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samedi 12 mai 2018

Etude DEBRA: la vape reste le moyen d'arrêt tabagique le plus utilisé en Allemagne malgré la TPD

Près d'une tentative d'arrêt tabagique sur dix se fait à l'aide de la vape en Allemagne. Hors les tentatives sans aucune aide (58,7%), le vapotage est le moyen le plus employé par les fumeurs allemands pour se sortir du tabagisme devant les substituts nicotiniques (6%). C'est un des résultats du suivi DEBRA, institué depuis 2016 en suivant l'exemple anglais, publiés par Deutscher Aerzteblatt, la revue médicale allemande. L'étude menée par le Pr Daniel Kotz, de l'Université de Dusseldorf, s'appuie sur six sondages entre juin 2016 et mai 2017 totalisant plus de 12'200 répondants âgés d'au moins 14 ans. 

Plus de 28% de fumeurs, moins de 2% de vapoteurs

Ce monitorage évalue la prévalence tabagique à 28,3% chez les plus de 14 ans, avec une consommation moyenne de 14 cigarettes par jour. Les fumeurs sont 32% des hommes et 25% des femmes, tandis que 11,9% des 14-18 ans fument. Les plus défavorisés socialement sont plus nombreux à consommer des cigarettes. "Le diplôme et le revenu net des ménages montrent tous deux une relation linéaire: plus le certificat de fin d'études et le revenu sont bas, plus la proportion relative de personnes qui fument est élevée", expliquent les chercheurs. 
Caractéristiques sociologiques vapoteurs, ex-vapoteurs et jamais vapoteurs

Concernant la vapote, 1,9% de la population l'utilise actuellement, 2,6% des hommes et 1,3% des femmes. Parmi les vapoteurs actuels, 14% déclarent être ex-fumeurs. Tandis que 15,2% de ceux qui ont utilisé puis cessé la vapote avaient aussi arrêté de fumer. "La consommation parmi les personnes n'ayant jamais fumé de tabac est très faible (0,3%)", précise l'étude. Près d'un dixième de la population adulte a essayé de vapoter dans l'année ainsi que 14,6% des 14-18 ans, mais seuls 2,9% des 14-18 ans l'utilisaient encore au moment du questionnaire.

Un effet TPD en faveur du tabagisme ?

La prévalence du vapotage a augmenté de façon continue lors des cinq premières vagues du suivi (tous les 2 mois de 0,2% à 0,5%). Mais entre février 2017 et la sixième vague en mai, ce taux a chuté de 2,6% à 1,9%. "En mai 2017, la nouvelle directive de l'UE sur les produits du tabac (TPD) est entrée en vigueur après une période de transition d'un an, pour réglementer entre autres le vapotage plus fortement. Il y a peut-être un lien ici: la nouvelle législation a peut-être réduit le nombre de fumeurs de cigarettes consommant des produits de vape et, par conséquent, moins de gens ont cessé de fumer", soulignent les auteurs.
DEBRA juin 2016-mai 2017

Plaisir et arrêt du tabac


72% des vapoteurs allemands utilisent des liquides nicotinés, à une concentration moyenne de 6,5 mg/ml et en consommant en moyenne 3 ml par jour. Les 28% restant vapotent sans nicotine. Les différentes raisons invoquées par les utilisateurs de vape sont le plaisir (31,8%), en particulier celui lié aux saveurs (35,9%), le moindre coût que les cigarettes (31,9%), l'impact positif pour leur santé (31,4%), la moindre gêne pour leur entourage que les cigarettes (29,7%), ainsi que la réduction (33,5%) ou l'arrêt total du tabagisme (27,5%).

La vape aide autogérée pour l'arrêt tabagique

Concernant les arrêt tabagiques, 28,1% des fumeurs déclarent avoir tenté au moins une fois d'arrêter dans l'année écoulée. Le moyen le plus utilisé par ceux qui ont utilisé une aide est donc le vapotage dans 9,1% des cas, dont environ la moitié déclare l'utiliser sans nicotine. En comparaison, plus de 35% des tentatives d'arrêter de fumer se font à l'aide du vapotage en Angleterre, et seulement environ 5% en Suisse

En Allemagne, selon le suivi DEBRA, seules 12,5% des tentatives se sont faites avec au moins une des aides recommandées officiellement par les autorités sanitaires, telles que les substituts nicotiniques, les médicaments, les consultations médicales ou les thérapies cognitivo-comportementales. Les auteurs promettent de mener des études plus poussées sur l'efficacité du vapotage pour arrêter de fumer lors de prochaines enquête du programme DEBRA.

