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samedi 3 mars 2018

AFP & UCSF bullshit: la vape provoque t-elle des crises cardiaques avant qu'on ne se mette à vapoter ?

Le professeur poursuivi pour harcèlement sexuel par plusieurs étudiantes est toujours bien entouré
La dernière imbécillité du Pr Stanton Glantz: transformer une corrélation en lien de causalité sans même connaitre la temporalité des deux événements liés. A savoir, un lien entre crise cardiaque et vapotage dans une étude transversale (!) où il n'était pas demandé la date de l'éventuelle crise cardiaque. Autrement dit, les données recueillies dans les National Health Interview Surveys de 2014 et 2016 permettent de savoir qui a eu une crise cardiaque et parmi ceux-ci qui fume et/ou qui vapote. Mais on ne sait pas quand ces personnes ont eu une crise cardiaque. Avant ou après s'être mis à vapoter ? On ne le sait pas. La seule chose montrée par ces données est "une association significative (odds ratio=1,79) entre l'utilisation quotidienne de vapotage et le fait d'avoir subi une crise cardiaque dans sa vie". Contrairement à ce qu'affirme la dépêche de l'AFP reprise sur une série de sites putaclicks, rien ne permet d'affirmer un quelconque lien causal entre les deux événements.

Honte académique

L'AFP s'est fait une spécialité de répandre les fausses infos contre le vapotage
On ne peut pas affirmer à partir de ces données que subir une crise cardiaque amène des fumeurs à essayer d'arrêter de fumer avec le vapotage. Même si cela parait de bon sens, on ne peut pas l'affirmer à partir de ces données parce qu'on ne connait pas la séquentialité entre les événements recensés. Mais évidemment, on ne peut pas non plus dire à partir de ces données que vapoter provoque des crises cardiaques, dont il est possible qu'une partie (voire une très grande partie) se sont déroulées avant que les personnes ne commencent à vapoter. C'est pourtant ce qu'a fait Stanton Glantz, de l'Université Californienne de San Francisco. Bien que l'étude ne soit pas encore publiée, l'ultra anti-vape l'a présenté au congrès de la Société de Recherche sur la  Nicotine et le Tabac (SRNT) la semaine dernière à Baltimore. 

Le plus plausible: le vapotage pour arrêter de fumer après une crise cardiaque

Pour le Pr Mickael Siegel, de l'Université de Boston, il est "peu plausible que le vapotage puisse augmenter le risque de maladie cardiovasculaire au-delà du tabagisme" contrairement à ce que prétend Stanton Glantz. "Pourquoi? Parce que les effets cardiovasculaires de la fumée sature à un niveau très bas d'exposition. Cela signifie qu'il suffit de fumer déjà un peu pour fortement augmenter le risque. Mais au-delà, le risque augmente peu", explique le professeur de santé publique. Une raison pour tenter autant que possible de ne pas/plus fumer, même peu. Evidemment, l'hypothèse la plus plausible, mais ce ne peut être qu'une hypothèse, est que les fumeurs de l'enquête ayant subi une crise cardiaque ont été motivés ensuite à arrêter de fumer. "Ces dernières années, de nombreuses tentatives d'arrêt se font à l'aide du vapotage", souligne le Pr Michael Siegel. 

Stanton Glantz a raison sur un point

Célèbre pour prétendre devant ses étudiantes "pouvoir violer même la fille du gouverneur sans risquer aucun problème", le Pr Stanton Glantz semble avoir raison au moins sur ce point. Malgré les plaintes à son encontre pour harcèlements, discriminations racistes et enrichissement personnel, l'Université de Californie de San Francisco continue de le protéger et de lui assurer l'impunité.


mercredi 21 février 2018

Faut-il avoir peur du vapotage? Six rumeurs démystifiées par la science

La presse à sensation et les sites "à click" multiplient les articles anxiogènes sur le sujet. Le Pr Martin Dockrell, directeur du programme sur le tabac du Public Health England (PHE), balaie six mythes sur le vapotage dans un article publié hier sur le site officiel de l'organe de santé publique anglais. "Il y a beaucoup d'inexactitudes et d'idées fausses sur le vapotage. Ce billet se penche sur les mythes les plus courants et présente les faits", explique t-il en s'appuyant sur la récente mise à jour du rapport scientifique du PHE ayant sélectionné et révisé plus de 400 études internationales sur le vapotage. 

"Malgré les sujets dans les médias parfois confus, et confondants, sur la sécurité du vapotage, il y a un consensus croissant autour des connaissances. Bien qu'il ne soit pas totalement sans risque, le vapotage est beaucoup moins nocif en comparaison du tabagisme. Cette évaluation est soutenue par nombre d'organismes clés, notamment le Cancer Research UK (CRUK), l'Action on Smoking and Health (ASH), le Royal College of Physicians (RCP), la British Medical Association et, récemment, un important organe scientifique américain, la National Academies of Sciences, Engineering and Medicine", rappelle en préambule le Pr Martin Dockrell.

Mythe 1 : la "maladie du pop-corn"

C'est la rumeur préférée des sites sensationnalistes. A l'origine de la rumeur, des ouvriers d'une usine américaine de pop-corn, utilisant massivement du diacétyle pour parfumer leur produit d'une saveur beurrée, ont été atteints à l'orée des années 2000 de bronchite obstructive, une maladie pulmonaire très rare. "Bien que le diacétyle est désormais interdit comme ingrédient des liquides de vapotage au Royaume-Uni, il a été détecté par le passé dans certains arômes d'e-liquide, mais à des niveaux cent fois inférieurs à ceux de la fumée de cigarette. Or même à ces niveaux, le tabagisme n'est pas un facteur de risque majeur pour cette maladie rare", précise le Pr Dockrell. En fait, les cas de malades liés au diacétyle ont été exposé à des doses des milliers de fois supérieures à celle détectées dans les "pires" liquides de vapotage avant l'entrée en vigueur des normes européennes. Contrairement à un mensonge colporté par des sites douteux, aucun cas de malade n'est apparu.

Mythe 2 : l'absence de réglementation et de connaissance

Dans l'Union Européenne (UE), l'implémentation au niveau national des articles relatifs au vapotage de la directive sur les produits du tabac (TPD) dote les pays d'une réglementation. "Les produits de vapotage sont soumis à des normes minimales de qualité et de sécurité, ainsi qu'à des exigences d'emballage et d'étiquetage pour fournir une information nécessaire aux consommateurs pour faire des choix éclairés", précise le PHE. Si ces normes et obligations d'avertissements sont discutables, c'est plutôt par excès de principe de précaution. La composition et un ensemble de tests des produits mis sur le marché sont obligatoirement notifiés aux autorités de santé, l'Agence des médicaments et des produits de santé (MHRA) pour le Royaume-Uni. C'est aussi le cas en France, même si la Ministre de la santé ne semble pas au courant.

