuse de Philip Morris interrogée par le Temps, la fumée de l'Iqos dégage du monoxyde carbone et l'ensemble des toxiques d'une cigarette conventionnelle mais en nettement moindre quantité, selon les mesures d'une équipe de l'Université de Lausanne.


jeudi 4 janvier 2018

Taxes en Italie: 4€ pour 10 ml de liquide de vape contre 0€77 sur un paquet de Glo (BAT) et 1€27 pour l'Iqos (Philip Morris)

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En Italie, la guerre au vapotage est déclarée. Depuis le 1er janvier, la vente à distance de liquides à vapoter, avec ou sans nicotine, est illégale. L'Administration des douanes et du Monopole (AAMS) est déjà partie à la chasse aux sites ne s'y conformant pas. Autre conséquence de cette interdiction, l'introduction en Italie des substances de liquides à vapoter, sauf les arômes, devient de facto contrebande de produit du tabac, avec risques d'amende et peines de prison à la clef. Mais cela ne fait évidemment pas que des malheureux. La répression justifiée par les autorités pour optimiser la perception de la méga taxe anti-vape de 0,397cts par millilitre de liquide avec ou sans nicotine, pourrait bien bénéficier aux producteur de cigarettes chauffées. D'un côté, l'Etat italien assomme les vapoteurs d'une taxe de plus de 4€ par fiole (hors TVA), de l'autre, il fixe un niveau ultra-light d'accise à 77cts par paquet de 20 cigarettes spéciales pour l'appareil Glo de British American Tobacco (BAT) et à 1€27 sur le paquet de 20 cigarettes pour l'Iqos de Philip Morris.

Au détriment des usagers et de la santé publique

La violente taxe anti-vape va forcément se faire ressentir sur les prix des liquides. D'autant plus que le réseau de distribution, outre l'interdiction de vente à distance, sera limité aux points de vente autorisés par le Monopole à partir de fin mars. La combinaison du coup de massue taxatif et de la forte réduction de la concurrence des lieux de distribution devrait faire exploser les prix. Ou le marché noir. Dans un cas comme dans l'autre, l'accès aux produits pour les fumeurs voulant essayer le vapotage risque d'être fortement inhibé et compliqué. En obstruant une voie massive de sortie au tabagisme, l'Etat italien joue un sale coup à la santé publique. Un enjeu "passé sous silence de manière intolérable" déplore la Ligue Italienne Anti-Fumée (LIAF).

A l'opposé de ce tabassage de la vape, les taxes d'accise ultra-lights sur les cigarettes chauffées n'auront pas d'effet pour le porte-monnaie de leurs consommateurs. Les Big Tobacco se sont entendus pour fixer à 5€ le paquet de cigarettes à chauffer, prix similaire aux cigarettes combustibles en Italie. Cette stratégie commerciale d'un alignement des prix sur ceux des cigarettes est suivie partout par les Big Tobacco. En Suisse aussi où par exemple le paquet de cigarettes de l'Iqos est vendu 8 Fs, prix voisin des cigarettes. Alors que l'accise perçue par l'Etat fédéral est proportionnellement quatre fois moins importante que pour les cigarettes à brûler. Autrement dit, les firmes cigarettières accroissent considérablement leur marge bénéficiaire sur ces produits.

Planifier par Philip Morris depuis 2014

Une bonne affaire sur laquelle Philip Morris travaille de longue date. Un document lors du dernier leak des Philip Morris papers par Reuters confirme ce que l'on soupçonnait. Les décisions italiennes suivent les grandes lignes de la stratégie pensée en 2014 par les têtes stratégiques du cigarettier vaudois. Quatre points notamment peuvent être ressortis du document interne de 2014 "Reduced Risk Products Briefing" de Philip Morris mis en ligne par Reuters le 18 décembre dernier. Tout d'abord, Philip Morris rejette les produits de vapotage rechargeables, car ils ne permettent ni de rendre captifs les consommateurs, ni d'établir des marges bénéficiaires suffisamment importantes aux yeux de la firme vaudoise.

En second lieu, la multinationale veut protéger ses réseaux de vente, à l'image des buralistes italiens. "Les e-cigarettes devraient être vendues où les produits de tabac sont en vente", stipule le document en page 88. Concernant l'Iqos, nommé dans le document du code P1, le premier objectif de Philip Morris est de convaincre que "ce n'est pas une cigarette". Et ainsi obtenir des règles de taxation les plus favorables aux produits du "portfolio PMI", tel que le précise le document confidentiel interne sur "Les objectifs et la stratégie à 10 ans" du cigarettier, également mis en partage par Reuters.

"Règles requises obtenues en Italie"

Le slide 93 (p. 97) du "Briefing sur les produits à risques réduits" se réjouit explicitement du succès du cigarettier pour l'Iqos (alias P1): "Règles requises obtenues en Italie". La création de deux usines Iqos en Italie ont probablement motivé le Premier Ministre Matteo Renzi. Le 23 décembre 2014 était publié au journal officiel le décret de taxe du vapotage et des cigarettes chauffées. "Le cadeau de Noël de Matteo Renzi à Philip Morris", commentait alors la Notizia. Ce décret introduit une équivalence entre 1 ml de liquide de vapotage pour 10 cigarettes. Comment les autorités italiennes ont aboutit à cette absurdité insondable reste une énigme de la raison. Depuis trois ans, les protestations, les recours juridiques et quelques initiatives politiques n'ont pas infléchi fondamentalement la donne.