Autres tableaux :


vendredi 2 mars 2018

Enquête parlementaire: le Brexit va t-il libérer les britanniques des restrictions toxiques anti-vape de la TPD européenne ?

Plus de succès d'arrêt tabagique et moins de consommation avec des liquides correctement dosés en nicotine
"La limite maximale de 20 mg/ml de nicotine est issue de la directive européenne (TPD). Quelle est la marge pour la changer après le Brexit ?" La question de Damien Moore, parlementaire conservateur, tranche dans la salle feutrée du Comité science et technologie de la Chambre des Commons lors de sa seconde séance consacrée au vapotage jeudi dernier. Face aux élus, la Dr Lynne Dawkins et le Pr David Harrison étouffent un petit rire surpris du ton si direct. "Il n'y a aucune justification à cette limite. Elle a été prise de manière arbitraire. Il n'y a pas de preuve d'augmentation des méfaits de la nicotine pour les niveaux supérieurs à 20 mg/ml. Or nous avons constaté que lorsque les usagers réduisent le taux de nicotine, ils compensent en consommant plus de liquide. C'est coûteux financièrement, et cela peut avoir un coût pour la santé en augmentant l'exposition", répond la Dr Dawkins, du Centre des sciences du comportements de l'Université de Londres. En synthèse, elle recommande de reconsidérer cette limite du taux de nicotine à la lumière des résultats des recherches auxquelles la chercheuse a collaboré.

Limiter le taux de nicotine pousse à la surconsommation

comme avec les cigarettes lights, la vape light pousse à compenser
L'effet compensatoire, Lynne Dawkins l'a constaté lors d'études en laboratoire et sur le terrain. La première, publiée dans Psychopharmacology en 2016,  observait les différences de comportement de 11 vapoteurs expérimentés avec des liquides faiblement (6 mg/ml) ou un peu plus fortement (24 mg/ml) dosés en nicotine. "Le nombre de bouffées [sur une heure] et la durée de chaque bouffée étaient significativement augmentés avec le taux de nicotine le plus faible, pour finir par doubler le volume de liquide consommé. Nos observations suggèrent que, tout comme les fumeurs, les vapoteurs compensent lorsqu'ils passent à un liquide moins nicotiné", explique la Dr Dawkins dans sa déposition écrite au Comité parlementaire.

la chercheuse du Cancer Research UKUne seconde étude, en phase de relecture avant publication*, confirme avec 20 vapoteurs dans le "monde réel" les grandes lignes de la première. "Nous avons vu qu'en moyenne, lorsque les gens utilisent une concentration plus faible de nicotine, ils compensent à la fois dans leur manière de prendre des bouffées [plus nombreuses et longues] et en augmentant la puissance de l'appareil. Cette combinaison semble être associée à une plus grande exposition aux carbonyles. Le message clé est de ne pas encourager les vapoteurs à utiliser des concentrations faibles en nicotine. En fait, - peut-être est-ce contre-intuitif - utiliser une concentration de nicotine plus élevée peut amener à prendre moins de bouffées. La délivrance de nicotine semble aussi plus efficace avec une concentration plus élevée de nicotine", résume la Dr Dawkins devant la commission.

* Mise à jour 10-01-2018 : l'étude vient d'être mise en ligne par Nicotine & Tobacco Research à https://academic.oup.com/ntr/advance-article-abstract/doi/10.1093/ntr/ntx162/4004823

Augmenter le taux de nicotine minimise les risques de méfaits 

Auparavant, les mesures salivaires d'un suivi sur huit mois de 98 vapoteurs mené entre 2013 et 2015 par le Pr Jean-François Etter, de l'Institut de santé globale de l'Université de Genève, allaient dans le même sens. Les vapoteurs réduisent le taux de nicotine de leur liquide, mais augmentent le volume de liquide consommé pour maintenir une nicotémie similaire. Le point est simple. "Le corpus scientifique montre que la nicotine elle-même n'est d'aucune façon la substance la plus dangereuse", explique le Pr David Harrison, du Comité sur la toxicité (COT) devant les parlementaires. Son risque réside dans l'éventualité que sa consommation amène à s'exposer à d'autres toxiques, précise le spécialiste.

