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jeudi 29 mars 2018

[Bref] Avant le lancement de l'Iqos à Dubaï, les autorités lancent des raids contre les vendeurs de vapote

"Les produits de tabac chauffés vont bientôt être lancés aux Emirats Arabes Unis (EAU), bien que le vapotage soit largement utilisé avec ses recharges de liquide achetées à l'étranger ou au marché noir", explique le journal the National ce matin, suite à une opération anti-vape lancée par la municipalité de Dubaï. Des magasins de tabac soupçonnés de vendre illégalement des produits de vapotage ont été la cible d'une opération policière coordonnée à l'échelle de la ville. Bien que les raids visaient spécialement les produits de vape, le bilan des saisies parait maigre sur ce volet. "Les inspecteurs de la municipalité ont saisi 30 cigarettes électroniques dans 11 points de vente", rapporte le journal local. Par contre, plus de 100 Kg de tabac illicite et quelques 200 paquets de cigarettes aromatisées, dont l'emballage n'était pas réglementaire, ont été saisis durant les descentes. 

"Cette opération est un nouveau signal que les représentants du gouvernement restent fermes dans leur position contre les solutions alternatives au tabagisme depuis qu'une taxe sur le tabac de 100% est entrée en vigueur au dernier trimestre 2017", commente le journal dubaïote. Bien que sa vente et son importation y soit interdite, le vapotage rencontre un certain succès auprès des fumeurs de l'Emirat. Dans un sondage mené par le journal the National, plus de la moitié des 600 fumeurs interrogés avait déjà essayé la vape. Cependant, 54% d'entre eux déclaraient ne pas avoir été convaincu. 

C'est dans ce contexte que Philip Morris annonce vouloir lancer son nouveau produit. "Il y a certaines exigences commerciales et réglementaires qui doivent être satisfaites avant que nous puissions mettre un nouveau produit sur le marché. J'espère personnellement que ces exigences seront satisfaites dès que possible afin que nous puissions commencer à offrir ces meilleures options aux fumeurs actuels", explique Tarkan Demirbas, vice-président local de Philip Morris à Dubaï. 


mercredi 28 mars 2018

[Bref] En Australie, fronde d'un Sénateur contre la prohibition du vapotage nicotiné du Gouvernement

La politique anti-vape australienne bénéficie au tabagisme
"Aucun projet de loi provenant du Ministre de la santé Greg Hunt ne doit passer au Sénat tant qu'il n'aura pas levé la prohibition du vapotage nicotiné". L'appel à la résistance du Sénateur David Leyonhjelm marque l'exaspération des partisans de l'approche de réduction des risques contre le tabagisme en Australie. Cet appel réagit au rapport de la Commission parlementaire sur le vapotage dont la majorité travailliste a suivi la prescription du Ministre pour refuser la légalisation du vapotage nicotiné. "Jusqu'à ce que les experts scientifiques disent qu'il n'y a aucun impact sur la santé, nous devons suivre le principe de précaution dans ce domaine", justifie Steve Georganas, rapporteur pour la majorité de la Commission, au journal the AustralianGreg Hunt, le Ministre de la santé, avait indiqué clairement les conclusions qu'il attendait de la Commission en déclarant en octobre que "jamais le vapotage nicotiné ne serait légalisé sous mon règne"

En plus de cette pression, le travail de la Commission a été entaché de déclarations erronées de Simon Chapman, Becky Freeman et Maurice Swanson, dénoncées par le Public Health England. En dissidence, trois députés sur les neuf de la Commission ont produit un rapport en faveur d'une légalisation de la vente de liquide nicotiné pour l'outil de minimisation des dommages. "Il y a des indications claires que vapoter est significativement moins nocif que de fumer. Si les fumeurs à long terme incapables d'arrêter de fumer des cigarettes de tabac passent au vapotage, des milliers de vies pourraient être sauvées", explique Trent Zimmerman, porte-parole de la Commission mais parmi la minorité favorable à la réduction des méfaits. 


L'Association australienne en faveur de la réduction de méfaits du tabac (ATHRA) déplore aussi ce rapport obéissant au Ministre. "Le vapotage a aidé des millions de fumeurs dans le monde à cesser de fumer alors qu'ils ne réussissaient pas à le faire avec les traitements conventionnels. Le rapport majoritaire a fondé sa décision sur le principe de précaution, c'est-à-dire en évitant de prendre une décision jusqu'à ce que nous ayons des preuves définitives. Cependant, cette approche ignore les risques très réels et substantiels de continuer de fumer", déclare le Dr Colin Mendelsohn dans le communiqué de l'ATHRA

Egalement membre de l'ATHRA, le Dr Alex Wodak souligne que le tabagisme ne recule plus en Australie avec la stratégie uniquement pro-abstinence actuelle. "Une évaluation modélisée suggère que la mort d'un demi-million de fumeurs australiens pourrait être évitée si la plupart des fumeurs passent au vapotage au cours des dix prochaines années", rappelle le spécialiste en addictions de l'Hôpital St Vincent de Sydney. 

De son côté, le Sénateur David Leyonhjelm a donc lancé son appel à la révolte des élus. "Continuer de refuser aux fumeurs un autre outil contre le tabagisme est immoral et hypocrite. Comment les produits à base de nicotine moins nocifs restent interdits alors que les cigarettes sont légalement disponibles en AustralieConnaissant les conséquences de la poursuite du tabagisme, il appartient au Ministre de la Santé d'examiner sa conscience et de justifier comment il peut continuer à interdire un produit potentiellement salvateur", déclare le sénateur démocrate libéral, avant de conclure frondeur: "Sinon, il doit s'attendre à ne faire aucun progrès au Sénat à l'avenir".