Mythe 3 : la peur de la nicotine

"Quatre fumeurs sur dix croient à tort que la nicotine cause la plupart des cancers liés au tabagisme, alors que les preuves scientifiques montrent que la nicotine ne comporte qu'un risque minime pour la santé", souligne le Pr Dockrell. La nicotine fait partie des raisons de fumer, mais ce sont les milliers de substances chimiques produites dans la combustion du tabac qui sont les causes de maladies. "Le vapotage ne dégage pas de goudron ni de monoxyde de carbone, deux des éléments les plus nocifs de la fumée de tabac. Il contient certains produits chimiques trouvés dans la fumée de tabac, mais à des niveaux beaucoup plus bas", explique le responsable du PHE sur la base des recherches scientifiques.



Mythe 4 : le spectre du vapotage passif 

Le tabagisme passif est nocif. Même sans fumer soi-même, inhaler dans un lieu clos la fumée de cigarettes a des conséquences sanitaires. C'est la raison justifiant les interdictions de fumer dans les lieux publics fermés et les lieux de travail. "Ces lois ne couvrent pas le vapotage et les organismes sont libres d'établir leurs propres règles sur l'utilisation du vapotage dans leurs locaux", rappelle le PHE concernant le Royaume-Uni. Contrairement aux cigarettes, qui se consument entre deux bouffées émettant ainsi l'essentiel (environ 85%) de ses rejets dans son environnement proche, il n'y a pas d'aérosol émis directement dans l'atmosphère par la vape. Seul est rejeté l'aérosol expiré par le vapoteur, qui en a absorbé la majeure partie des substances. "Le dernier examen des données de PHE montre qu'à ce jour, aucun danger pour la santé n'a été identifié pour l'entourage", souligne le Pr Dockrell. Précisant cependant que des personnes souffrant d'asthme ou d'autres affections pulmonaires peuvent être sensibilisés aux irritants dans l'air. ce qui peut inclure le vapotage.

Mythe 5 : la "théorie de la passerelle" du vapotage amenant les jeunes au tabagisme

Des jeunes expérimentent le vapotage. Mais la plupart ne font qu'essayer et ne l'adoptent pas. "Notre rapport n'a trouvé aucun élément pour soutenir l'inquiétude que le vapotage serait une voie vers le tabagisme pour les jeunes. Les enquêtes britanniques montrent que les jeunes expérimentent le vapotage mais son usage régulier est rare et confiné presque entièrement à des jeunes déjà fumeurs. Tandis que le tabagisme des jeunes au Royaume-Uni continue de baisser", résume clairement le spécialiste de santé publique.

Mythe 6 : le vapotage est un cheval de Troie de Big Tobacco pour maintenir le tabagisme

C'est une théorie du complot très répandue chez les opposants à l'approche de réduction des méfaits. Certains allant jusqu'à prétendre que le vapotage empêche d'arrêter de fumer. "Il n'y a actuellement aucune preuve suggérant que le vapotage encourage les gens à continuer de fumer - les données au Royaume-Uni suggèrent le contraire", démystifie le Pr Dockrell. Plus de la moitié des 2,9 millions de vapoteurs britanniques actuels, soit environ 1,5 millions ont totalement arrêté de fumer. Auxquels s'ajoutent plus de 770'000 personnes qui ont arrêté de fumer puis arrêté de vapoter. "Dans le même temps, les taux de réussites de sevrages tabagiques ont augmenté et nous constatons une accélération de la chute du taux de tabagisme, qui atteint un record du niveau le plus bas à 15,5% de fumeurs [de plus de 15 ans] en Angleterre", insiste le responsable du PHE. 

Le Pr Dockrell conclue cette brève démystification des fausses rumeurs les plus répandues dans les médias et internet: "En résumé, le vapotage et les cigarettes ne sont pas similaires et ne doivent pas être traitées de la même manière. Il est important que les sept millions de fumeurs anglais aient conscience de ces différences et puissent avoir une information adéquate pour faire leurs choix de santé. Le vapotage n'est pas totalement sans risque mais il ne comporte qu'une fraction du risque du tabagisme et il aide des milliers de fumeurs à s'en sortir et rester non-fumeurs".


jeudi 15 février 2018

Guerre commerciale, propagande puritaine ou hystérie américaine? L'étrange suite au hoax des souris, vape et cancer

Le 7 février en quelques minutes, des messages très inquiétants ciblant les jeunes sont apparus sur les forums, groupes de chat et les réseaux sociaux américains. Une semaine après le hoax sur les souris, la vape et le cancer, le principal texte diffusé raconte qu'un garçon de 19 ans, par ailleurs jamais fumeur, aurait eu un cancer des poumons diagnostiqué après une année d'utilisation de la vapoteuse Juul. Le bombardement de ces messages affirmant que "des ados ont le cancer en ayant uniquement vapoter la Juul" semble avoir pour origine les campus universitaires de l'Université de San Francisco (UCSF), New York (NYU) et de l'Iowa. Matt McDonald du site d'information the Tab, qui révèle l'opération, a préféré interroger le Dr Kien Vuu. "C'est très improbable que vapoter la Juul [ndr. les américains disent "juuler"] ait un effet cancérigène à si court terme qui puisse causer un cancer aussi tôt chez une jeune personne. Il y a normalement un temps de délai entre l'exposition à un cancérigène et l'apparition du cancer", confirme le professeur de médecine à l'Université de Los Angeles.

Même son de cloche chez l'auteur de l'étude sur les souris qui a fait le very bad buzz de l'AFP le 1er février. "Je ne suis pas médecin, mais il est bien connu que les cancers des poumons induits par la fumée de tabac prennent des années à se développer", explique Moon-Shong Tang, de l'Université de New-York. Avant de préciser au Tab: "Je n'ai connaissance d'aucune publication qui établisse une relation entre le vapotage et le cancer des poumons". Ce qui inclue évidemment sa propre étude publiée dans le PNAS, dont l'AFP a donné un compte-rendu mensonger et non corrigé depuis. Etude qui n'a d'ailleurs rien à voir avec la technologie particulière de la Juul, puisqu'elle a utilisé un vieux modèle d'atomiseur de la marque Njoy, disparue depuis, couplé par ailleurs de manière incohérente à du matériel disparate.

Opération d'enfumage de puritains ou d'un concurrent cigarettier ?