Entendu que la nicotine ne présente que des risques sanitaires mineurs, en limiter la concentration de manière abusive dans le vapotage pousse à la consommation de liquide, dont la principale inconnue sanitaire reste les substances dégagées par la chauffe de certains arômes. Or même avec des risques réduits, surconsommer augmente évidemment ceux-ci par rapport à une consommation réduite. A fortiori concernant des substances, comme les aldéhydes, dont les risques sont doses-dépendants.

Une interdiction de facto d'arrêter de fumer

Un autre aspect de l'effet pervers de la limitation abusive du taux de nicotine s'exerce contre les fumeurs empêchés de pouvoir passer au vapotage par cette limite. Ce sont les fumeurs les plus accrochés qui subissent là une double peine. Cette limite pourrait aussi expliquer la persistance de consommation de cigarettes pour une part des "double usagers" - qui vapotent et fument encore. Aussi la force symbolique de fixer ce taux arbitraire comme maximum dans la loi, amène une grande part du public, et notamment des nouveaux usagers, à être persuadés que 20 mg/ml est un taux élevé. Or il est insuffisant pour une frange importante de fumeurs.
Sarah Jakes et David Dorn de la NNA (UK)

"Beaucoup de fumeurs sont dissuadés d'essayer de passer au vapotage par des restrictions arbitraires de la TPD, ainsi que les articles irresponsables et inexacts sur les risques pour la santé. Beaucoup d'entre eux risquent de continuer de fumer. Il semble que le nombre de fumeurs qui passent à la vape soit en train de plafonner au Royaume-Uni", alerte Sarah Jakes, présidente de la New Nicotine Alliance UK (NNA), au site Register qui couvre le travail du Comité parlementaire. 

L'inquiétude de Sarah Jakes est partagée dans le monde médical. "C'est une chose déprimante à entendre dans une clinique pour les bronchites chroniques (BPCO), mais malheureusement fréquente"désespère le Dr Nicholas Hopkinson, dans une tribune sur le British Medical Journal (BMJ). Ce qu'il a entendu, c'est ce que toute personne investie dans l'aide à l'arrêt tabagique entend régulièrement: "J'étais passé au vapotage mais quelqu'un m'a dit que c'est aussi mauvais que les cigarettes, alors je me suis remis à fumer". La conséquence malsaine concrète des mesures anti-vape des autorités et des campagnes de propagande propagées par des médias et des groupes d'intérêts.

La vidéo de la séance du Comité parlementaire 

A partir de 1h23mn56, l'audition de la Dr Lynne Dawkins et du Pr David Harrison. 
(Avant se trouve l'audition des quatre grands cigarettiers - Philip Morris, BAT, Japan Tobacco et Imperial Tobacco -).





lundi 4 décembre 2017

[bref...] Nouvelle loi européenne anti-vape ou non? C'est selon la version de l'interview d'Andriukaitis sur Euractiv

Vytenis Andriukaitis, Commissaire Européen lituanien à la Santé, a donné un interview au site Euractiv le 24 novembre. Au long d'un discours entendu et passablement creux sur le projet de tracking des produits de tabac, le Commissaire M&M's s'attaque au vapotage en jouant de confusion avec les cigarettes chauffées. Notamment celles de Philip Morris, l'entreprise qui a reconstruit la Lituanie depuis son indépendance en 1990. "Il affirme qu'une loi plus sévère contre les cigarettes électroniques sera bientôt élaborée", rapporte le journaliste Sarantis Michalopoulos d'Euractiv. "J’envisage d’encourager nos agents à se pencher sur les cigarettes électroniques et de voir comment durcir leur réglementation. Et comment en interdire la publicité et les ventes en ligne", explique Vytenis Andriukaitis, dans la version en anglais (originale). De son côté la version francophone du site adouci sensiblement la citation. Entre temps, un avertissement apparaît en tête de l'interview en anglais précisant "qu'il n'y a pas de nouvelle législation en cours pour les dispositifs électroniques liés au tabac".