Qu'en sera t-il dans les mois qui viennent ?

Suite à la publication de la nouvelle loi fiscale au journal officiel, l'étau se ressert sur la vape italienne. La vente à distance, y compris par internet, de liquides à vapoter avec ou sans nicotine à destination d'un résident en Italie est illégale depuis le 1er janvier. Une première liste de sites déclarés hors-la-loi, pour avoir proposé à la vente des liquides avec nicotine, a déjà été publiée par l'AAMS. Au-delà des sites commerciaux, cette interdiction implique qu'introduire des liquides à vapoter en Italie devient de la contrebande de produits de tabac. "À l'exception des arômes, toutes les autres substances utilisées dans les liquides de vapotage sont incluses: liquides mélangés avec ou sans nicotine, glycérine et glycol, à la fois purs et mélangés, à la fois neutres et aromatisés", explique Stefano Caliciuri du site spécialisé SigMagazine

L'invention du délit de trafic de VG

Ces produits servant dans de nombreuses autres utilisations - de l'eau dentaire au pain de mie, en passant par les machines à brouillard en boîtes de nuit, etc. -, la manière dont cela pourra être appliqué reste assez énigmatique. Au cas où les douanes saisiraient ces substances en contrebande, l'étrange équivalence stipulée par les autorités italiennes, selon ce ratio 1/10, serait sensée être prise en compte. En suivant cette équivalence italienne entre vape et tabac, Stefano Caliciuri estime que l'introduction de moins de 20 ml de liquide en Italie devrait rester libre. Au dessus de 20 ml, il s'agirait de contrebande et de manière aggravée lorsque le volume dépasserait un litre. La contrebande simple de produit du tabac est susceptible d'une amende de 5'000 à 50'000 € ainsi que les paiements de frais de douanes, qui peuvent s'avérer très salés. En cas de contrebande aggravée, l'infraction est passible de deux à cinq ans d'emprisonnement et d'une amende qui pourrait atteindre 10'000 € par litre selon l'évaluation de SigMagazine.

Recours à la justice et initiatives politiques pour 2018

On le comprend, vapoter en Italie va devenir un sacerdoce. A fortiori, tenter d'arrêter de fumer à l'aide du vapotage va relever de l'activité de résistant. Ce n'est pas sans rappeler la situation Suisse. En Italie aussi, des recours en justice s'annoncent. "L'absence d'une révision à la baisse de la fiscalité et l'assujettissement au monopole du réseau de vente pourraient ouvrir une série de litiges et d'appels qui pourraient avoir des conséquences temporelles de quelques années", explique Stefano Caliciuri dans un autre article pour SigMagazine. "Les aspects qui peuvent actuellement faire l'objet d'un recours judiciaire sont nombreux: de la taxation de la glycérine aromatisée à l'autorisation de distribution par le Monopole ; de l'élimination des boutiques en ligne, aux évaluations fiscales dans une situation de négligence législative", précise le spécialiste italien.

En attendant, les décisions de justice, au rythme toujours lent, le monde du vapotage italien risque d'être sérieusement affecté sur toute sa chaîne, des producteurs jusqu'aux usagers, en passant par les boutiques. Des soutiens politiques à la réduction des méfaits à l'aide du vapotage annoncent vouloir encore tenter de faire évoluer le Gouvernement. "En janvier, je demanderai à rencontrer tous les opérateurs du secteur [de la vape] pour trouver une entente commune et une stratégie partagée. À ce moment-là, nous irons au Ministère des Finances (MEF) pour mettre une proposition sur la table. Nous devons le faire très rapidement", explique Sergio Boccadutri, député du Parti Démocratique dans un interview à SigMagazine. Mais l'élu préfère ne pas faire de promesse de résultats ni d'échéances. "Je ne fais jamais de prédictions, il faut tout d'abord se mettre d'accord sur une stratégie".


vendredi 22 décembre 2017

Italie: le Monopole interdit les premiers sites de vente de vape

L'Agence des douanes et du Monopole italienne vient de publier sa première liste noire de sites de vape. Dix-sept sites internet "interdits en vertu de l'article 1, § 50 bis, 50 ter et 50 quater de la loi n. 296 du 27.12.2006  et du décret exécutif du 15.11.2017", précise le document de l'AAMS. Annoncées hier en raison de violations des nouvelles interdictions de vente à distance de liquide à vapoter introduites par le décret du 15 novembre, les interdictions de ces sites seront effectives au 31 janvier prochain, précise le Monopole. Le récent décret prohibe la vente à distance de liquide à vapoter. Pour les liquides avec nicotine, son entrée en vigueur était immédiate, pour ceux sans nicotine l'interdiction sera en début d'année 2018 suite à un nouvel amendement sur la réforme du secteur du vapotage. "Dès les premiers jours de janvier, lorsque la Loi sur la stabilité sera publiée au Journal officiel, les liquides sans nicotine deviendront également illégaux [sur les sites en ligne]", précise SigMagazine, le site italien d'information sur le vapotage. L'AAMS annonce que sa liste de sites déclarés illégaux sera mise à jour régulièrement.