Add. : Du côté des usagers de vapotage, Mme Angela Gordon estime être «forcée de choisir entre le respect de la loi et notre propre vie...», citée dans un article plus détaillé sur News.com

Vidéo de 4 mn sur la prohibition du vapotage nicotiné de Legalize Vaping in Australia




lundi 26 mars 2018

[Bref] USA: le tabagisme chute à 14,1%, la FDA veut restreindre arômes et nicotine dans la vape

14,1% de fumeurs adultes américains en 2017
Le taux de fumeurs adultes américains n'a jamais été aussi bas depuis 50 ans qu'il est mesuré. Selon les données du Centre de Contrôle et prévention des Maladies (CDC) sur les trois premiers trimestres 2017, le tabagisme adulte a chuté à 14,1% aux Etats-Unis. Après une légère remontée en 2016, la chute du nombre de fumeurs a repris sa course. Depuis 2009, les fumeurs américains sont passés de 20,6% à 14,1%, soit une diminution de 31,6% en huit ans. En 2016, une légère reprise du tabagisme avait fait craindre un effet contre-productif des violentes campagnes anti-vapotage de la presse et des Etats en difficulté financière par leurs prêts liés aux ventes de cigarettes. 

Officiellement, le CDC ne reconnait toujours pas le rôle du vapotage dans le déclin accéléré du tabagisme ces dernières années. Pourtant, la vape est devenu le moyen d'arrêt tabagique le plus utilisé et le plus efficace employé, lorsqu'ils s'appuient sur une aide, par les fumeurs américains, selon une étude du Pr Brad Rodu. Du côté des pro-abstinences, Stanton Glantz continue d'affirmer que le vapotage empêche les fumeurs d'arrêter de fumer. En 2016, année de repli du vapotage et de hausse du tabagisme, le Pr Brad Rodu estimait, sur la base des données du CDC, à 7,8 millions le nombre de vapoteurs américains, dont 34% - 2,6 millions - ont arrêté de fumer. Il n'existe aucune estimation du nombre de personnes ayant arrêté de fumer avec le vapotage, puis arrêté de vapoter aux Etats-Unis.

Deux projets de réglementation de la FDA menacent la vape indépendante 

Les recharges de liquides nicotinés de vape interdites ?
Les lacunes d'études et le déni des autorités pourraient jouer un rôle important dans le cadre de deux propositions récentes de réglementation de la Food and Drug Administration (FDA). Faisant suite au plan de lutte contre le tabagisme annoncé fin juillet par Scott Gottlieb, le commissaire de la FDA, le premier projet de réglementation ne semble à première vue pas concerner directement la vape puisqu'il vise à limiter le taux de nicotine des cigarettes à un "niveau non addictif". 

Cependant, un passage du projet de réglementation, mis en ligne le 16 mars, pourrait se révéler catastrophique pour la vape indépendante. "Un autre effet possible de contrefaçon suscité par un taux de nicotine maximum aux cigarettes pourrait être que les usagers cherchent à ajouter de la nicotine en liquide ou d'autres formes à leur produit de tabac à fumer" explique la FDA pour justifier d'inscrire la prohibition de produits susceptibles de servir à cet usage. Autant dire que les recharges de liquides de vapotage nicotinés sont dans le collimateur.

Bad taste only

Le droit de vapoter seulement des arômes dégueulasses ?Attaque encore plus frontale, l'autre projet de réglementation vise les arômes dans les produits du tabac, dans lesquels la FDA inclut le vapotage. "Des recherches ont montré que les cigarettes électroniques à saveur sucrée ont un taux d'attrait plus élevé chez les jeunes que les cigarettes électroniques non sucrées et sans saveur", explique la FDA. La possibilité de soumettre un commentaire est ouverte jusqu'au 19 juin prochain. "Si les vapoteurs et les défenseurs du vapotage ne parviennent pas à trouver une réponse efficace, l'industrie indépendante du vapotage disparaîtra", s'inquiète Jim McDonald, spécialiste des questions réglementaires sur le vapotage sur le site américain Vaping360 .


lundi 12 mars 2018

[Bref] Australie : hausse des ventes légales de tabac en 2017

Hausse de 2,6% des ventes de tabac en 2017 selon les données corrigées
Les ventes légales de cigarettes et de tabac n'ont cessé d'augmenter au cours des quatre trimestres de l'année 2017. De décembre 2016 à décembre 2017, la hausse est de 2,6% selon les données corrigées pour tenir compte des hausses de prix (voir explication) du Bureau Australien de Statistiques (ABS) [tableau 8]. "C'est un renversement inquiétant d'une tendance à long terme", commente le Pr Colin Mendelsohn, spécialiste en santé publique de l'Université de New South Wales, au quotidien the Australian (reproduit sur le blog du Pr Mendelsohn). Près de 16 milliards de dollars australiens (plus de 10 milliards €) de cigarettes et tabac ont été vendus légalement au cours de l'année écoulée en Australie. Le dernier trimestre frôle les 4 milliards de dollars. "Le mois de décembre a connu la plus forte hausse annuelle de ventes de cigarettes et de tabac des variations saisonnières depuis 2004", souligne Adam Creighton de l'Australian. 