Surveiller pour punir


La précision semble essayer d'éteindre le feu de quelques réactions à cette sortie hasardeuse. "Les cigarettiers trichent, la vape sera punie", brocarde Guillaume Bailly dans le Vaping Post au lendemain de la publication d'Euractiv (avant sa mise à jour). A la veille du débat au parlement européen sur la traçabilité des cigarettes et du tabac à rouler, la députée européenne belge Frédérique Ries, favorable au vapotage parce que contre le tabagisme, annonce veiller sur son compte twitter.
Le sujet a de quoi alerter au moment où l'Italie est sur le point d'interdire les ventes en ligne en livrant la vape au réseau du Monopole, autrement dit les buralistes italiens. Mesure agrémentée d'une mega taxe d'environ 5€ par fiole de 10 ml, un point également à l'étude au niveau européen. La Commission Européenne a également déjà déposé la date d'entrée en vigueur du tracking des produits de vapotage à l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) au 20 mai 2024 comme nous l'avions relevé.

Bureaucrate et oligopole

Les liens de Philip Morris tant avec l'opération "Vicari" pour tuer la vape indépendante en Italie qu'avec la Lituanie sont de l'ordre des secrets de polichinelles. L'interview d'Andriukaitis sur Euractiv ressemble plus à un coup tactique, qu'à un contenu informatif. Une proposition à peine voilée de deal aux cigarettiers de l'acceptation du système de tracking pour l'utiliser afin de prendre le contrôle du marché du vapotage par la suite, via une future interdiction du commerce du réseau indépendant.

On notera que la version anglophone, contrairement à la francophone, publie la réaction de Japan Tobacco à l'interview. Le cigarettier se gausse, sans grande peine, du discours "éloigné de la réalité" du Commissaire Européen. "Il ne comprend pas que les êtres humains tiennent normalement des biens de consommation entre leurs mains", pique le communiqué de Japan Tobacco à propos d'une des incongruités du Commissaire sur le rangement des paquets de cigarettes. Mais au fond, puisque ce n'était probablement que l'habillage pour faire passer son véritable message, il n'est pas très étonnant que le Lituanien ait sorti quelques bananes pour occuper le journaliste et ses lecteurs.



vendredi 1 décembre 2017

Italie: les milliers de vapo-manifestants soutenus par des politiciens

Tôt mercredi matin, ils se sont massés sur la place Montecitorio de Rome à un jet de vapeur des fenêtres du Sénat. Malgré la pluie, ils sont restés écouter les discours et chanter en cœur. "Svapare, solo svapare, vogliamo solo svapare, e lavorare". Ils étaient plus d'un millier de "vendeurs, producteurs, distributeurs, mais aussi consommateurs et acteurs des réseaux sociaux à se tenir, pour une fois, côte à côte, sans distinction ni division culturelle, physique, ni hiérarchique", témoigne Stefano Caliciuri pour le site SigMagazine. Le rassemblement, qui s'est poursuivi jusqu'en début d'après-midi, pour sauver le vapotage italien du double coups de couteaux de la taxe anti-vape et de l'amendement Vicari, définitivement adopté avec la loi budgétaire, livrant la vape au contrôle du Monopole, a attiré l'attention d'élus.

Une erreur sanguinaire

"C'est une erreur sanguinaire. Nous avons deux millions de fumeurs en Italie, qu'il faut aider à arrêter de fumer pour leur santé", déclare Matteo Salvini au Fatto Quotidiano. Le leader de la Lega a franchi les quelques dizaines de mètres du Sénat à la place Montecitorio pour soutenir "les 30'000 emplois du vapotage indépendant en danger". "Certains lobbys, comme celui du tabac, préfèrent que les italiens fument. Mettre une taxe de 5€ par fiole de liquide à vapoter est dément", conclut le politicien populiste. Plus au centre de l'échiquier politique, Rita Bernardini, présidente du Parti Radical, a également pris le mégaphone sur la place pour signifier sa solidarité avec le mouvement, tout comme Ignazio Abrignani, de l'Alliance pour la liberté. Des représentants du Mouvement 5 étoiles, notamment les élus Laura Castelli et Alessio Villarosa, ont soutenu la protestation de la vape italienne devant les médias.


Des propositions parlementaires à l'ordre du jour 

De son côté, la députée veronese Alessia Rotta a expliqué sur la place sa proposition parlementaire sur les modalités de vente de produits de vapotage qu'elle soutenait hier (jeudi) au parlement avec l'appui de ses camarades du Parti Démocratique. Cette proposition demande au Gouvernement de réviser la réglementation du secteur en rejetant notamment l'interdiction de vente à distance. Elle exige une taxation équitable et un suivi des conséquences des mesures prises pour d'éventuels réajustements. Autre élue active, Adriana Galgano, du parti des Citoyens Innovateurs, a aussi présenté une demande pour garantir le droit de vente sur internet aux magasins spécialisés de vapotage.

