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vendredi 16 février 2018

Monitorage Suisse: le tabagisme des 15-25 ans augmente, avec 38% des jeunes romands fumeurs tandis que le vapotage reste anecdotique

En Romandie, 38,1% des jeunes de 15 à 25 ans sont fumeurs, selon le rapport du monitorage suisse des addictions consacré à cette question publié en janvier. A l'échelle nationale, la prévalence tabagique de cette tranche d'âge aurait augmenté, passant de 29,6% à 31,6% entre 2011 et 2016. En moyenne, les plus de 3'000 jeunes questionnés par téléphone déclarent fumer 13,3 cigarettes par jour. Comme tout sondage, cette enquête comporte les biais liés à ce type d'approche, ces chiffres sont justes des chiffres, pas forcément des chiffres justes. Bien que la moitié des jeunes fumeurs déclarent lors de l'enquête souhaiter arrêter de fumer, le vapotage n'a pas pu contrer la progression du tabagisme des jeunes suisses. Les moins de 25 ans sont nombreux à expérimenter le vapotage, mais "toutefois, peu d’entre eux l’utilisent régulièrement", explique la fondation Addiction Suisse, mandatée par la confédération pour ce monitorage. 

Plus de 32% des 15-24 ans ont essayé le vapotage au moins une fois dans leur vie, mais aucun jeune de 15-19 ans et seuls 0,2% des 20-24 ans déclarent en faire usage au quotidien. Le rapport spécial sur le vapotage du monitorage, daté d'août dernier, montre que dans l'ensemble un peu plus de 2% des jeunes  vapotent occasionnellement. Rappelons qu'en Suisse, la vente de liquide avec nicotine est interdite (même aux majeurs). La progression du tabagisme des jeunes suisses se démarque nettement de la chute constatée dans les pays respectant le droit humain à l'accès aux moyens de réduction des méfaits. 

Jeunes fumeurs en hausse en Suisse, en chute au Royaume-Uni

Au Royaume-Uni, les statistiques montrent que dans la période 2010 à 2016, le tabagisme des 18-24 ans a chuté de 7 points, passant de 26% à 19%. Un quart de fumeurs britanniques de cette tranche d'âge en moins. La même tendance se dessine aux Etats-Unis où le tabagisme adolescent atteint le niveau historiquement le plus bas jamais enregistré. De 15,8% en 2011, le tabagisme a chuté à 9,3% chez les 17-18 ans américains en 2016. Lorsqu'en Suisse, le tabagisme des 15-24 ans a progressé de 2 points, de 29,6% à 31,6% entre 2011 et 2016. Les auteurs du rapport supposent qu'un décalage s'opère ces dernières années repoussant l'âge d'entrée dans le tabagisme. En regardant les données, les indicateurs paraissent assez fluctuants d'une année sur l'autre et cette hypothèse me semble demander confirmation.

Augmentation de l'usage du tabac à rouler

A défaut d'utiliser le vapotage pour éviter le tabagisme, les jeunes suisses se tournent de plus en plus vers le tabac à rouler. La part de fumeurs quotidiens utilisant exclusivement du tabac à rouler a atteint 13% en 2016, contre 7,8% en 2012. A leurs côtés, 23,2% d'usagers combinent tabac à rouler et cigarettes. La pression économique, même si le prix des cigarettes n'a pas augmenté récemment, est probablement une raison de cet usage du tabac à rouler bien moins onéreux.

En creux se dessine aussi l'effet pervers du contenu des campagnes de prévention actuelles chez les adolescents. Ces dernières années, elles se sont axées essentiellement à répandre la peur et faire l'amalgame du vapotage au tabagisme, dans une négation de toute approche de réduction des risques. Sans surprise, ce travail de brouillage d'information sur les risques relatifs provoque une promotion indirecte des produits les plus nocifs  et accompagne les jeunes vers le tabac à rouler plutôt que le vapotage. La Ligue Pulmonaire suisse avait fait un communiqué de triomphe indécent de cynisme à l'annonce de la bonne tenue du tabagisme face au vapotage à l'été 2016, moment de cette enquête. Les chiffres sur cette génération de jeunes confirment les perspectives réjouissantes pour les ventes de médicaments de ses sponsors.

Dans les autres produits de tabac à fumer, les cigares, cigarillos et pipe sont d'utilisation très marginale chez les jeunes suisses. Concernant les produits de nicotine non fumés, 7,4% des jeunes de 15 à 25 ans déclarent en avoir utilisé, dont le tabac à priser au moins essayé par 5,4% d'entre eux. L'usage du snus - bien que sa version suédoise à nitrosamines réduites bien moins dangereuse soit encore interdite de vente en Suisse - a été essayé par 2,3% des jeunes, la chique par 0,4% et les gommes nicotinées par 0,1%.