Dans la foulée du premier texte sur l'improbable "juuleur" de 19 ans atteint de cancer, un autre message le 7 février du même cru annonce une épidémie de cancers chez des jeunes filles. Puis des vagues de courtes vidéos ont été lancées sur les réseaux sociaux montrant des personnes se débarrassant ou détruisant une Juul. Impossible de savoir si celles-ci sont de véritables utilisateurs de Juul terrorisés par ces annonces délirantes, des militants puritains anti-vape cherchant à créer un effet de mimétisme ou des acteurs engagés par une marque concurrente pour discréditer Juul. 

Tradition bas de plafond

Au plus, peut-on noter que si ce sont des utilisateurs de Juul, ils ne montrent pas de grande difficulté à arrêter de l'utiliser. On peut remarquer aussi le peu de conscience écologique de ces personnes qui jettent des Juul dans la nature et la stupidité de l'une d'elle tapant à coups de marteau sur le dispositif qui contient une batterie au lithium. La nature très démonstrative des images ajoutée à ce niveau de bêtise donne tout de même un indice sur le type de personnes pouvant faire cela. Si on se rappelle des mauvais canulars suisses inventant des ventes de vapoteuse à des enfants de 12 ans, on a de quoi deviner à quelle tradition idéologique appartient ce type d'enfumage. 

Habituellement, les médias se permettent les mensonges les plus grossiers sur le vapotage, sachant qu'ils ne courent aucun risque de poursuite en raison du peu de moyen financier de la branche, contrairement à d'autres type de produits. Peut-être que cela est en train de changer. La Juul a totalement rebattu les cartes depuis un an en prenant 32% du marché américain des vapoteuses prêtes-à-usage, qui était entre les mains des marques de cigarettiers, selon l'institut Nielsen. Le pod au liquide à 50 mg/ml de sels de nicotine se présente comme une manière efficace et pratique d'arrêter de fumer, assurant son succès fulgurant depuis son lancement fin 2015.

Des poursuites en justice ?

L'entreprise indépendante a désormais des moyens financiers plus conséquents que n'avaient jusque-là les petits producteurs indépendants du vapotage. De quoi avertir officiellement les auteurs des calomnies sur internet qu'une plainte est de l'ordre du possible: "L'affirmation circulant sur les réseaux sociaux selon laquelle des" amis "d'individus ont été diagnostiqués avec un cancer comme conséquence directe de l'usage de JUUL est sans fondement et imprudente. Pour tous nos clients, partenaires et employés qui partagent avec nous une mission importante pour améliorer la santé publique, sachez que nous allons protéger l'entreprise et nos clients et prendre des mesures légales le cas échéant".



dimanche 11 février 2018

[Ristrett'] Vigousse écrase les ragots du tabacco-journalisme Suisse

Note d'optimisme en cette fin de semaine au pays de Philip Morris et Novartis, où la chaîne du cancer est assurée de la production jusqu'au service après-vente. C'est désormais scientifiquement prouvé, il reste au moins un journal indépendant et intègre en Suisse. Il s'appelle Vigousse. Tandis que les médias du tabagisme helvètes nous ont pris la semaine dernière pour des Mickeys prêts à gober un hoax de plusieurs centaines de fois la dose quotidienne, le petit satirique romand vaporise le "cancer de la désinformation". "Les médias ont fait leurs gros titres sur une fumeuse étude proclamant que le vapotage était cancérigène. Et encore une fois, c'est du vent", croque Stéphane Babey. "Signalons en vrac quelques unes des innombrables failles", relève le jurassien, "l'échantillon est ridicule, avec dix individus testés. Les quantités de nicotine ingurgitées par les souris sont astronomiques et sans aucune mesure avec un vapotage normal".

Ce buzz qui tue s'est répandu comme la peste malgré les dénonciations de scientifiques. Mais si dans d'autres pays quelques médias consciencieux ont démonté l'enfumage, en Suisse, aucun n'avait encore osé défier cette propagande pour le tabagisme. "Le mal est donc fait et la désinformation se propage comme une mauvaise odeur de mégots froids. Pendant ce temps, les cigarettiers se frottent les mains devant cette bonne propagande gratuite offerte par la presse à sensation. De nombreux fumeurs vont renoncer à essayer le vapotage et continuer de payer leurs clopes qui, elles sont garanties 100% cancérigènes", déplore Stéphane Babey. Le numéro de l'hebdo, à la traditionnelle et inénarrable page 17, reste en vente dans les meilleurs kiosques romands jusqu'à jeudi. En plus, il y a des dessins.


samedi 10 février 2018

Vape, pneumocoque, ERS et Philip Morris: Qui est infecté?

"Il n'y avait aucune différence du niveau de récepteurs du facteur d'activation plaquettaire (PAFR) au départ entre les 11 vapoteurs et les six personnes du groupe témoin". L'étude publiée par le journal de l'European Respiratory Society (ERS) a analysé des cellules épithéliales du nez de onze vapoteurs au long cours et celles de six personnes qui n'ont jamais fumé ni vapoté. Sur les onze vapoteurs exclusifs, depuis au moins trois mois et jusqu'à huit ans pour le plus ancien utilisateur, dix vapotent au quotidien, le dernier qu'une à deux fois par semaine. Les concentrations en nicotine de leurs liquides vont de zéro à 24 mg/ml (pour trois d'entre eux). Comme le précise la citation plus haut des auteurs menés par Lisa Miyashita, de la Queen's Mary University de Londres, l'analyse ne montre à ce stade aucune différence notable entre ces vapoteurs et les jamais fumeurs ni vapoteurs du groupe témoin.

Pas de différence significative sur les principaux échantillons

Ce résultat, sur un panel très réduit de personnes, coïncide avec d'autres études montrant la réduction flagrante de problèmes respiratoires en général, et d'infections en particulier, chez les ex-fumeurs passés au vapotage exclusif. "La partie la plus pertinente de l'article concerne les cellules prélevées sur des personnes qui ne fument ni ne vapotent et des vapoteurs avant et après le vapotage. Ici, il n'y avait pas de différence dans l'expression de PAFR entre vapoteurs et non-vapoteurs dans les échantillons principaux!", souligne le Pr Peter Hajek, également de la Queens Mary University de Londres mais pas dans l'équipe de cette recherche, dans une réaction critique publiée sur le Science Media Center

Sur près de 1'000 vapoteurs, 66% de diminution d'infections pulmonaires


"Les données provenant de personnes, contrairement à celles sur des cellules ou des animaux exposés de manière très différente, ne montrent aucun signe que vapoter rende plus vulnérable à l'infection. En fait, elles pointent en sens opposé. Des travaux antérieurs suggèrent que les ex-fumeurs passés du tabac au vapotage signalent non pas une augmentation, mais en fait une diminution significative des infections respiratoires", poursuit le Pr Peter Hajek se référant notamment à une étude sur 941 vapoteurs qu'il a co-signé avec le Pr Berndt Mayer et Johanna Miler publiée en 2016 dans le Journal of addiction and therapy.