Table-ronde à l'initiative de la LIAF

En parallèle du rassemblement place Montecitorio, la Ligue Italienne Anti-Fumée (LIAF) organisait mercredi une table-ronde au Palais Valdina, la chambre des députés. Autour de la table, le Pr. Lamberto Manzoli, de la LIAF, des représentants des associations du vapotage indépendant et des élus. Un émissaire du Ministère de la santé était aussi présent, tout comme des lobbyistes de British American Tobacco (BAT), Japan Tobacco et Imperial. L'absence d'intérêt de Philip Morris n'a guère surpris. "Le décret fiscal est déjà approuvé mais nous allons présenter de suite un "ordre du jour" pour trouver des corrections utiles", a expliqué alors Sebastiano Barbanti, co-signataire de la proposition d'Alessia Rotta. Francesco Cariello, du Mouvement 5 étoiles, a émis l'idée de déposer directement un amendement à la loi du budget.

"Dans les faits, le chiffre d'affaires des entreprises italiennes est passé de 450 € millions en 2013 à 300 € millions en 2014 puis 60 € millions au premier semestre 2015, avec une baisse du nombre d'employés dans le secteur de 8'000 en 2013 à 2'500 aujourd'hui", constate la LIAF sur son site. En d'autres termes, les mesures gouvernementales se révèlent catastrophiques pour son objectif affiché de récolter des taxes, pour l'économie du vapotage et pour la santé des fumeurs italiens entravés pour trouver cette alternative efficace de réduction des méfaits à leur tabagisme. 

La déresponsabilisation du politique

"Il est incroyable qu'en Italie, contrairement à d'autres pays, on continue d'augmenter les taxes pour un produit qui, comme le démontrent de nombreuses études, réduit les dommages causés par le tabagisme et ne présente pas de risque pour la santé, même à long terme. L'amendement Vicari est typiquement une mesure de déresponsabilisation du politique qui exige que tout soit fait par l'administratif", explique le Pr Giancarlo Fierro, spécialiste de droit à l'Université de Catania et membre du Comité scientifique de recherche sur le vapotage. 

Les clouds de l'info

Les médias se sont fait assez largement l'écho du rassemblement. Mais comme d'habitude, certains ont surtout mis en avant les quelques secondes de clouds, dans un rassemblement qui a largement évité de tomber dans ce travers, plutôt que le contenu des revendications et l'explication de la situation. Courrier International, la revue francophone de reprises de nouvelles internationales, n'a d'ailleurs pas manqué de caricaturer l'événement. Plus sérieusement, l'émergence d'un soutien politicien au milieu de la vape italienne est porteur d'espoir d'inverser la tendance au niveau légal. Mais la situation reste de facto très préoccupante pour la vape transalpine.


jeudi 30 novembre 2017

La vape espagnole échappe au pire

Ce jeudi, le Congrès a avalisé le décret-loi finalisant les derniers éléments de l'implémentation en droit espagnol de la Directive européenne sur les produits du tabac (TPD). Ce décret, déjà publié au journal officiel le 17 novembre, est effectif. La vape espagnole échappe à l'interdiction totale de vente à distance initialement prévue dans le décret. [add/] Ainsi qu'à une restriction similaire au tabagisme sur les lieux autorisant de vapoter.[/] Cependant, le texte final adopté interdit les ventes transfrontalières, à savoir les importations qu'elles proviennent de pays de l'UE ou extra-communautaires. 

Pour les usagers, notamment situés hors des centres urbains, la possibilité de se fournir en produits de vapotage persiste en étant limité aux sites espagnoles. AnesVap, l'association des usagers espagnols, a mené campagne cet été pour sauvegarder ce droit. "Il reste beaucoup de chemin à faire et beaucoup de travail pour que le vapotage ne soit plus diabolisé. Mais aujourd'hui est un beau jour", commente à chaud l'association sur sa page Facebook. [add/] Angeles Muntada-Prim Lafita, Présidente d'AnesVap, nous confie estimer avoir évité "la fin du marché indépendant du vapotage et la disparition de la variété des produits pour les usagers".[/]

Les autres restrictions de la TPD contre le vapotage sont évidemment aussi implantées en Espagne. Limites des fioles de liquides nicotinés à 10 ml et au taux maximum de 20 mg/ml, avertissement sanitaire obligatoire, interdiction de vente aux mineurs et système d'homologation pour les produits. L'Espagne a opté pour une interprétation dure de la directive en limitant les atomiseurs à 2 ml de contenance, contrairement à l'interprétation française. La Ministre de la santé Dolors Montserrat a aussi décidé de durcir les règles concernant les communications commerciales et la promotion des produits de vapotage.