[MàJ à 17h30 reformulation pour éclairer le propos]

lundi 18 décembre 2017

Le Gouvernement italien confirme son massacre de la vape indépendante

"Malgré les tentatives de négociation, le gouvernement n'a pas cédé. Il voulait dévaster le secteur de la vape indépendante". Le dépit pointe dans le compte-rendu de Stefano Caliciuri de SigMagazine. Aujourd'hui par 21 voix contre 12, une majorité de la Cinquième Commission des députés a validé l'amendement de réforme du secteur du vapotage en Italie. Le texte, proposé initialement pour sauver la vape du massacre de l'amendement Vicari, assouplit seulement les conditions d'exercer des magasins physiques existants. Ils n'auront besoin que d'une simple autorisation de l'Administration des douanes (AAMS), au lieu de l'obtention d'une licence que prévoyait la version précédente, pour continuer leur activité. Cependant la viabilité de leur commerce semble bien compromise par les autres règles qui seront en vigueur au 31 mars prochain. 

L'interdiction totale d'achat à distance de liquides de vapotage, y compris aux sites basés en Italie, va pousser des millions d'utilisateurs italiens dans la zone grise. D'autant plus que les achats par voie légale subiront une taxe anti-vape de 0,37344€ par ml de liquide, qu'il soit avec ou sans nicotine. Avec la TVA, une fiole de 10 ml rapportera près de 5€ de taxes à l'Etat italien. Le Gouvernement a aussi fait rejeter la proposition de report d'impôt et de dette qui aurait permis aux entreprises du vapotage d'adoucir le coup porté par cette taxation. "Ceci concerne des centaines de millions d'euros. Un coup dur qui va toucher toute la chaîne d'approvisionnement à partir de sa base", déplore à chaud Stefano Caliciuri. Ce nouvel amendement doit être approuvé et officialisé par le Sénat ce jeudi. 

Ces derniers jours, une négociation se déroulait entre le Gouvernement, des parlementaires et l'Administration des douanes (AAMS) pour arranger des conditions moins néfastes au secteur du vapotage. Une taxe moins lourde (à hauteur de 1,90€ par fiole) et l'autorisation de vente sur internet étaient notamment envisagées. Avant le week-end, les négociations semblaient bien parties et la députée Alessia Rotta se montrait plutôt optimiste. En dépit des concessions lourdes faites par le monde de la vape italienne, le Gouvernement a préféré l'écraser. De son côté, bien que toujours prise dans une affaire de corruption par ailleurs, la Sénatrice Simona Vicari a nié, dans le journal L'eco del Sud, que son amendement à l'origine de cette mise à mort de la vape indépendante soit "un "grand cadeau" fait au lobby du tabac qui va favoriser la mort de milliers de personnes"


lundi 11 décembre 2017

Le Conseil fédéral estime que l'Iqos n'est pas un produit sans fumée

Fin septembre, la Conseillère nationale Ruth Humbel interpellait le Conseil Fédéral pour savoir "pourquoi les produits de tabac chauffé sans combustion ne sont-ils pas taxés pour ce qu'ils sont, à savoir des cigarettes?". La réponse apportée par Alain Berset, Conseiller Fédéral de l'intérieur, le 1er décembre à la députée démocrate-chrétienne justifie le niveau de taxe adoucie pour l'Iqos, la Glo et la Ploom, présentes sur le marché Suisse. "Les produits heat-not-burn, à l'instar du tabac à pipe, relèvent de la catégorie fiscale "autres tabacs manufacturés" et sont soumis à une imposition de 12% du prix de vente au détail. Cette taxation s'explique par le fait que les capsules et les sticks de tabac diffèrent grandement des cigarettes ordinaires dans leur fabrication et leur utilisation et que le tabac qu'ils contiennent est chauffé et non brûlé", explique le Conseil Fédéral.

La fumée de l'Iqos contient moins de substances nocives que celle des Marlboro

Pourtant, l'exécutif convient auparavant que les cigarettes chauffées peuvent ne pas dégager que de la vapeur. "Pour les produits complexes contenant du tabac, la différence entre la production de vapeur et celle de fumée n'est pas toujours claire car il s'agit la plupart du temps d'un mélange de vapeur et de fumée, en proportions variables", souligne les autorités se référant à l'étude menée par le Pr Reto Auer, de l'Université de Lausanne. Il s'avère que le produit Iqos "a) contient des substances nocives identiques à celles de la fumée de cigarette et b) présente de manière générale des quantités de substances nocives nettement inférieures à celles de la fumée de cigarette".

Philip Morris pas d'accord dans la NZZ

Dans la Neuer Zurcher Zeitung (NZZ), Philip Morris réagit à la déclaration du Conseil Fédéral:"Nous ne sommes pas d'accord avec la déclaration selon laquelle la vapeur d'IQOS ne peut pas être considérée comme totalement sans fumée". L'argument de Philip Morris est que son produit ne générerait pas de combustion. Pour le cigarettier, le fait que l'Iqos fonctionne si on le place dans un environnement sans oxygène prouve l'absence de combustion. Pourtant la fumée de cigarette est aussi composée en partie de pyrolyse, phénomène se déroulant sans oxygène, qui semble clairement à l’œuvre dans l'Iqos et sa chauffe à 350°C. 