Une augmentation temporaire du récepteur du facteur d'activation plaquettaire en prise aiguë

Cependant, les chercheurs de l'étude publiée par l'ERS ne se sont pas contentés de ce résultat. Ils ont multiplié les tests après usage, ainsi que sur des cellules in vitro et des souris. "Les niveaux de RFAP dans les voies aériennes supérieures ont été mesurés chez l’ensemble des sujets. Avant vapotage (pour le groupe test), les niveaux de RFAP étaient les mêmes dans les deux groupes. Une heure après vapotage, les niveaux de RFAP avaient triplé chez les vapoteurs. Le fait que les niveaux avant vapotage ne soient pas augmentés chez les vapoteurs semble signaler que l’augmentation de l’expression de RFAP n’est pas persistante dans le temps", résume le Quotidien du Médecin en français.

Un indice indirecte


Les chercheurs publiés par l'ERS estiment cela inquiétant. "Ces résultats dans leur ensemble suggèrent que le vapotage rend les voies aériennes plus vulnérables aux pneumocoques", explique Jonathan Giggs, auteur référent de la publication. A l'opposé, le Pr Peter Hajek souligne que "l'étude a seulement noté un effet aigu transitoire après le vapotage. Il n'est pas clair de quelle manière cela peut se traduire par des effets sur la santé"

Même scepticisme prudent sur les enseignements que l'on peut tirer de cette étude, du côté du Pr Peter Openshaw, directeur du Centre sur les maladies respiratoires infectieuses de l'Imperial College de Londres. "Les résultats de cette étude sur les cellules cultivées en laboratoire et chez la souris suggèrent que le vapotage pourrait rendre les cellules tapissant les voies respiratoires plus collantes et donc plus sensibles à la colonisation bactérienne, mais ce n'est qu'un indice indirecte que le vapotage puisse augmenter le risque d'infection pulmonaire chez les humains", explique t-il aussi sur le Science Media Center.

"Cette étude ne doit pas être une raison pour continuer de fumer plutôt que de vapoter"


Le Pr Openshaw estime que cette étude est loin d'être suffisante, à l'opposé des conclusions médiatiques. "Nous avons besoin de plus amples recherches pour déterminer l'effet de vapoter sur la susceptibilité à la pneumonie en comparaison avec les fumeurs.(...) Cette étude ne devrait pas être utilisée comme une raison de continuer de fumer plutôt que de vapoter. Les preuves à ce jour sont que le vapotage est beaucoup moins nocif que le tabagisme", conclut le spécialiste. Pour sa part, le Dr Jean-Yves Nau ironise férocement sur la publication du Quotidien des médecins à propos de cette étude : "Rage: la vapeur de la cigarette électronique peut-elle la transmettre aux vapoteurs"

Autrement dit, les personnes sérieuses donnent peu, pour rester mesuré, de crédit à cette publication. De quoi se demander pourquoi l'ERS a divulgué aux médias ce message alarmiste à la mise en forme définitive sur la base de cette vague étude aux résultats trop faibles pour en tirer quelconque conclusion sérieuse? On ne sait pas.

L'ERS, la pharma et Philip Morris


On ne sait pas non plus les liens d'intérêt des auteurs, dont la déclaration ne se trouve que sur le site de la revue réservé aux abonnés. Ce qui n'est pas mon cas. Cependant, l'ERS précise dans le formulaire de déclaration d'intérêts lors de soumission que toute personne ayant reçu une allocation ("grant") depuis le 1 janvier 2000 de la part de l'industrie du tabac est exclue. Un critère dont il n'est pas très clair s'il s'applique à l'ERS même. Le listing de cinq pages (voir plus bas) des sponsors 2017 de l'ERS compte diverses entreprises, en large part du secteur pharmaceutique. Merck, Novartis, Astrazaneca, GSK, Bayer, Roche, Sanofi... etc.... et Teva Pharmaceutical.

Teva est une boite pharmaceutique israélienne dont le chiffre d'affaires annuel approche les 26 milliards de dollars. En novembre 2016, Teva a signé un accord de partenariat avec Syqe pour avoir l'exclusivité de distribution d'un intéressant inhalateur de cannabis thérapeutique. Syqe est elle-même une start-up israélienne créée en 2011 dans la banlieue de Tel-Aviv. Dix mois avant l'accord entre Syqe et Teva, en janvier 2016, Philip Morris a investis a investis 20 millions de dollars dans le capital de Syqe. C'était avant le partenariat entre la start-up et Teva, mais aussi avant le sponsoring 2017 de l'ERS par Teva. 


mercredi 31 janvier 2018

Un parlementaire Suisse accuse 20 Minutes d'être à la solde des cigarettiers

L'accusation est au centre de l'argumentation d'une motion déposée en décembre au Conseil national. "Les magazines gratuits 20 Minutes et Friday jouent un rôle majeur dans la publicité pour le tabac", explique Niklaus Gugger, du Parti évangéliste. Le député zurichois affirme que l'industrie du tabac a dépensé pour la seule année 2013, plus de 21 millions de francs pour la publicité en Suisse. En plus des publicités présentées comme telles, il dénonce les publireportages accompagnant le message tabagique. "D'une part, des annonces publicitaires sont encadrées par des contenus rédactionnels, ce qui contribue à banaliser la publicité pour le tabac ; d'autre part, des annonces en faveur du tabac sont placées sur les pages "people" pour associer la fumée au monde du show-business", stipule sa motion contre la "publicité du tabac dans les médias traditionnels ou numériques".

Le buzz qui tue

La Une du jour du quotidien gratuit donne du crédit au soupçon du membre du groupe démocrate-chrétien (PDC) au parlement. Assimilant le vapotage au tabagisme, le tabloïd affirme qu'il "serait aussi à l'origine de cancers". Bien qu'aucun cas de cancer lié au vapotage n'ait été détecté dans la population. Le gratuit s'appuie sur un article de l'AFP relatant de manière biaisée les résultats d'une étude américaine sur des souris, dont aucune n'a développé de cancer, et qui n'a pas encore été révisée par des pairs. Pourtant, Moon Shong Tang, auteur principal de l'étude, précise clairement que les résultats ne permettent pas d'évaluer un éventuel risque cancérigène humain. "Nous ne pouvons pas le deviner à partir de nos données", déclare t-il à US News.