Ces données ne concernent que les ventes légales, alors que la police des douanes australienne (ABF) estime à 15% la part de tabac illicite vendu sur l'île. Devant la Commission parlementaire sur le sujet, Rohan Pike, fondateur et ex-membre de la brigade spéciale tabac des douanes, évalue la part du marché noir à 30% du tabac consommé en Australie. La hausse des ventes légales en 2017 pourraient être liée à l'intensification de la lutte contre le trafic de tabac, en partie aux mains des réseaux mafieux. Mais les statistiques 2016 sur la part de fumeurs, ainsi que des relevés des métabolites de nicotine (cotinine) des eaux usées, laissaient déjà présager d'une reprise du tabagisme australien. 

Legalize nicotine for vaping"Nous devons accepter que nos méthodes punitives, taxes et contraintes contre les fumeurs, ne marchent plus. Nous avons besoin d'autres stratégies", estime le Pr Colin Mendelsohn. Alors que l'Australie détient le record mondial du prix du paquet de cigarettes le plus élevé et a imposé le paquet neutre en 2012, son tabagisme stagne depuis 2013. Malgré la panne de leur modèle 'pro-abstinence only', les autorités persistent dans le refus de toute politique de réduction des risques. "Le vapotage à la nicotine est interdit en Australie malgré les preuves accablantes de son succès à l'étranger. Les gens peuvent acheter des cigarettes mortelles à chaque coin de rue, mais ils sont interdits d'acheter légalement une alternative beaucoup plus sûre pour les aider à cesser de fumer", déplore le professeur Mendelsohn.


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Ce billet est un suivi du dossier sur la panne du modèle anti-tabac australien
et d'autres articles sur l'Australie


dimanche 4 mars 2018

Sommet mondial 'tabac ou santé' à Cape Town: les pays du Sud méritent-ils l'accès à la réduction des méfaits ?

La semaine prochaine, la 17ème World Conference on Tobacco Or Health (WCTOH), conférence mondiale Tabac Ou Santé, se tiendra à Cape Town en Afrique du Sud. Le sommet, organisé avec l'appui financier du milliardaire américain Michael Bloomberg, accueillera cadres d'ONG, scientifiques, bureaucrates de la santé publique, journalistes et les leaders de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Tedros Adhanom, le nouveau directeur général éthiopien de l'OMS, sera la guest-star de l'événement mercredi, aux côté de l'incontournable Vera daCosta, la toute-puissante directrice brésilienne du bureau anti-tabac (FCTC) de l'OMS. Mais en dehors de narcissiques auto-célébrations, que peut amener ce sommet pour réduire le fardeau sanitaire du tabagisme? La question se pose mondialement évidemment. 

Le monde en une seule dimension

Et donc aussi pour les pays du sud - ou en développement ou émergents selon les fluctuations de vocabulaire ou, de manière plus réaliste, à faible PIB -. Le programme montre que l'organisation y a pensé: un atelier de "training" dédié aux journalistes africains est agendé en pré-ouverture du sommet. Des conférences sont axées sur les situations en Afrique ou en Asie... Mais globalement, l'approche de la question est unidimensionelle. "La plupart du temps à cette conférence sera consacré à des politiques conçues uniquement pour cibler l'industrie du tabac plutôt qu'à des stratégies de santé publique innovantes pour s'attaquer au problème de santé publique du tabagisme", observe Gregory Conley, Président de l'American Vaping Association (AVA), dans une tribune sur City-Press

12 minutes

On ne peut pas contredire Greg Conley au regard du programme. J'ai cherché les interventions susceptibles d'être ouvertes à la question d'approches de réduction des méfaits. J'en ai trouvé une. Douze minutes accordées à Shannon Gravely, de l'Université de Waterloo (Canada), pour présenter son étude sur les différents impacts sur le tabagisme selon les législations sur le vapotage entre 13 pays. Le communiqué de presse de l'organisation dédié à attirer l'attention sur l'atelier où se déroulera cette présentation, n'a pas même jugé utile de la mentionner (sic!). Seules les autres études présentées à cette session pour affirmer la peur du fantasme d'un effet passerelle du vapotage vers le tabagisme chez les jeunes y sont mises en avant.

Il va sans dire que ces 12 minutes seront de peu de poids fasse au bombardement préalable contre le vapotage des cadres du bureau anti-tabac de l'OMS. Leur session réservée comporte notamment une intervention de l'indienne Jagdish Kaur. La responsable Asie du bureau anti-tabac de l'OMS milite officiellement depuis plusieurs mois pour que les pays asiatiques suivent les exemples Nord-Coréen et Thaïlandais de criminalisation des usagers de vapotage.


Good at home, bad for others?

La politique de haine et de répression contre les usagers de nicotine, y compris à méfaits réduits, est un des axes privilégiés à la fois par le milliardaire Bloomberg et par l'OMS, qui est d'ailleurs substantiellement financée par celui-ci. Autre financier important pour le bureau anti-tabac de l'OMS, le Royaume-Uni a pourtant opté pour une politique sensiblement différente à domicile. C'est troublant. Les dirigeants britanniques estiment-ils que la réduction des méfaits est bonne en Grande-Bretagne mais que les populations du sud ne la méritent pas ? J'ai le sentiment de voir le vieux schéma colonialiste où les prêtres intégristes sont envoyés prêcher le puritanisme aux populations indigènes.