Des jeunes objets ou sujets ?

Les jeunes ont du répondre à des questions d'ordre disciplinaire et comportementaux, sur la tolérance ou non de fumer au domicile ou au travail, sur le tabagisme des proches et des amis, etc. Les auteurs soulignent que 38% disent avoir reçu au moins un cadeau promotionnel en rapport avec le tabac. En détail, pour 83,1% d'entre eux ce sont des briquets ou des allumettes et 28,7% des cigarettes.

Hormis ces questions de comportements, aucune indication sociologique, y compris de statut de classe sociale, n'est présentée dans le rapport sur le tabagisme des 15-25 ans. Le profil social des jeunes fumeurs reste un mystère. Etant donné l'énorme fossé entre groupes sociaux défavorisés et ceux détenteurs de capitaux sociaux, culturels et financiers sur la question du tabagisme, cette lacune rend le rapport peu utile pour éclairer une politique de santé publique sur le sujet. A fortiori dans un pays pratiquant une sélection stricte tôt dans la formation entre futurs ouvriers, employés et cadres.

Par ailleurs, l'absence de thématisation d'appréciation subjective de qualité de vie, de sentiment de réalisation, pourtant à un âge critique sur les orientations, est un autre manque troublant. Alors qu'une enquête du Health Behavior in School-aged Children (HBSC), publiée d'ailleurs par Addiction Suisse en avril 2017, montre une corrélation entre stress scolaire et tabagisme chez les moins de 15 ans suisses. Le rapport sur les 15-24 ans esquisse des jeunes simples objets répondant aux stimuli réglementaires et publicitaires, ce point correspondant au soucis politique actuel d'Addiction Suisse engagé pour l'interdiction de la publicité des produits du tabac.

Politique d'autruches irresponsables

La question de la construction d'une culture de réduction des méfaits reste le grand tabou refoulé des organisations bureaucratiques du domaine en Suisse. Abandonnant de facto les jeunes à eux-mêmes derrière l'excuse de l'interdit, posture d'autruche irresponsable élevée au rang de dogme de politique de santé. Aux acteurs de terrain de prendre en charge, dix ou vingt ans plus tard les victimes de cet enfumage au monoxyde de carbone.


dimanche 7 janvier 2018

Motions au parlement Suisse pour interdire la pub du tabac en y assimilant la vape et imposer une licence aux vendeurs

Au Conseil national, quatre motions voudraient interdire la pub du tabac et du vapotage sur les réseaux sociaux, les journaux, les points de vente et au cinéma, ainsi qu'imposer une licence de vente payante. 

Déposées mi-décembre 2017 à la fin de la session parlementaire d'hiver, le contenu de quatre motions coordonnées au Conseil national vient d'être rendu public. Assimilant le vapotage aux cigarettes, trois visent à interdire des types de publicités des produits du tabac pour "protéger les enfants et les jeunes" et la quatrième à imposer une licence payante de vente en Suisse. Pour que le Conseil Fédéral exécute ces demandes, chacune des motions devrait être adoptée par les deux chambres parlementaires, ce qui parait peu probable en regard des motifs du renvoi du premier projet de loi sur les produits du tabac (LPTab) en décembre 2016. 

Ces motions au parlement semblent plutôt vouloir servir de caisses de résonance médiatique au lancement d'une initiative populaire "enfants et jeunes sans publicité pour le tabac", dont la récolte de signatures doit être lancée en février. L'initiative vise à interdire la publicité des produits du tabac par affichage, dans les publications, au cinéma, aux concerts et sur internet. Contre une approche cohérente de réduction des méfaits, l'intention d'assimiler le vapotage à ces interdictions se précise à la lecture de cette initiative concertée de quatre motions. 

20 Minutes et Facebook ciblés

Annoncée en primeur par le Blick dés le 19 décembre, la motion de l'évangéliste Niklaus Gugger (17.4268) veut interdire "la publicité pour les produits du tabac et les cigarettes électroniques dans les médias imprimés et en ligne facilement accessibles aux mineurs, y compris les publireportages, les médias sociaux et les applications". Le Conseiller national zurichois précise que doivent être "considérés comme 'facilement accessibles' les médias imprimés ou en ligne qui ne sont soumis ni à un abonnement payant ni à une autre forme d'identification personnelle". En cas d'acceptation, les groupes d'auto-support, forums d'entraide et sites d'information spécialisés devraient probablement se barricader et  devenir hermétiques aux néophytes, notamment aux fumeurs en recherche d'aide et de renseignements pour arrêter de fumer à l'aide du vapotage.