Les scientifiques sérieux au Royaume-Uni, en France, en Italie et en Allemagne notamment, ont tous pris leur distance avec l'interprétation douteuse qu'en a fait l'AFP hier, reprise aujourd'hui par le 20 Minutes romand. "Cette étude ne démontre rien du tout au sujet des dangers du vapotage. Elle ne prouve en rien que le vapotage cause le cancer"déclare au "Guardian", le Pr Peter Hajek, directeur de l'unité de recherche sur la dépendance au tabac de l'Université Queen Mary de Londres. En Allemagne, Ute Mons, directrice du Centre allemand de recherche sur le cancer, un organisme réputé hostile au vapotage, donne peu de crédit au buzz. "En ce qui concerne l'applicabilité des résultats aux humains, je suis très sceptique", explique t-elle au Berliner MorgenPost.

Pousser les fumeurs à continuer la cigarette

En France, le Pr Bertrand Dautzenberg s'agace de l'enfumage. "On n'est pas dans la vérité scientifique, mais dans la manipulation", dénonce le pneumologue de l'hôpital de la Salpétrière dans Paris-Match. "Une nouvelle comme celle-là est susceptible de tuer des gens. Cela va totalement à l'encontre de la santé publique", poursuit-il, "le résultat est que certains vont arrêter de vapoter et reprendre le tabac". Peut-être est-ce là, la bonne nouvelle espérée des annonceurs cigarettiers du 20 Minutes.ch ? 

En Suisse, plus de 25% de la population fume. Près de 10'000 personnes meurent prématurément à cause du tabagisme chaque année et des millions de fumeurs contractent des maladies liées ou favorisées par le tabagisme, occasionnant des milliards de dépenses en médicaments. Mais, en dépit des entraves fédérales, le vapotage est devenu depuis 2015 le moyen le plus utilisé par les fumeurs pour quitter les cigarettes, selon le Monitorage Suisse des addictions. De quoi effrayer les lobbys qui vivent de ceux qui meurent du tabagisme ? 


lundi 29 janvier 2018

Vape, diacétyle et malades imaginaires: l'étrange parcours d'un hoax depuis un site conspi jusqu'à Gentside et Ohmymag


Levons le suspense de suite: non, il n'y a aucun nouveau malade des poumons apparu à cause de diacétyle dans les liquides de vapotage. Pourtant il y a de quoi être vraiment inquiet. Ce que révèle le buzz massif orchestré  à propos de malades imaginaires de la vape ces derniers jours sur le net francophone est d'un tout autre ordre. Comment un article paru en juillet dernier sur un obscur site conspirationniste a été repris presque mot à mot sur l'ensemble des sites du quatrième groupe de presse numérique français ? Puis la pseudo info validée avec des propos vaguement adoucis par d'autres publications. Entre deux, une diffusion massive sur la toile en jouant des leviers de "viralisation" sur les réseaux sociaux par des 'key opinion leaders', les influenceurs clefs du succès de l'infomarketing du groupe Cerise, à qui appartient Gentside et Ohmymag. Une opération innocente pour alerter le public d'un potentiel danger ? On se permet d'en douter.

Des extra-terrestres au diacétyle en passant par les hologrammes

Entre la "révélation" de la présence sur terre d'extra-terrestres, qui auraient déjà ravi des postes de pouvoir, une "démonstration" de l'origine juive d'Adolph Hitler, justifiant probablement son plan de création d’Israël dés 1933, ou la "preuve" de l'absence d'avion le 11 septembre 2001 au World Trade Center, dont des hologrammes auraient mimé la percutante présence, l'article sur l'apparition de nouvelles maladies causées par le vapotage pouvait passer pour un gentillet fait divers sur le site 'les Moutons Rebelles' le 20 juillet dernier.

Étrangement le site, répertorié dans la sphère des sites de "ré-information", signe l'article tout en créditant une source sans lien direct. La dite source, le site Heureu, n'a en fait publié l'article que trois mois plus tard, le 19 octobre. Celui-ci, signé de "Claire" sans autre mention, est le même que celui des Moutons Rebelles. Heureu propose la publication d'articles aux lecteurs. Pour cet article aucune source, aucune déclaration d'intérêt, aucun nom n'éclaire sur l'origine de l'écrit. Quoi qu'il en soit, cet été et cet automne voient surtout l'article des Moutons Rebelles diffusé massivement sur les réseaux sociaux, bien au-delà du seul cercle conspirationniste.

Les malades imaginaires

Le texte se présente selon une forme rhétorique assez typique des écrits complotiste. Un peu de vrai sur lequel s'appuyer pour dérouler un discours sans preuve, mêlant les implicites laissés à l'imagination du lecteur et les biais logiques pour constituer le véritable message transmis: le vapotage rend malade. Même en l'absence d'un quelconque malade. Ici cela part d'une étude de 2015 de chercheurs de Harvard qui avaient mesuré la présence de diacétyle dans 39 liquides sur 51 testés. On notera que l'échantillon est trop faible, sur les dizaines de milliers de liquides existants alors, pour en extrapoler sérieusement un pourcentage représentatif. Mais surtout, les taux mesurés de diacétyle (2,3 butanedione) dans ces liquides, en dépit de la sélection des chercheurs, sont extrêmement minimes. En moyenne, 9 part par milliard dans les aérosols dégagés par les vapoteuses.

Mis à part un liquide, un"schapps pêche" plus concentré, les 38 qui présentent des émanations de diacétyle sont de l'ordre de ce que l'on respire en préparant un café. Pas beaucoup plus qu'en humant un verre de vin, en respirant lorsqu'on mange du fromage, du beurre ou de la crème fraîche. Moins qu'en cuisinant au beurre, en réchauffant un plat surgelé ou en faisant des frites. Ah oui, c'est quelque chose que les médias oublient de préciser: le diacétyle est naturellement présent dans la plupart des produits laitiers, boissons fermentés ou alcoolisées, et même certains fruits. On le trouve aussi, sous forme synthétique, ajouté à quantité de produits alimentaires pour une raison gustative. Frites, plats déjà préparés, pains, biscuits, gâteaux et, évidemment, le pop-corn. C'est le pop-corn qui a rendu tristement célèbre la molécule.

Le grand écart

En mai 2000, une étude sur 135 ouvriers d'une usine de pop-corn pour micro-onde dépiste huit bronchites obstructives (bronchitis obliterans) parmi eux. Cette maladie est en temps normal extrêmement rare. Les mesures des chercheurs montrent que la prévalence des problèmes respiratoires est corrélée aux niveaux d'exposition au diacétyle. Les taux relevés dans l'usine de pop-corn allaient jusqu'à 780 parts par million dans la salle de mélange. Contre 9 parts par milliard avec le vapotage dans l'étude de Harvard. 