"Trop de dirigeants de santé publique semblent être embourbés dans une pensée de groupe dépassée qui ignore les sciences émergentes. Si la conférence sur 'tabac ou santé' traite de la mort et des maladies causées par le tabagisme, les participants devraient souligner comment les fumeurs au Royaume-Uni, au Japon et en Suède exploitent la science et la technologie pour abandonner la cigarette", alerte Greg Conley dans son appel à prendre en considération la réduction des méfaits et ses usagers. 

Le culte de l'abstinence pour les autres

Malheureusement, la tribune du défenseur du vapotage a peu de chance d'être entendue par la nomenclatura anti-tabac à Cape Town. Pourtant, "ce n'est pas la nicotine ou même le tabac qui tue les fumeurs. C'est l'inhalation de monoxyde de carbone et de goudrons provenant de la combustion de cigarettes qui causent les maladies pulmonaires et cardiaques qui tuent les fumeurs. L'application d'interdictions, de réglementations et de taxes aux produits non combustibles à base de nicotine signifie simplement que davantage d'Africains continueront de fumer - et malheureusement, que davantage mourront". Mais le message de la réduction des méfaits est visiblement non grata à ce sommet anti-tabac en Afrique du Sud.


jeudi 1 mars 2018

Etats-Unis: la promulgation du règlement de la FDA contre le vapotage a t-elle violé la Constitution ?

Gouvernent-ils les Etats-Unis dans l'ombre ? Sans jamais avoir été élue, ni avoir prêtée serment devant le Sénat, Leslie Kux a décidé du sort de millions d'américains. Cette bureaucrate de la Food and Drug Administration (FDA) a signé en 2016 la "deeming rules", la réglementation qui soumet le vapotage "aux mêmes règlements développés pour l'industrie de la cigarette en vertu du Tobacco Control Act de 2009". "La 'deeming rules' a été dévastatrice" pour les entreprises du secteur du vapotage, expliquent Todd Gaziano, directeur du Centre pour la séparation des pouvoirs de la Fondation Pacific Legal, et Tommy Berry, avocat à la même fondation, dans une tribune au Wall Street Journal du 28 février. Le 30 janvier, la Fondation a intenté trois poursuites contre ce règlement, représentant une dizaine de personnes estimant subir un préjudice de celui-ci, au Texas, au Minnesota et dans le district de Columbia.

Parmi les personnes en ayant subi des conséquences, Kimberly Manor. Veuve suite au cancer du poumon de son mari, Kimberly Manor décide de se lancer dans le commerce de vapotage à Lake City au Michigan. "Mme Manor estime que son entreprise a aidé plus de 500 personnes à cesser de fumer, la plupart d'entre elles quinquagénaires fumaient de longue datePourtant, la FDA décourage désormais de telles entreprises", rapportent Todd Gaziano et Tommy Berry.

Règlement promulgué sans autorité légitime

"Il y a beaucoup de raisons de critiquer l'action de la FDA, mais son défaut le plus fondamental - et celui que notre fondement juridique soulève dans trois poursuites au nom de Mme Manor et de neuf autres personnes - est que la règle a été finalisée par quelqu'un sans autorité légitime. Le règlement n'a pas été émis ni signé par le Secrétaire d'Etat à la santé et aux services sociaux ni par le commissaire de la FDA, tous deux des officiels confirmés par le Sénat. Au lieu de cela, il a été publié et signé par Leslie Kux, une bureaucrate de carrière à la FDA", expliquent les représentants de la Fondation Pacific Legal.

Violation de la séparation des pouvoirs

Pour les défenseurs de la séparation des pouvoirs, la promulgation de tels règlements dépassent le rôle exécutif de l'administration. "Ce n'est pas la première fois que la bureaucratie de la FDA dépasse son autorité", soulignent-ils. Leslie Kux a signé près de 200 règlements. "Toutes ces règles sont invalides. La tentative de délégation de pouvoirs de réglementation à une personne qui n'est pas nommée «Officier des États-Unis» viole l'une des clauses de séparation des pouvoirs les plus importantes de la Constitution", dénoncent les auteurs. La question touche à la responsabilité politique et la légitimité démocratique des décisions impactant la vie de la population américaine. 

"C'est une question de responsabilité politique C'est pourquoi les auteurs ont inclus la clause sur les nominations à l'article II de la Constitution des États-Unis. Selon cette conception, certains pouvoirs ne peuvent être exercés que par les principaux officiers des États-Unis qui ont été confirmés par le Sénat. Ainsi (à l'exception des juges provisoires), seuls les juges confirmés par le Sénat peuvent émettre des avis juridiques contraignants, et seuls les principaux dirigeants confirmés par le Sénat peuvent publier des règlements contraignants pour le public. Cette exigence constitutionnelle préserve la responsabilité démocratique tant pour les décisions judiciaires que pour les actions significatives de l'exécutif", argumentent les défenseurs de la Fondation Pacific Legal.