Nik Gugger estime que les "gratuits '20 Minutes' et 'Friday' jouent un rôle majeur dans la publicité pour le tabac". Mais l'évangéliste en veut aussi aux réseaux sociaux qui, selon lui, "transforment les utilisateurs d'Internet en promoteurs des produits du tabac. Voyez Facebook, Snapchat et bien d'autres". De son côté, la démocrate-chrétienne Viola Amherd prend pour cible la pub dans les cinémas lors des projections de films non réservées à un public majeur. Sa motion (17.4150) veut "interdire la publicité au cinéma pour les produits du tabac et les cigarettes électroniques lors des représentations auxquelles les spectateurs de moins de 18 ans sont admis".

Interdire la pub sur les lieux de vente et leurs vitrines

L'écologiste Christine Häsler propose (17.4187) que "la publicité pour les produits du tabac et les cigarettes électroniques soit interdite dans tous les points de vente dont la clientèle comprend aussi des enfants et des jeunes"Elle souligne que, selon une étude de l'Observatoire des stratégies marketing pour les produits du tabac, dans 22% à 36% des points de ventes de tabac "cette publicité était également visible depuis l'extérieur"L'argumentaire de l'élue bernoise précise aussi que "la publicité pour les cigarettes électroniques, du fait de son attractivité pour les enfants et les jeunes, doit en outre être assimilée à la publicité pour les produits du tabac"

Une licence payante pour vendre du tabac et à l'avenir de la vape

Pour compléter l'offensive, la motion du vert-libéral Thomas Weibel (17.4232) voudrait que le Conseil Fédéral élabore "une licence payante pour la mise à disposition de produits du tabac sur le marché". Selon l'élu zurichois, les émoluments permettraient "de financer les contrôles et les mesures officielles". Actuellement, le vapotage n'est pas assimilé légalement à un produit du tabac, mais il pourrait l'être via la future loi sur le produits du tabac (LPTab). Le Conseiller national l'anticipe dans son argumentaire: "Si les cigarettes électroniques devaient être assimilées aux produits du tabac, l'offre pourrait être mieux contrôlée" avec ce système de licence.  

Une "offensive" contre la réduction des méfaits

L'assimilation stricte de la vape au tabac par ces quatre parlementaires prend le chemin opposé aux appels à une intégration de la réduction des méfaits par le vapotage contre le tabagisme, soutenue par plusieurs voix du milieu de la lutte anti-tabacla Fédération des professionnels des addictions, et l'association des usagers Helvetic VapeLe confinement des groupes d'entraide autogérés sur les réseaux sociaux à une situation d'underground, qui naîtrait de telles interdictions, pose question sur le respect au droit à l'auto-protection de sa santé. En outre, aucun élément probant n'est apporté dans les motions sur la pertinence d'interdictions similaires du vapotage aux cigarettes. Or la seule étude, avec certaines limites, à ce jour sur l'impact réel de la publicité du vapotage montre un effet globalement positif sur le recul du tabagisme aux Etats-Unis. 

De même, l'analyse d'impact de la réglementation (AIR), du bureau BASS pour l'Office Fédéral de la Santé Publique (OFSP), distingue l'effet d'interdictions sur la publicité du tabac, qu'il évalue d'autant plus positifs qu'elles sont strictes, de l'effet d'interdictions contre le vapotage. "Il semble que l’interdiction de la publicité pour les e-cigarettes dans les médias classiques serait, du moins au stade actuel, une mesure plutôt défavorable du point de vue économique", explique le rapport. Un effet positif sur les coûts de santé et les pertes de productivité liées aux maladies concordant avec le fait que l'accès au vapotage nicotiné aurait un effet positif de santé publique en favorisant une baisse de la prévalence tabagique, que le bureau BASS estime de l'ordre de 2,1%.

Cette "offensive", telle que la nomme la motionnaire Christine Hässler elle-même dans le Blick, indique l'ascendant pris par les extrémistes anti-vape sur le camp des parlementaires anti-tabac. Ce choix de condamner au silence l'approche de réduction de méfaits semble plus tenir d'une escalade de posture idéologique que fonder sur une réflexion de politique de santé publique. Alors qu'en l'état "des connaissances actuelles, on doit considérer que les cigarettes électroniques sont nettement moins nocives que les produits du tabac traditionnels destinés à être fumés", rappelle le rapport prudent du bureau BASS. Mais qui en sera informé, au sens plein du terme, si réseaux sociaux et points de vente sont astreints à le cacher et que la loi assimile ce moyen de sortir du tabagisme au tabac ?