Ah oui, je ne vous ai pas encore dit: il y a aussi du diacétyle dans la fumée de cigarette. Environ 750 fois plus que dans le vapotage, comme le souligne à l'époque le Pr Michael Siegel, de l'Université de Boston, se référant à une étude de 2006. Le Pr Konstantinos Farsalinos, s'appuyant sur sa propre recherche de 2014, estimait que ces liquides de vapotage ne dégageait que de dix à cent fois moins de diacétyle (et acetyl proponyle, une molécule similaire) que la fumée de cigarette. A savoir que, bien que fumer provoque énormément de problèmes de santé, la bronchite obstructive ne touche pas particulièrement les fumeurs.

Pour qui suit les affaires du vapotage, tout cela semble une vieille histoire réchauffée au micro-onde. Depuis l'étude du Pr K. Farsalinos, les usagers ont poussé les fabricants de liquide à professionnaliser leur pratique sur le sujet, comme le contait un article du Vaping Post en 2015. Il est devenu à peu près incontournable d'exclure le diacétyle (et similaires). Au Canada, l'association des professionnels de la vape (ECTA) avait été pro-active avec un code de bonnes pratiques, des producteurs américains ont utilisé l'argument de l'absence de diacétyle dans leur marketing. Certains qui ont renâclé à suivre le mouvement y ont perdu des plumes. Tout ceci s'est passé sans que les médias ne s'y intéressent. En France, la norme Afnor a fixé ce point d'une pratique déjà largement adoptée, comme l'explique le Pr Bertrand Dautzenberg en 2015 à Europe 1.

"On crée de l'audience pour les marques"

Pour les vapoteurs avertis, il y a donc de quoi ne pas vraiment prendre au sérieux les articles qui trois ans après, sonnent l'alarme d'un "problème" réglé sans avoir généré aucun malade. Mais c'était sans compter sur la force de frappe de Cerise. Le groupe de média numérique spécialisé dans le native advertising, une forme réactualisée de publirédactionnel, est quatrième en audience en France. Gentside, pour les mâles, Ohmymag, version femelle, sont ses navires amiraux sur la toile. La recette est simple. Présenter de la publicité comme si c'était de l'information ou du divertissement. "Faire beaucoup d’audience en soi n’est pas notre ADN. Si ce n’est pas monétisable, cela ne nous intéresse pasOn crée de l’audience pour les marques", explique Benjamin Tolman, un des deux cofondateurs, en 2015 au Monde. 

"Nous voulons être un coin du triangle formé par l’internaute, les marques et le média", précise son associé Denis Marchant au même journal. Cette triangulation, le site du groupe Cerise la présente sous les concepts de brand publishing sur mesure appuyé par une "viralisation" des contenus. Le Monde évoque l'idée "de rémunérer les médias (...) amenant de l’audience. Les patrons de Cerise estiment ce concept très prometteur". La clef est donc de trouver des relais pour répandre de manière ciblée, efficace et large les messages publicitaires grimés en infotainment. Les influenceurs, ou key opinion leaders, sont l'élément charnière des campagnes. 

Groupe d'opération spéciale

En résumé, si vous avez un peu de mal avec le jargon du marketing, Cerise vend du temps de cerveau disponible à des marques en ciblant les cervelles les plus susceptibles d'être touchées par le produit. Il n'y a aucune information sur les sites Gentside et Ohmymag. Il n'y a que de la publicité déguisée en article. Le produit vendu aux marques, c'est vous. Et pour faire le buzz, des influenceurs sont payés pour faire tourner ces articles dans les populations visées, sans trop en avoir l'air évidemment. Racheté en 2016 par le géant Prisma Media, le groupe Cerise a approfondi la démarche de manipulation de masse avec des "opérations spéciales". "Composé d’une quinzaine de personnes le pôle Content Creative & Social mobilise selon les besoins un vivier de talents créatifs d’influenceurs, de directeurs vidéos, d’experts sociaux, de directeurs éditoriaux", explique un communiqué de Prisma Media le 7 décembre dernier.

Ceci éclaire la blitzkrieg virale de la semaine dernière. Tour à tour les sites du groupe Cerise ont repris l'article diffusé six mois plus tôt par les Moutons Rebelles. A noter que Gentside et Ohmymag ont rapidement ré-écrit l'article, sans le mentionner sur leur site ni en modifier la ligne éditoriale, après que la source initiale ait été éventée. Les articles de Foozine, Gentside et Ohmymag, Ubergizmo et Epoch Times ont été répandus sur les réseaux sociaux par des influenceurs. Puis enfin repris évidemment par les quidams. Des personnes ayant récemment arrêté de fumer à l'aide du vapotage ont vu ainsi leur page personnelle assaillie de connaissances les alertant qu'ils allaient mourir sous peu.

Hystérie orchestrée

Cette hystérie très finement orchestrée à toucher des millions de personnes. Mal informés sur le dossier, d'autres médias se sont emparés de manière passablement maladroite du sujet. "Passablement maladroite" étant un euphémisme de politesse. Un peu au-dessus de la mêlée un article de 20 Minutes à équilibré le débat. Soulignons le bon réflexe d'André Bercoff sur Sud Radio qui a contacté un usager, en la personne de Claude Bamberger, le président de l'association Aiduce. En dehors de cela, un joli marasme de l'information à la française, y compris sur des médias sensés être spécialisés sur les questions de santé et qui n'ont pas même essayé de chercher des réactions scientifiques à l'article datant de trois ans, pourtant celle du Pr Dautzenberg était passée sur Europe 1.

L'interview de Claude Bamberger (Aiduce) par André Bercoff, extrait de l'émission sur Sud Radio:

Il y a évidemment quelque chose de troublant de voir un article publié initialement par un site conspi, aux thèses peu conformistes, être repris texto par une escadrille de sites grand public. Même si Gentside et Ohmymag l'ont finalement ré-écrit et ont produit leur propre vidéo, une spécialité de ces sites. Mais au-delà de l'étrange parcours du texte, la question de l'identité du commanditaire de l'opération spéciale anti-vapotage s'impose. La publication du même texte, s'appuyant sur une veille étude pas très pointue et débunkée depuis longtemps, en quelques heures sur une multitude de sites ne doit rien au hasard. A cette question, je n'ai pas de réponse. Mais on peut faire des hypothèses.

Sauver le tabagisme ?