Les dégagements de la Glo, qui chauffe à 250°C d'après British American Tobacco, et la Ploom, qui serait chauffée à une énigmatique température de 30°C selon Japan Tobacco, n'ont pas été étudiés par des recherches indépendantes à ma connaissance (mais des études sont en cours). Il est possible que ces produits chauffés ne produisent pas les même toxiques que les cigarettes et l'Iqos. Il est possible que le phénomène de pyrolyse soit évité par leurs températures sensiblement plus basses que l'Iqos. Une réflexion sensée pour établir une réglementation ne devrait pas se baser sur le cas d'un produit raté pour légiférer l'ensemble d'un domaine. En l'état des connaissances, l'Iqos échoue à être sans fumée, mais cela ne signifie pas que toute l'approche du tabac chauffé soit à bannir.

Amalgame du vapotage aux cigarettes chauffées

Sans surprise au vu de sa ligne éditoriale sur le sujet, la NZZ profite évidemment de l'occasion pour brouiller les pistes et amalgamer tabac chauffé et vapotage. Bien que la réponse du Conseil Fédéral distingue clairement les deux types de produits. Contrairement aux cigarettes chauffées, les produits de vapotage, qui fonctionnent par le chauffage d'un liquide sans tabac, ne dégagent ni monoxyde de carbone ni goudron. L'avant-projet de Loi sur les produits du tabac (LPTab) présenté vendredi dernier par le Conseil Fédéral amalgame tout de même aussi les deux produits, vapotage et cigarette chauffée, pour en interdire l'usage dans les lieux publics. Il est pourtant largement démontré que le «vapotage passif», au sens sanitaire, n'existe pas. Un fait qui a amené notamment les autorités anglaises et françaises à autoriser le vapotage dans certains lieux publics, notamment les bars et les magasins de vapotage, etc. 

Argent à l'odeur d'ammoniac

En coulisse de l'interpellation de Ruth Humbel, la puissante Association pour la prévention du Tabagisme (AT-Suisse) milite pour une taxation des produits de tabac chauffés à l'égal des cigarettes conventionnelles. Soit un peu plus de la moitié du prix de vente, dont une part (0,3%) revient au Fonds pour la Prévention du Tabagisme (FPT). Détail piquant, mais révélateur sur l'état du milieu anti-tabac Suisse, l'étude menée par le Pr Reto Auer, utilisée pour justifier cette taxation par AT-Suisse, n'avait reçu aucune aide financière de ce Fonds. Celui-ci, doté d'environ 14 millions de Fs en 2016, refuse par principe toute aide aux recherches dans le domaine de la réduction des méfaits.






vendredi 1 décembre 2017

Italie: les milliers de vapo-manifestants soutenus par des politiciens

Tôt mercredi matin, ils se sont massés sur la place Montecitorio de Rome à un jet de vapeur des fenêtres du Sénat. Malgré la pluie, ils sont restés écouter les discours et chanter en cœur. "Svapare, solo svapare, vogliamo solo svapare, e lavorare". Ils étaient plus d'un millier de "vendeurs, producteurs, distributeurs, mais aussi consommateurs et acteurs des réseaux sociaux à se tenir, pour une fois, côte à côte, sans distinction ni division culturelle, physique, ni hiérarchique", témoigne Stefano Caliciuri pour le site SigMagazine. Le rassemblement, qui s'est poursuivi jusqu'en début d'après-midi, pour sauver le vapotage italien du double coups de couteaux de la taxe anti-vape et de l'amendement Vicari, définitivement adopté avec la loi budgétaire, livrant la vape au contrôle du Monopole, a attiré l'attention d'élus.

Une erreur sanguinaire

"C'est une erreur sanguinaire. Nous avons deux millions de fumeurs en Italie, qu'il faut aider à arrêter de fumer pour leur santé", déclare Matteo Salvini au Fatto Quotidiano. Le leader de la Lega a franchi les quelques dizaines de mètres du Sénat à la place Montecitorio pour soutenir "les 30'000 emplois du vapotage indépendant en danger". "Certains lobbys, comme celui du tabac, préfèrent que les italiens fument. Mettre une taxe de 5€ par fiole de liquide à vapoter est dément", conclut le politicien populiste. Plus au centre de l'échiquier politique, Rita Bernardini, présidente du Parti Radical, a également pris le mégaphone sur la place pour signifier sa solidarité avec le mouvement, tout comme Ignazio Abrignani, de l'Alliance pour la liberté. Des représentants du Mouvement 5 étoiles, notamment les élus Laura Castelli et Alessio Villarosa, ont soutenu la protestation de la vape italienne devant les médias.


Des propositions parlementaires à l'ordre du jour 

De son côté, la députée veronese Alessia Rotta a expliqué sur la place sa proposition parlementaire sur les modalités de vente de produits de vapotage qu'elle soutenait hier (jeudi) au parlement avec l'appui de ses camarades du Parti Démocratique. Cette proposition demande au Gouvernement de réviser la réglementation du secteur en rejetant notamment l'interdiction de vente à distance. Elle exige une taxation équitable et un suivi des conséquences des mesures prises pour d'éventuels réajustements. Autre élue active, Adriana Galgano, du parti des Citoyens Innovateurs, a aussi présenté une demande pour garantir le droit de vente sur internet aux magasins spécialisés de vapotage.