L'esquive de ses responsabilités

Il est pourtant possible pour l’exécutif d'émettre des règlements légitimes, à condition qu'un officier assermenté par le Sénat en prenne la responsabilité. Les auteurs donnent l'exemple de la centaine de règlements édictés par les Centres Medicare et les Services Medicaid depuis 2010 et tous signés et assumés par le Secrétaire à la santé. "Cependant, trop souvent, les secrétaires du cabinet et les directeurs d'agences ont tenté de déléguer des responsabilités aux membres du personnel subalterne de manière irresponsable et inconstitutionnelle. Un bureaucrate de carrière ne devrait pas avoir le pouvoir de perturber des milliers de vies comme celles de Kimberly". 

La question reste poser de savoir pourquoi l'officier de la FDA en charge à l'époque, Robert Califf, a préféré esquiver la responsabilité de signer ce règlement anti-vapotage...



mercredi 28 février 2018

Australie: une leçon de journalisme lors de l'interview du Ministre de la santé sur la radio 2GB

Une leçon de ténacité journalistique. La manière dont Ben Fordham a mené l'entretien ce 23 février de Brad Hazzard, Ministre de la santé de la province de New South Wales, à propos de la prohibition du vapotage nicotiné en Australie est un modèle de courage opiniâtre. L'animateur de Sydney Live sur 2GB, la radio n°1 de la plus grande ville australienne, insiste près de dix minutes pour que le Ministre explique les raisons de la politique répressive contre les vapoteurs. "Il y a une demande du public envers les législateurs pour qu'ils cessent d'ignorer les preuves scientifiques sur le vapotage", souligne Ben Fordham s'appuyant sur la récente mise à jour du rapport scientifique du Public Health England, tandis que le bus "Vape Force One" a sillonné le sud de l'Australie pour informer et mobiliser sur la question ces dernières semaines

Bafouillage et langue de bois, le Ministre Brad Hazzard fuit la question. Le journaliste ne lâche pas l'affaire. Il insiste et diffuse les témoignages de vapoteurs ayant ainsi arrêté de fumer. Le Ministre répète qu'il n'empêche pas le vapotage, qu'il ne peut pas le faire d'ailleurs. Mais qu'il interdit "seulement" de vapoter en public. Esquivant lâchement le fond du rejet de l'approche de réduction des risques, et dans le détail, la question cruciale de l'interdiction de vente de liquide nicotiné. 
Le roi est nu


Une interdiction des liquides nicotinés qui revient de fait à la prohibition de l'outil de réduction des méfaits alors que les cigarettes sont en vente libre, certes au prix le plus élevé au monde. Ce refus de l'approche de réduction des méfaits est "à l'envers. Nos ministres ont la tête dans le sable", persifle Ben Fordham. Le Ministre s'en tire sans répondre. Mais le roi est apparu singulièrement nu, semblant ne rien connaitre du dossier d'autre que ce dont l'ont "informé les avis de toute une gamme de spécialistes ici en Australie", selon ses propres termes

En Australie, l'idéologie puritaine "pro-abstinence only" règne sur le domaine. Au moins, les australiens ont des journalistes. En Suisse, la même prohibition du vapotage nicotiné au bénéfice du tabagisme n'a pas soulevé de telle velléité chez les animateurs médiatiques romands.

A écouter en anglais, l'interview du Ministre Brad Hazzard par Ben Fordham :



Add 28-02-2018 à 11h30: Ben Fordham poursuit le thème du vapotage cette semaine avec l'interview ce matin du Dr Colin Mendelsohn, favorable à une approche de réduction des méfaits contre le tabagisme:

dimanche 18 février 2018

[Ristrett'] Nouvelle position de l'American Cancer Society: reconnaissance du vapotage comme réduction des méfaits

C'est encore loin d'un soutien à une approche conséquente de réduction des méfaits, mais l'inflexion est significative. La nouvelle position de l'American Cancer Society (ACS) sur le vapotage recommande aux cliniciens de soutenir toutes les tentatives d'arrêt de fumer, y compris celles s'aidant du vapotage. Cependant, l'ACS privilégie toujours les produits pharmaceutiques. "Certains fumeurs, malgré les conseils fermes du clinicien, n'essaieront pas d'arrêter de fumer et n'utiliseront pas les moyens de cessation approuvés par la FDA. Ces personnes devraient être encouragées à adopter la forme de produit du tabac la moins dangereuse possible. le passage à l'usage exclusif au vapotage est préférable à la poursuite de la fumigation des produits combustibles", explique le communiqué de l'organisation publié ce 16 février. Classée parmi les dix organismes de charité les plus populaires aux Etats-Unis. l'American Cancer Society, bien que critiquée pour ses liens avec l'industrie pharmaceutique et les salaires plus que confortables de ses dirigeants, est très influente.

Interdire et abandonner ou détourner et accompagner?

On notera évidemment que l'ACS maintient l'idée que le vapotage est un produit de tabac, alors qu'il n'en contient pas. Mais elle reconnait aussi le point sanitaire fondamental de l'absence de combustion contrairement aux cigarettes. Malgré cette avancée scientifique, l'ACS reste campée sur une position anxieuse sur le volet de la réglementation. "L'ACS recommande fortement que tous les efforts soient faits pour empêcher l'initiation des cigarettes électroniques par les jeunes", insiste l'ACS. Bien que le tabagisme adolescent américain soit en chute libre depuis l'essor du vapotage, et que celui-ci soit déjà interdit de vente aux mineurs depuis mi-2016. 