La première qui vient à l'esprit est évidemment l'intérêt des cigarettiers de convaincre des millions de fumeurs de le rester sans tenter de passer au vapotage, voire de récupérer des vapoteurs affolés dans leur clientèle captive. On peut aussi lorgner du côté des grandes manœuvres actuelles des buralistes français pour tenter de mettre la main exclusive sur la vente du vapotage. La semaine dernière un fournisseur de liquide de vape qui distribue exclusivement aux buralistes a mis en cause, de manière grotesque, la qualité des liquides vendus en magasins spécialisés. Ajouté au soutien décomplexé du Ministre du budget Gérard Darmanin au projet de Monopole des buralistes sur la vente de produits de vapotage, l'hypothèse un peu tordue n'est pas sans présenter un mobile financier de poids.

Une autre piste s'appuie sur le précédent historique des Nicorettes. Pendant une vingtaine d'année, de sa création en 1971 jusqu'à la fin des années 1980' après une longue bataille pour leur mise sur le marché, les gommes nicotinées ont fait face aux accusations d'être un produit pour pervertir les enfants en les rendant accros à la nicotine et de provoquer des crises cardiaques. Tout comme dans le bad buzz actuel sur la vape, ces accusations sont parties de chercheurs se présentant comme anti-tabac. Une étude, menée de manière aussi médiocre que celle sur la présence de diacétyle dans certains liquides, avait alerté sur les risques cardio-vasculaires des Nicorettes à cause de l'augmentation du rythme cardiaque chez des non-fumeurs après en avoir utilisé.

Les crises cardiaques imaginaires des Nicorettes

Cette junk study s'est mue en une floppée d'articles alarmistes sur les risques de crises cardiaques dans la presse, puis au fil du temps, en hoax annonçant régulièrement de soi-disant décès à cause des Nicorettes, morts tout aussi imaginaires que les actuels malades du vapotage. On n'a jamais très bien su qui commanditait ces hoax. Beaucoup ont soupçonné les cigarettiers. Mais l'origine de la peur infondée est certaine: ce sont des articles de chercheurs anti-tabac d'obédience pro-abstinence, pas des cigarettiers. Peut-être faut-il préciser que les grandes firmes pharmaceutiques ont pu racheté l'entreprise AB Leo a un bon prix alors que celle-ci était étranglée par la bataille juridico-politique de la mise sur le marché des Nicorettes.

Actuellement, Pfizer fait le forcing en coulisse et dans la communication pour imposer son Champix - une mauvaise copie synthétique de la cytisine, interdite de vente sans raison en Europe de l'Ouest - comme unique produit de sevrage tabagique. Des poids lourds de l'influence sur le monde anti-tabac, tel que Stanton Glantz et l'australien Simon Chapman, attaquent de nouveau les substituts nicotiniques pour convaincre qu'ils produisent plus de tabagisme qu'ils n'en évitent. Derrière l'offensive contre les gommes nicotinées, c'est le vapotage la véritable cible, et au-delà l'idée même de laisser libre la consommation de nicotine sur des modes à méfaits réduits. Voire, dans le cas du puritanisme intégriste de Simon Chapman, toute forme d'aide à l'arrêt pour les fumeurs.

Construire le socle d'une culture de la minimisation des méfaits

Il est difficile de réagir à des bombardements de désinformations crasses jouant des peurs et des émotions. Des millions de fumeurs n'ont pas tenté d'arrêter avec les Nicorettes durant les années 1980' à cause de ces mensonges. Beaucoup auraient échoué avec ces gommes, il est vrai. Mais l'opération spéciale de ces derniers jours laissera sur le carreau beaucoup de fumeurs. Un noyau de vapoteurs a réagi sur les réseaux sociaux en portant la contradiction sur les sites ou les pages Facebook des médias diffusant le hoax sur les malades du vapotage. Dans un cas, cela a porté ses fruits. La page Facebook des "anonymous France" a retiré l'article après avoir vérifié son contenu suite aux alertes. L'article de 20 Minutes "Fake Off" suit aussi des réactions du public. Mais cela reste peu en regard de l'énorme machine médiatique qui a été mobilisée pour enfumer le public.

A mon sens, le monde du vapotage n'a pas d'autre choix pour survivre à terme que de construire un solide socle d'une culture de "réduction des risques". C'est une réponse de longue haleine. Lorsque un assez large public sera suffisamment informé et capable de décrypté de telles conneries, ce type d'enfumage tombera à plat. A ce titre pour le moment, les moyens de construire cette culture ne sont pas donnés, du moins pas suffisamment. Il est, un exemple parmi d'autres, regrettable que des commerçants de la vape assez importants pour financer des sites à travers leur publicité, privilégient ceux qui s'adonnent aux mêmes logiques de racolage que le premier Gentside venu. Tandis que spécialistes, associations et médias sérieux manquent de moyen pour produire du contenu intelligent. Il y a là un décalage étrange entre ce qui est fait et ce qui est dit. A ne pas le saisir, la vape risque de rester désarmée encore longtemps.



mercredi 24 janvier 2018

Suisse romande: un professionnel de la vape atomise l'enfumage de la RTS

"On peut effrayer les gens sur n’importe quel sujet en disant presque la vérité, mais pas toute. Il suffit d’appliquer un traitement négatif. C’est ce que vous avez réussi au sujet de la vape vendredi". La lettre ouverte de Nicolas Michel  réagit au reportage du journal télévisé 19:30 du 12 janvier de la télévision romande RTS.  En 2 mn, la RTS avait déclenché une vindicte contre les professionnels du vapotage romands, accusés de pervertir les enfants avec des produits dangereux. Dans sa lettre, le porte-parole romand de l'Association indépendante des professionnels de la vape en Suisse (SVTA) pulvérise en quelques lignes les propos artificiellement anxiogènes assénés par le médecin cantonal fribourgeois Chung-Yol Lee dans un montage serré et sans contrepoint du 19:30. "L'eau est un solvant. Elle peut contenir des traces de métaux lourds. Et boire à la bouteille dans la rue pourrait re-normaliser l'alcoolisme", pastiche le tenancier de la boutique lausannoise Fumerolles. Il montre ainsi que l'on peut appliquer à l'eau les propos tenus sur le vapotage dénués de tout mise en perspective d'une échelle de dangerosité et de contextualisation.

Le "grand problème" de la RTS

La rédaction de la RTS en fera t-elle un sujet d'alerte sur la propagation du monoxyde de dihydrogène parmi les jeunes avec des techniques de marketing jouant sur l'attractivité des couleurs et des arômes de sirops ? On peut s'attendre à tout. Aux plaintes du public romand sur ce reportage, digne des plus belles années de la télévision soviétique, Alain Hertig, rédacteur-en-chef adjoint de la rubrique actualité, a rappelé que "le grand problème" avec le vapotage est qu'il ne tombe pas "sous le coup de la loi sur les produits pharmaceutiques". Prépare t-il son CV pour briguer une place de chargé de comm' chez Novartis ou voulait-il illustrer sa totale incompétence sur le sujet ? Mystère. 