Table-ronde à l'initiative de la LIAF

En parallèle du rassemblement place Montecitorio, la Ligue Italienne Anti-Fumée (LIAF) organisait mercredi une table-ronde au Palais Valdina, la chambre des députés. Autour de la table, le Pr. Lamberto Manzoli, de la LIAF, des représentants des associations du vapotage indépendant et des élus. Un émissaire du Ministère de la santé était aussi présent, tout comme des lobbyistes de British American Tobacco (BAT), Japan Tobacco et Imperial. L'absence d'intérêt de Philip Morris n'a guère surpris. "Le décret fiscal est déjà approuvé mais nous allons présenter de suite un "ordre du jour" pour trouver des corrections utiles", a expliqué alors Sebastiano Barbanti, co-signataire de la proposition d'Alessia Rotta. Francesco Cariello, du Mouvement 5 étoiles, a émis l'idée de déposer directement un amendement à la loi du budget.

"Dans les faits, le chiffre d'affaires des entreprises italiennes est passé de 450 € millions en 2013 à 300 € millions en 2014 puis 60 € millions au premier semestre 2015, avec une baisse du nombre d'employés dans le secteur de 8'000 en 2013 à 2'500 aujourd'hui", constate la LIAF sur son site. En d'autres termes, les mesures gouvernementales se révèlent catastrophiques pour son objectif affiché de récolter des taxes, pour l'économie du vapotage et pour la santé des fumeurs italiens entravés pour trouver cette alternative efficace de réduction des méfaits à leur tabagisme. 

La déresponsabilisation du politique

"Il est incroyable qu'en Italie, contrairement à d'autres pays, on continue d'augmenter les taxes pour un produit qui, comme le démontrent de nombreuses études, réduit les dommages causés par le tabagisme et ne présente pas de risque pour la santé, même à long terme. L'amendement Vicari est typiquement une mesure de déresponsabilisation du politique qui exige que tout soit fait par l'administratif", explique le Pr Giancarlo Fierro, spécialiste de droit à l'Université de Catania et membre du Comité scientifique de recherche sur le vapotage. 

Les clouds de l'info

Les médias se sont fait assez largement l'écho du rassemblement. Mais comme d'habitude, certains ont surtout mis en avant les quelques secondes de clouds, dans un rassemblement qui a largement évité de tomber dans ce travers, plutôt que le contenu des revendications et l'explication de la situation. Courrier International, la revue francophone de reprises de nouvelles internationales, n'a d'ailleurs pas manqué de caricaturer l'événement. Plus sérieusement, l'émergence d'un soutien politicien au milieu de la vape italienne est porteur d'espoir d'inverser la tendance au niveau légal. Mais la situation reste de facto très préoccupante pour la vape transalpine.


mercredi 29 novembre 2017

Taxe anti-vape: la Commission Européenne fait durer le suspense

Alors que la bataille d'Italie bat son plein, la Commission Européenne fait durer le suspense. Son rapport sur le projet de taxe anti-vapoteurs, suite à la consultation publique menée en février, devrait être rendu public avec quelques semaines de retard d'ici janvier. "Les procédures de validation à l'interne iraient plus lentement que prévu", rapporte sur son site l'Independent British Vape Trade Association (IBVTA) qui a eut des informations de la Commission (DG TAXUD). L'IBVTA estime peu probable l'introduction dés cette année d'une taxe anti-vape sur la base de ses discussions avec les bureaucrates bruxellois. Trop d'éléments restent lacunaires pour justifier et estimer une telle taxation punitive contre les vapoteurs. Mais un nouveau rapport sur le fonctionnement de la directive sur la taxation des produits du tabac (2011/64/UE) est agendé en 2019. "Il est probable que la Commission maintiendra sous examen la possibilité d'une taxation des produits de vapotage dans ce contexte", estime l'association professionnelle indépendante.

NO means NO

Cette question résonne avec la bataille d'Italie qui fait rage actuellement autour du projet d'imposer le Monopole de distribution contre la vape indépendante, ajouté à la taxe anti-vape "Philip Morris" de 37 cts par ml, en plus de la TVA pour un total d'environ 5€ par fiole de 10 ml. C'est le niveau le plus élevé de taxe anti-vape en Europe suite à la baisse de moitié, de 60 cts à 30 cts par ml, au Portugal début 2017. Au cas où la Commission Européenne réussissait à faire passer son projet d'harmonisation de taxe anti-vapoteurs, le cas italien pourrait devenir la norme européenne. Avec 89,88% de refus à une taxe anti-vape, les résultats de la consultation publique européenne en février ont pourtant été particulièrement clairs. En dépit d'entrave à l'accès aux non-anglophones à cette consultation, un message fort d'une grande part des répondants a été qu'en cas de taxe assassine le marché noir serait une bouée de sauvetage pour ne pas retomber dans le tabagisme.  
En 2015, Philip Morris militait pour une taxe anti-vape plutôt que des taxes sur ses cigarettes au Royaume-Uni