Expérimenté par un grand nombre de jeunes, mais pour les 3/4 d'entre eux sans nicotine et très rarement adopté à long terme, l'irruption du vapotage depuis 2011 a accéléré la baisse du tabagisme des jeunes américains. La notion de détourner (nudge) les jeunes de la cigarette dans leur tendance forte à expérimenter ne semble pas encore faire partie de la compréhension de l'organisme anti-cancer, encore empreint de la superstition de la "théorie de l'effet passerelle". On lira avec profit l'excellente explication de Claude Bamberger, président de l'Aiduce, dans son entretien avec Vap'You sur le sujet. Mais il n'est malheureusement probablement pas lu par les responsables de santé publique américains.

[add 17h30] Le tweet de Karl Snae sur les points positifs et les lacunes et/ou erreurs de la position de l'ACS - ma traduction:
" ACS: passer au vapotage exclusif est préférable à continuer de fumer
Les faits:
a) fumer est la plus grande cause de cancer
b) cela tue 7 millions de personnes par an dans le monde
c) 98% des morts du tabagisme aux USA le sont à cause de la cigarette
d) il faudrait déterminer les risques absolus et relatifs de chaque produit et...
e) en informer aussi le public et...
f) suivre les effets à long-terme
Mais... les autres faits:
1) l'addiction aux cigarettes ne provient pas de la nicotine seule
2) la vape n'est PAS un produit du tabac
3) le double usage est une situation temporaire et accroît le taux d'arrêt
4) la vape n'amène PAS à fumer, au contraire elle en fait SORTIR
5) la FDA ne devrait pas réguler les produits de tabac et le vapotage de la même façon
6) réduire la nicotine est plus susceptible d’accroître les méfaits qu'une solution viable car...
7) les méfaits ne sont pas causés par la nicotine mais par la fumée "


jeudi 15 février 2018

Guerre commerciale, propagande puritaine ou hystérie américaine? L'étrange suite au hoax des souris, vape et cancer

Le 7 février en quelques minutes, des messages très inquiétants ciblant les jeunes sont apparus sur les forums, groupes de chat et les réseaux sociaux américains. Une semaine après le hoax sur les souris, la vape et le cancer, le principal texte diffusé raconte qu'un garçon de 19 ans, par ailleurs jamais fumeur, aurait eu un cancer des poumons diagnostiqué après une année d'utilisation de la vapoteuse Juul. Le bombardement de ces messages affirmant que "des ados ont le cancer en ayant uniquement vapoter la Juul" semble avoir pour origine les campus universitaires de l'Université de San Francisco (UCSF), New York (NYU) et de l'Iowa. Matt McDonald du site d'information the Tab, qui révèle l'opération, a préféré interroger le Dr Kien Vuu. "C'est très improbable que vapoter la Juul [ndr. les américains disent "juuler"] ait un effet cancérigène à si court terme qui puisse causer un cancer aussi tôt chez une jeune personne. Il y a normalement un temps de délai entre l'exposition à un cancérigène et l'apparition du cancer", confirme le professeur de médecine à l'Université de Los Angeles.

Même son de cloche chez l'auteur de l'étude sur les souris qui a fait le very bad buzz de l'AFP le 1er février. "Je ne suis pas médecin, mais il est bien connu que les cancers des poumons induits par la fumée de tabac prennent des années à se développer", explique Moon-Shong Tang, de l'Université de New-York. Avant de préciser au Tab: "Je n'ai connaissance d'aucune publication qui établisse une relation entre le vapotage et le cancer des poumons". Ce qui inclue évidemment sa propre étude publiée dans le PNAS, dont l'AFP a donné un compte-rendu mensonger et non corrigé depuis. Etude qui n'a d'ailleurs rien à voir avec la technologie particulière de la Juul, puisqu'elle a utilisé un vieux modèle d'atomiseur de la marque Njoy, disparue depuis, couplé par ailleurs de manière incohérente à du matériel disparate.

Opération d'enfumage de puritains ou d'un concurrent cigarettier ?

Dans la foulée du premier texte sur l'improbable "juuleur" de 19 ans atteint de cancer, un autre message le 7 février du même cru annonce une épidémie de cancers chez des jeunes filles. Puis des vagues de courtes vidéos ont été lancées sur les réseaux sociaux montrant des personnes se débarrassant ou détruisant une Juul. Impossible de savoir si celles-ci sont de véritables utilisateurs de Juul terrorisés par ces annonces délirantes, des militants puritains anti-vape cherchant à créer un effet de mimétisme ou des acteurs engagés par une marque concurrente pour discréditer Juul. 

Tradition bas de plafond

Au plus, peut-on noter que si ce sont des utilisateurs de Juul, ils ne montrent pas de grande difficulté à arrêter de l'utiliser. On peut remarquer aussi le peu de conscience écologique de ces personnes qui jettent des Juul dans la nature et la stupidité de l'une d'elle tapant à coups de marteau sur le dispositif qui contient une batterie au lithium. La nature très démonstrative des images ajoutée à ce niveau de bêtise donne tout de même un indice sur le type de personnes pouvant faire cela. Si on se rappelle des mauvais canulars suisses inventant des ventes de vapoteuse à des enfants de 12 ans, on a de quoi deviner à quelle tradition idéologique appartient ce type d'enfumage. 