Moins taquin que moi-même, Nicolas Michel souligne que le soi-disant "grand problème" de contrôle de qualité des liquides à vapoter n'existe que dans la tête du rédacteur-en-chef adjoint. "En Europe, suite à la TPD (directive sur les produits du tabac) chaque e-liquide vendu doit faire l’objet d’une notification. C’est ainsi que 89’000 e-liquides ont été analysés en laboratoire, créant un nouveau segment de marché sans pour autant diminuer les cas d’intoxications qui n’existaient déjà pas avant. Il est donc possible de les analyser tous, et ils le sont", rappelle factuellement le professionnel du vapotage.

La pluralité d'opinion en mode pensée unique

Contre le mensonge de la RTS présentant l'avis discutable du Dr Chung-Yol Lee comme l'unique vérité scientifique, le représentant de la SVTA rappelle les rapports scientifiques sur le sujet. "Les méta-analyses existantes sur la vape concluent à une réduction des risques d’au moins 95% et à l’absence d’effet passerelle", souligne Nicolas Michel, se référant implicitement aux travaux du Public Health England (2015), du Royal College of Physicians UK (2016), de l'Université de Victoria au Canada (2017) et au rapport américain mandaté par l'organisation Truth Initiative (2017).

Même en Suisse des professionnels de santé se prononcent en faveur de l'outil de minimisation des méfaits. Bien que la RTS ait été le seul média mainstream a la black-outé, la Fédération des professionnels des addictions a pris position en novembre dernier pour ré-orienter la politique sur le tabagisme et y intégrer le pilier de la réductions des risques, le vapotage se présentant comme l'outil actuellement le plus probant. De nombreux tabacologues de terrain en Suisse constatent l'efficacité de la vape (Dr JP Humair, des HUG), réfléchissent à son rôle de santé publique (Pr JF Etter de l'Institut de santé globale de l'Université de Genève), et la prennent en considération dans leur approche (Dr Jacques Cornuz de la Policlinique de Lausane).

Cacher l'échec de la voie de l'abstinence

Il est vrai qu'à l'opposé le lobby de la pharma et les tenants de l'abstinence, seules voix autorisées au JT de la RTS à ce sujet, cultivent doute et peur envers le vapotage, convaincant ainsi les fumeurs de se maintenir dans le tabagisme. Le rédacteur de la lettre ouverte à la RTS le note. Le reportage a non seulement salit l'image du vapotage mais passe sous silence le massacre humain du tabagisme auquel il s'oppose. "Malgré des décennies de luttes anti-tabac, environ 30% de la population Suisse fume. La lutte contre le tabac est un échec. (...) Interdire aux jeunes fumeurs l’accès au moyen le plus efficace pour arrêter de fumer ne protège pas les jeunes, cela protège le tabac". La RTS osera t-elle faire un travail de journalisme honnête sur le sujet? Parait-il qu'elle est garante de la liberté d'expression, de pluralité d'opinion et d'information de qualité. Cela devrait donc couler de source...



mercredi 17 janvier 2018

La RTS communique l'unique véritable Vérité sur la vape et les enfants à Fribourg

Ne vous laissez pas abuser, toute ironie dans les propos suivants serait purement fortuite. Après son illuminant reportage sur le vapotage et les enfants à Fribourg, la Radio Télévision Suisse (RTS) communique l'officielle, unique et éternelle véritable vérité sur le vapotage. "Le grand problème c’est que pour l’heure les liquides tombent sous le coup de la loi sur les produits usuels et non pas sous le coup de la loi des produits pharmaceutiques", explique avec une précision chirurgicale Alain Hertig. L'éclairé Rédacteur-en-chef adjoint de la section Actualité de la RTS répond ainsi par mail à quelques brebis égarées du public romand prises de doutes devant le sujet de la RTS. 

Mais point de doute à avoir. L'absence de fait d'actualité ne peut faire vaciller la flamme du téléjournal pour offrir dans sa bienveillance la pure objectivité transcendante. "Dans le 19.30, nous avons diffusé un reportage sur le vapotage, précisant que pour l’instant l’e-cigarette sans nicotine pouvait être vendue à des mineurs", assure courageusement le Rédacteur-en-chef Alain Hertig à ses auditeurs ébaudis de tant de justesse et de précision dans la révélation de la pure vérité.

A raison nos vaillants soldats de la liberté d'expression fédérale ont bravé les frimas de l'époque pour interroger le vénérable Dr Chung-Yol Lee, détenteur des éclairs de la pensée de la doctrine de Stanton Glantz. Alain Hertig, soucieux de faire saisir la didactique profonde du médecin cantonal fribourgeois à sa population, reprend le propos dialectique. "Il y a aussi la «renormalisation» de la fumée car éventuellement des jeunes qui n’auraient jamais fumé en commençant par les cigarettes électroniques reprennent les cigarettes traditionnelles", révèle le Rédacteur-en-chef adjoint. Des enfant qui n'ont jamais fumé pourraient reprendre la cigarette. Et des vapopervers ne voudraient rien faire face à cette diablerie ! Heureusement, la RTS veille à la pluralité intégrale de l'information unique et lumineuse.

Fausse nouvelle même pas vraie

Et cette oeuvre éclairante s'exerce malgré des tentatives malveillantes et retorses de déstabilisation de la Radio Télévision Suisse. En effet, selon une autre source, une fakenews circulerait sur les réseaux sociaux. Là aussi, Fribourg, enfants et vapotage sont au cœur du sujet. "Une horde de vapoteurs dévorent en ce moment même des enfants en ville de Fribourg. Déchaînés, ils attaquent sauvagement bébés, chiots et chatons, semant la terreur", répand sur internet cette fausse nouvelle surmontant une photo d'un acte barbare semblant avoir été prise dans les rues fribourgeoises.

Pour l'honneur et la sauvegarde de la sécurité et de l'intégrité de la population, la RTS mène discrètement l'enquête sur les réseaux sociaux. Connaissant bien son public, les journalistes s'inquiètent que cette fausse nouvelle pas vraie ne soit prise au sérieux par mégarde. D'autant plus qu'elle intervient après une autre affaire concernant les enfants et le vapotage à Fribourg. Heureusement d'après un résident sur place, la cité au bord de la Sarine n'a pour l'heure pas été prise de mouvement de panique.

P.S. Je compatis avec mes amis qui essaient d'argumenter contre No Billag que la RTS est garante de la pluralité d'opinions et de qualité d'information. Vous n'êtes pas aidés. Bisous.