lundi 27 novembre 2017

Ce mercredi, la vape italienne manifeste à Rome

"Fermons aujourd'hui pour rester ouverts demain". Mercredi prochain, les magasins spécialisés de vapotage italiens organisent un lock-out en parallèle d'un rassemblement nationale à Rome dès 8h30 sur la place Montecitorio. Des voyages en bus s'organisent pour rallier la place juste sous les fenêtres de la chambre parlementaire. Cette mobilisation fait suite à deux décisions qui mettent en danger de mort la vape indépendante dans la botte. L'amendement Vicari, intégré par la Commission du budget du Sénat au décret des finances qui doit être voté au parlement, prévoit de livrer les produits de vapotage au Monopole de distribution. Autrement dit, la vente de produits de vape se retrouverait le 31 mars prochain aux mains des buralistes et d'éventuels magasins agréés par les services de l'Administration des douanes et du monopole (AAMS). La seconde décision est l'avis de la Cour constitutionnelle validant la taxe punitive de 37 cts par ml de liquide de vapotage, nicotiné ou non. Avec la TVA, ce sont près de 5€ de taxes par fiole de 10 ml ajoutés au prix du produit.

Cette taxe, surnommée par la presse italienne "le cadeau de Noël de Matteo Renzi à Philip Morris", a été implantée par décret le 23 décembre 2014. Un recours en justice conteste devant le Tribunal administratif du Lazio la validité de cette taxation punitive à l'encontre des vapoteurs. La toute récente décision de la Cour constitutionnelle intervient à présent pour valider la légalité de la taxe anti-vape. Le verdict du juge Paolo Grossi écarte les considérations scientifiques de réduction des méfaits sanitaires pour ne prendre en compte que les risques potentiels justifiant à ses yeux un traitement similaire aux produits de tabac. Une décision à la logique contestée par le professeur de droit Giancarlo Ferro. Cependant, la Cour du Lazio devrait donc rendre une décision finale sur le recours contre la taxation dans cette marge étroite délimitée par la Cour constitutionnelle.

Etat, monopole et lobbys

Les deux décisions, tombées à 24 heures d'intervalle les 14 et 15 de ce mois, ne sont pas sans lien. La Sénatrice Simona Vicari, de l'Alliance Populaire, justifie la monopolisation du vapotage par le manque à gagner fiscal ces dernières années. Alors que l'Etat espérait récolter au moins 115 € millions par an avec cette taxe sur le vapotage, seuls 4 € millions sont finalement revenus dans ses caisses. Baisse des ventes, achats à l'étranger, vente de liquides sans nicotine sans appliquer la taxe punitive et autres combinazione ont contourné la dîme pour offrir des produits de vapotage à prix décents. La très faible part de vente de produits de vapotage des cigarettiers en Italie, comme dans la plupart des pays européens, ne couvrant pas les attentes de l'Etat.

Au lieu de réviser cette mesure incohérente du point de vue sanitaire, social et économique, l'amendement Vicari choisit la fuite en avant en livrant le vapotage au réseau tabagique. Plus de 30'000 personnes travaillent dans le secteur du vapotage indépendant en Italie. Depuis l'annonce de l'amendement, les milieux de la vape italienne, jusque-là plutôt éparpillés par leurs micro intérêts, semblent réussir à se rassembler. Une pétition en ligne a récolté plus de 80'000 signatures. Cette journée de mobilisation apparaît comme un point de ralliement pour accélérer l'écoute des milieux politiques.

Un "silence intolérable"

Plusieurs voix, de diverses couleurs de l'échiquier, se sont déjà fait entendre ces derniers jours pour critiquer l'amendement Vicari. Marcello Gualdani, membre du même parti et de la même Commission que Simona Vicari, a fait signifier son opposition à l'amendement dans le procès-verbal de la séance l'adoptant. Dans la presse, Stefano De Luca, président du Parti Libéral, a vertement critiqué ce projet de monopole "anachronique" et "clientéliste". La Lega a aussi profité de l'occasion pour se démarquer de la mesure. [add/] SigMagazine fait le point ce matin sur les propositions des différents Partis au Sénat pour abroger ou modifier l'amendement Vicari lors de la session consacrée au décret du budget. [/] Mais la dimension sociale et sanitaire de la question reste peu thématisée. La Ligue Italienne Anti-Fumée (LIAF) le déplore: "Le silence sur l'enjeu principal de cette affaire, la santé, est intolérable".

"Au-delà du débat économique, politique et des médias, il est nécessaire de considérer en priorité la question sanitaire:  le rôle d'un Etat prudent et responsable doit être de protéger le citoyen (fumeur ou non) contre les risques liés à l' usage du tabac", explique l'association anti-fumée. Pour la LIAF, garantir un accès facile à l'outil de réduction des méfaits du vapotage est donc primordiale. "Refuser cette opportunité d'un outil bénéfique pour les fumeurs qui l'adoptent en augmentant la fiscalité revient à nier le droit à la santé à des milliers de fumeurs", appuie le Pr Riccardo Polosa, de l'Université de Catania. Malheureusement, cette dimension sociale se trouve amputée de représentation organisée d'utilisateurs.