Habituellement, les médias se permettent les mensonges les plus grossiers sur le vapotage, sachant qu'ils ne courent aucun risque de poursuite en raison du peu de moyen financier de la branche, contrairement à d'autres type de produits. Peut-être que cela est en train de changer. La Juul a totalement rebattu les cartes depuis un an en prenant 32% du marché américain des vapoteuses prêtes-à-usage, qui était entre les mains des marques de cigarettiers, selon l'institut Nielsen. Le pod au liquide à 50 mg/ml de sels de nicotine se présente comme une manière efficace et pratique d'arrêter de fumer, assurant son succès fulgurant depuis son lancement fin 2015.

Des poursuites en justice ?

L'entreprise indépendante a désormais des moyens financiers plus conséquents que n'avaient jusque-là les petits producteurs indépendants du vapotage. De quoi avertir officiellement les auteurs des calomnies sur internet qu'une plainte est de l'ordre du possible: "L'affirmation circulant sur les réseaux sociaux selon laquelle des" amis "d'individus ont été diagnostiqués avec un cancer comme conséquence directe de l'usage de JUUL est sans fondement et imprudente. Pour tous nos clients, partenaires et employés qui partagent avec nous une mission importante pour améliorer la santé publique, sachez que nous allons protéger l'entreprise et nos clients et prendre des mesures légales le cas échéant".



jeudi 1 février 2018

L'accès aux liquides nicotinés est le principal problème avec la vape en Nouvelle-Zélande, selon une étude de l'Université de Massey

Annoncé l'été passé, le grand virage de l'intégration des outils de minimisation des méfaits contre le tabagisme en Nouvelle-Zélande tarde à s'amorcer. La nouvelle étude menée par la Dr Penny Truman, de l'Université de Massey, apporte de solides enseignements dans cette perspective. Elle a été publiée dans l'International Journal of Environmental Research and Public Health (IJERPH). Trois chercheuses ont interrogé 216 vapoteurs kiwis en 2016 sur leurs raisons, leurs pratiques et l'évolution de celles-ci. "Au moment de l'enquête, les produits de vapotage avec nicotine ne pouvaient pas être vendus légalement en Nouvelle-Zélande. La Dr Truman déclare que cette étude confirme que l'accès à la nicotine pour vapoter est le principal problème des usagers du vapotage", explique le site de l'Université de Massey. Ce problème, artificiellement créé par la réglementation, se comprend sur le terrain où évoluent les vapoteurs. 

Vaper pour arrêter de fumer

"La principale raison pour essayer de vapoter est d'arrêter ou de réduire la consommation de cigarettes. La plupart des participants ont dit qu'ils étaient passés totalement au vapotage et avaient cessés de fumer. Certains, vapoteurs depuis peu, fumaient encore mais en continuant de réduire leur consommation de cigarettes, et d'autres fumaient occasionnellement", explique la Dr Truman. En sa compagnie, la Pr Marewa Glover, de l'Université de Massey, et Trish Fraser, ex-directrice de l'Action on Smoking and Health (ASH) locale, concluent de la nécessité de légaliser rapidement le vapotage nicotiné pour favoriser la sortie du tabagisme. "Cela permettrait aussi de clarifier le risque grandement réduit associé au vapotage par rapport au tabagisme, ce qui encouragerait plus de fumeurs à faire le changement", souligne la Pr Marewa Glover.

Des incitations nécessaires aux fumeurs néo-zélandais pour s'engager dans l'arrêt des cigarettes à l'aide du vapotage. Car même aux antipodes, les parcours de défume ne sont pas tous identiques et tranquilles. "Certains passent du tabac au vapotage facilement et vite, d'autres ont une transition plus longue. La plupart ont changé de modèle de vapoteuse plusieurs fois. Il y a aussi une tendance à s'éloigner des arômes tabac pour expérimenter de multiples saveurs jusqu'à en trouver quelques unes qu'ils aiment et adoptent", poursuit la Dr Truman. 

NZ sans fumée mais avec la vape d'ici 2025 ?

D'autre part, les résultats aux questions inspirées de celles du test de Fagerström pour l'addiction tabagique montrent un pouvoir dépendogène du vapotage sensiblement inférieur aux cigarettes. "L'étude s'ajoute aux preuves internationales suggérant que le vapotage est moins addictif que le tabagisme. Les participants ont tendance à vapoter plus tardivement le matin, ils réduisent la concentration de nicotine de leur liquide au fil du temps et certains finissent par ne vapoter que du liquide sans nicotine", précise le site de l'institution universitaire. 

Des signaux encourageant pour que l'annonce néo-zélandaise de la légalisation du vapotage avec le statut de produit de consommation courante et son intégration comme outil de minimisation des méfaits contre le tabagisme prenne forme. "À l'heure actuelle, des informations inexactes sur le vapotage sont toujours diffusées par et entre les professionnels de santé. Cela doit cesser parce que cela pousse les gens à continuer de fumer. Le contraire de ce que nous voulons pour atteindre l'objectif 'NZ smoke-free' avec moins de 5% de fumeurs d'ici 2025", ponctue la Pr Marewa Glover.


USA: la directrice du CDC démissionne après les révélations de Politico sur ses actions dans le tabac et la pharma

Prise la main dans le sac. Au lendemain des révélations de Politico, Brenda Fitzgerald a livré ce mercredi matin sa démission du poste de directrice du Center for Disease Control and prevention (CDC - Centre de prévention et de lutte contre les maladies). Nommée le 7 juillet dernier à la tête de la principale agence de santé américaine, Brenda Fitzgerald avait acheté début août pour des dizaines de milliers de dollars d'actions de Japan Tobacco, Merck, Bayer, US Food Holding et d'autres entreprises, selon les documents obtenus par Politico auprès de l'autorité financière. En vertu de la loi de transparence sur les transactions de plus de 1'000 $, le média spécialisé en politique américaine a retracé les titres boursiers détenus par celle qui présentait la lutte contre le tabagisme comme une de ses priorités. 