L'absence d'association d'usagers

Grands absents du débat, les usagers italiens n'ont plus d'association représentative depuis la mise en sommeil de Vapit. Sans relais pour se faire connaitre, Vapit n'a pas réussi à prendre une dimension suffisante pour motiver ses membres actifs à poursuivre l'aventure. Par nombrilisme, notamment du réseau professionnel, le milieu italien de la vape s'est privé d'un soutien précieux qui aurait pu, non seulement avoir fonction d'arbitrage et de régulation naturelle en son sein, mais surtout porter un point de vue social légitime sur l'usage du vapotage. 


Avec cette absence de représentation des usagers, Simona Vicari a beau jeu aujourd'hui de réduire la vape italienne à un milieu corporatiste visant à poursuivre "une escroquerie" à la taxation. Même si personne n'est dupe du discours de l'ex-Sous-secrétaire d'Etat, démissionnée au printemps dernier après sa mise en examen pour une affaire de corruption présumée. Simona Vicari soutient de longue date les intérêts de Philip Morris, notamment contre le projet de paquet neutre. "Les réformes du gouvernement Renzi visent précisément cet objectif. Qu'une grande entreprise comme Philip Morris décide, comme ici à Crespellano, de créer 300 emplois", déclare t-elle à la presse en juillet 2015, alors qu'elle est sous-secrétaire au développement économique. L'usine, inaugurée par le Premier ministre Matteo Renzi en septembre 2016, ne compte finalement que 200 employés. 


M&M's ajoute son grain de sel

Vyrtenis Andriukaitis, Commissaire européen à la santé, lui aussi a bien saisi la manœuvre du cigarettier vaudois en Italie. Dans son interview de vendredi au site Euractiv, plutôt creux par ailleurs, consacré au projet de système de traçage des paquets de cigarettes de l'Union Européenne, le Commissaire place un couplet sur le vapotage. "Je vois des possibilités d'encourager nos agents à se pencher sur les cigarettes électroniques, et comment aller dans le sens d'une réglementation plus forte [...] pour interdire la publicité et les ventes en ligne", sort à brûle pour point Vyrtenis Andriukaitis. Le sous-texte n'est pas difficile à décrypter: généraliser à toute l'Union Européenne, le projet italien contre le vapotage indépendant. L'appel du pied propose aux Big Tobacco d'accepter le système de tracking pour pouvoir l'utiliser en vue de mettre la main sur le marché de la vape. Le Commissaire M&M's, comme les initiales de Monsanto et Marlboro, a déjà fait déposer à l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) la date d'implantation du tracking de la vape pour 2024.

Question de survie

On le voit, les enjeux de la bataille italienne dépassent ses frontières. A ce titre, l'échéance de la manifestation de mercredi revêt une importance particulière pour la vape européenne, mais aussi pour l'importance du libre choix dans la conception de l'approche de réduction des risques. Mais sans organisation d'usagers constituée localement pour signifier sa volonté de ne pas avoir une vape soviétique à modèle unique de PMI. Un monde sans fumée ne peut pas être un monde sans diversité et vape indépendante.

Cette lacune d'une organisation d'usagers est non seulement préjudiciable politiquement, mais également peu saine pour le mouvement. L'alliage particulier de l'usage, du soucis sanitaire et des considérations sociales de ce mode de consommation de nicotine à méfaits réduits et à plaisir exacerbé est partie constituante de la "vape wave". Des vapoteurs italiens entrevoient dans cette nouvelle péripétie de l'amendement Vicari l'occasion d'une renaissance d'un mouvement enlisé dans de stériles querelles intestines ces dernières années dans la péninsule. On leur souhaite de parer au danger immédiat. Mais à terme, la vape italienne profiterait probablement de se donner les moyens de créer les conditions propices à l'émergence d'une organisation d'usagers pour gagner en maturité et en légitimité.

mercredi 15 novembre 2017

Italie: la taxe anti-vapoteur confirmée par la Cour Constitutionnelle

Les journalistes italiens l'ont surnommé le "cadeaux de Noël de Matteo Renzi à Philip Morris". Ce cadeau, c'est la méga taxe anti-vape que le Premier Ministre italien a fait passé dans un décret le 23 décembre 2014. "Le gouvernement s'agenouille devant le lobby du tabac. Voici le cadeau en faveur des nouvelles cigarettes Iqos de Philip Morris", expliquait alors le journal la Notizia. Depuis le Tribunal administratif de la région romaine (TAR - Lazio) avait contesté la légitimité de ces mesures contre le vapotage, rappelle le site SigMagazine. La Cour constitutionnelle a tranché ce matin en faveur de la mesure pro-tabac du Gouvernement de Matteo Renzi. "Si vous pouvez vous acheter de la vape, alors vous pouvez payer des taxes", résume de manière lapidaire il Sole 24 Ore

Le juge Paolo Grossi, dans son arrêt 240, estime justifiée et proportionnée la taxe anti-vape y compris pour les liquides sans nicotine. "En conclusion, le fait même de pouvoir s'offrir un produit de vapotage est déjà l'expression de la capacité contributive de l'acheteur", explique le journal il Sole 24 ore. En outre, les juges concluent que "le but secondaire de protéger la santé, qui justifie en soi la taxation des produits avec nicotine, rend aussi légitime l'effet dissuasif par principe de précaution concernant des produits [sans nicotine] susceptibles d'amener au tabagisme".