Du tabac dans son porte-feuille

"Elle a classé le sevrage tabagique parmi ses principales priorités lorsqu'elle occupait le poste de Commissaire à la santé de l'Etat de Georgia jusqu'en février 2017. Avant de prendre la tête du CDC, elle possédait des actions dans cinq autres compagnies de tabac: Reynolds American, British American Tobacco (BAT), Imperial Brands, Philip Morris International et Altria Group Inc. - tout ceci légalement en vertu des règles éthiques en Géorgie", expliquent Sarah Karin-Smith et Brianna Ehley, les journalistes de Politico qui ont révélé l'affaire. 

Brenda Fitzgerald a refusé tout commentaire sur l'affaire. "Le Health and Human Services (HHS) a refusé de répondre sur les raisons de ces investissements de la directrice du CDC dans des compagnies cigarettières alors qu'elle travaillait à réduire la consommation de tabac", précise Politico. Le conflit d'intérêt saute pourtant aux yeux en regard de l'agenda de la directrice. "Le lendemain de l'achat d'actions du géant mondial Japan Tobacco, elle fait le tour le 9 août du laboratoire du CDC qui mène des recherches sur les dommages sanitaires du tabac", racontent les journalistes de Politico s'appuyant sur les informations financières et le calendrier officiel obtenus en vertu de la Freedom of Information Act.

... et de la pharma aussi

L'entreprise pharmaceutique Merck, dont des actions ont été acheté par Brenda Fitzgerald le 9 août, développe un vaccin contre le virus Ebola et produit des médicaments contre le VIH. Bayer, dont elle achète des actions le 10 août, est partenaire financier avec le CDC et travaille notamment sur le dossier du virus Zika. Brenda Fitzgerald a finalement mis plus de quatre mois pour se défaire des titres de la douzaine d'entreprises, dont Japan Tobacco, Merck et Bayer, considérés comme conflit d'intérêts potentiels qu'elle avait acheté après sa nomination. Elle avait déjà tardé à vendre des actions problématiques détenues avant sa nomination au CDC. "Il est un peu inquiétant qu'il lui ait fallu deux mois pour signer sa convention d'éthique et un mois de plus pour qu'elle puisse vendre des actions contradictoires", s'étonne Scott Amey, avocat du Project on Government Oversight. 

Le sens des affaires

Dans sa réaction, Matthew Myers, qui a propulsé sa carrière en négociant avec Philip Morris dans le dos de ses partenaires anti-tabac en 1998 puis en 2004, ne nourrit pas de complexe. "Premièrement, cette affaire mine la crédibilité d'un agent public lorsqu'il soutient que le tabac est la première cause évitable de maladie. Deuxièmement, et c'est peut-être pire, cela indique qu'un fonctionnaire est prêt à mettre son profit personnel au-dessus de l'éthique en investissant dans une entreprise dont les produits causent tant de mal", commente, au premier degré semble t-il, le directeur de la Campaign for Free Tobacco Kids (CFTK). 

Après les plaintes pour harcèlement sexuel, discrimination raciale et enrichissement personnel, via des faits de plagiat et fraudes académiques, contre Stanton Glantz de la part d'étudiantes de près de quarante ans ses cadettes à l'Université de San Francisco (UCSF), l'affaire Fitzgerald est un second scandale qui frappe en peu de temps une figure de la lutte anti-tabac américaine. 

"Bonne chance"

Le prédécesseur de Brenda Fitzgerald à la direction du CDC, Tom Frieden lui a souhaité "bonne chance" sur son compte twitter. Celui qui a fermé les yeux sur la diffusion massive d'anti-douleurs opioïdes à la population sous l'impulsion des laboratoires pharmaceutiques, provoquant une vague de toxicomanie ayant déjà causé la mort de plus de 60'000 personnes en 2016, a depuis pris une porte-battante pour un poste de directeur à la New Global Health Initiative. Une fondation financée à hauteur de 225 millions de dollars par le milliardaire et ancien maire de New-York Michael Bloomberg, la fondation du couple Chan-Zuckerberg, ainsi que de celle du couple Bill et Melinda Gates.

Who's the next ?

La trajectoire de Tom Frieden peut laisser bon espoir à Brenda Fitzgerald de ne pas finir sans-abri mendiante à la sortie d'un métro. L'avenir du poste de direction du CDC parait plus incertain. "On ne sait pas qui va remplacer Fitzgerald. La communauté de la santé publique, qui tend à favoriser les démocrates par rapport aux républicains, était favorable à sa nomination et à son expérience en santé publique", expliquent les journalistes de Politico. Alex Azar, secrétaire du HHS, devra choisir une nouvelle tête pour le CDC. Parmi les happy few de l'élite de la santé publique américaine, les noms de Celeste Philip, de l'Etat de Floride, et de John Dreyzehner, du Tennessee, font figures de favoris. En attendant, Anne Schuchat, directrice adjointe du CDC, va assurer l'intérim.