Ce verdict de la Cour constitutionelle est un nouveau coup dur après le coup de poignard d'hier du Sénat. L'amendement Vicari livre les produits de vapotage nicotinés aux mains du Monopole des buralistes, si le décret des finances auquel il est intégré est accepté par le parlement. "Simple coïncidence ou volonté délibérée, les deux mesures qui bousculent le secteur du vapotage sont arrivées à 24 heures d'intervalle", souligne Stefano Caliciuri de SigMagazine. Une sacré aubaine pour les cigarettiers. 

mercredi 6 septembre 2017

[Oups] Les filtres des cigarettes Iqos fondent-ils sous la chaleur?

Selon la Croix-Bleue de Berne, des filtres des cigarettes Iqos fondent partiellement à l'usage. Le phénomène a été vérifié avec trois appareils distincts pour s'en assurer. A chaque fois, le filtre a fondu en son milieu. "Que des éléments du filtre fondent est inquiétant pour la sécurité des usagers, notamment sur les effets possibles pour leur santé", explique Markus Wildermuth, de l'organisation de prévention de santé. Dans une vidéo postée sur Youtube (plus bas), il appelle les utilisateurs ayant constaté des problèmes à prendre contact. Un laboratoire mandaté par l'organisation bernoise a mis en évidence la présence d'acide polylactique (PLA) dans la composition du filtre. 

"Dans l'industrie de l'emballage alimentaire, le PLA est connu pour être absolument sans problème. Mais cela peut être différent si le PLA est inhalé. Notamment parce qu'il pourrait relâcher des particules ultra-fines", précise Markus Wildermuth. Initiée après qu'un fumeur d'Iqos ait signalé le problème, la recherche menée n'a cependant pas prospecté les conséquences sanitaires pour des usagers ni mesuré précisément les taux émis du polymère lors de l'utilisation.

Philip Morris réfute

Du côté de Philip Morris, on nie en bloc le problème. "Contrairement aux affirmation de la Croix-Bleue, le film filtrant reste stable lorsque l'heatstick est consommé", déclare un chargé de communication du cigarettier au journal 20 Minuten. "Nos études n'ont pas identifié de substance problématique sur le plan toxicologique. En conséquence, le film filtrant ne modifie pas l'aérosol de tabac inhalé par le consommateur", précise t-il encore. Le quotidien alémanique indique toutefois que la fonction de ce filtre est d'abaisser la température de la fumée de l'Iqos afin qu'elle soit agréable au fumeur. 

En l'état, il est difficile de départager les deux avis sans étude indépendante plus poussée sur le sujet. La possibilité d'une mauvaise série à la production, soit des filtres soit de l'appareil chauffant, n'est peut-être pas à écarter... 

La vidéo de la Croix-Bleue de Berne (sous-titres dispo):


jeudi 10 août 2017

[Expresso] France: Philip Morris profite de la censure et du dénigrement contre la vape pour promouvoir sa cigarette Iqos

C'est une petite bombe que lâche ce matin le site Vaping.fr. L'enregistrement du recrutement téléphonique d'un "ambassadeur" par Philip Morris pour "faire la promotion" de sa nouvelle cigarette Iqos en France. La recruteuse du cigarettier est claire sur la tactique de contournement de la loi Evin. "Les restrictions législatives font qu'on ne peut pas faire de publicité pour du tabac, du coup il faut faire interagir votre réseau", explique t-elle dans une des conversions enregistrées. A l'image de sa stratégie de marketing testée en Suisse, le cigarettier prévoit des soirées "événements", des présentations en public, des groupes privés sur les réseaux sociaux et de la chasse directe. "Ce sera chaud pour vous et vous ne pouvez pas en faire la publicité vraiment", précise la recruteuse au postulant. Et de préciser que le futur chasseur de Philip Morris aura une enveloppe dédiée de plusieurs centaines d'euros, pour inviter des personnes à boire un verre ou autres, en vue de leur placer la cigarette Iqos. Le modèle semble proche de la campagne de chasse aux fumeurs d'Iqos mis en place par Philip Morris en Suisse.


Surfer sur la propagande des anti-vape

La stratégie de marketing du cigarettier vaudois entend bien profiter de la censure imposée aux produits de la vape par la loi Marisol Touraine, qui interdit "publicité et propagande" pour le produit sans tabac ni combustion en France. Tandis que sa cigarette de tabac Iqos produit de la pyrolyse comme nous l'avions expliqué sur la base des documents de Philip Morris et d'une étude indépendante lausannoise. Les campagnes de dénigrement du vapotage à répétitions par certaines organisations soi-disant anti-tabac, largement relayées par les médias à sensation, ont semé le doute dans la population des fumeurs contre la vape. Du pain béni pour Philip Morris qui va donc lancer une grande campagne de promotion de son nouveau produit pour récupérer sa clientèle perdue ces dernières années au profit de la vape. La mise en place d'une armée d'agents recruteurs en est un élément. 

La Ministre doute et donc n'existe pas

Pendant ce temps, la Ministre de la santé Agnès Buzyn préfère continuer de "douter" de l'intérêt de stratégie anti-tabac intégrant le vapotage, à l'image de celle britannique où le nombre de fumeurs s'est réduit de 20% depuis 2011. Le "doute", pour ainsi dire ce second produit de l'industrie cigarettière...