Concernant les véritables produits de tabac, le décret interdit toute vente à distance, la vente de tabac aromatisé et de tabac à usage oral, avec une dérogation pour les îles Canaries. Le Gouvernement Rajoy suit la demande minimale de la directive européenne sur la taille des avertissements sanitaires sur les paquets de cigarettes et de tabac à 65% des surfaces sur les faces et 50% sur les côtés.

[Add]= ajouts le 30.11.2017 à 22H

mercredi 18 octobre 2017

Meurtre de Daphné Caruana Galizia: le silence avant l'explosion

Lundi soir, quelques centaines de mètres après être sortie de sa maison du nord de l'île de Malte, sa voiture a explosé. Une double détonation d'après un témoin. Daphné Caruana Galizia, blogueuse infatigable se revendiquant journaliste indépendante, est décédée sur le coup. Son corps dispersé en morceaux aux alentours de la carcasse calcinée de son véhicule. Les médias européens, les autorités maltaises et même la Commission Européenne déplorent son assassinat et se répandent en éloges posthumes. Pourtant, de son vivant le traitement était sensiblement différent. Parmi toutes les affaires de petits et plus gros arrangements que la journaliste a révélé, l'une d'elle avait attiré mon attention à l'été 2016. Je m'attendais à ce que les grands médias européens mobilisent leurs moyens d'investigation sur l'affaire. Rien, jamais rien. Aucune suite.

Philip Morris, Malte et la TPD

"Alfred Mifsud, le vice-gouverneur de la Banque centrale [de Malte] dont il est prévu qu'il soit nommé Gouverneur ce 1er juillet, a été salarié de Philip Morris en 2011 et 2012, chargé de "négociations en coulisses" avec John Dalli, alors responsable de l'élaboration de la directive européenne sur le tabac (TPD), et qui a été un proche d'Alfred Mifsud". Le 11 juin 2016, Daphné Caruana Galizia publie sur son blog Running Commentary ces révélations sur un salaire mensuel de 2'750€ (et non 3'000€ comme publié dans un premier temps) reçu par l'influent Alfred Mifsud, agrémenté de voyages, invitations en loge VIP à des matchs de Ligue des champions, et autres cadeaux en nature. 

En réaction, le vice-gouverneur ne conteste pas cette rémunération et précise même que le contrat n'a jamais été rompu avec la firme cigarettière. Mais qu'il n'aurait pas été reconduit après 18 mois. Il affirme avoir été embauché au titre de "consultant" par Philip Morris. Alfred Mifsud nie par contre avoir influencé John Dalli, alors Commissaire européen à la santé, forcé à la démission en octobre 2012 par José-Manuel Barroso, le président de la Commission Européenne (EC). La presse locale réceptionne l'affaire en ironisant un peu sur le caractère de la blogueuse et l'absence de source vérifiable à ses affirmations. John Dalli de son côté réagit plutôt violemment en accusant Daphné Caruana Galizia d'être une "terroriste".

Sa source, Daphné Caruana Galizia l'avait protégé. Devant le déni médiatique, elle va d'elle-même sortir de l'ombre. Il s'agit d'Anna Zelbst, compagne durant 24 ans d'Alfred Mifsud avec qui elle a eu deux enfants. Le couple non marié s'est séparé quelques mois auparavant. Anna Zelbst dit être prise de remords d'avoir épaulé cet homme qu'elle accuse aussi d'avoir reçu des commissions occultes lorsqu'il était à la tête de la Mid Med Bank en 1998. De son côté, Alfred Mifsud accuse son ex- de le salir par vengeance et de broder sur des faits sans importance

Silences

En juin 2016, seul Euractiv rapporte l'affaire au niveau européen. Le Monde, qui aujourd'hui capitalise sur le cadavre encore chaud de Daphné Caruana Galizia en précisant en Une que son fils travaille indirectement pour le journal, ne dit alors pas un mot de l'affaire. Comme le reste de la presse mainstream d'ailleurs. Naïvement j'en avais été surpris, espérant que peut-être des investigations plus profondes sur le rôle de Malte et d'autres protagonistes dans l'élaboration de la directive sur les produits du tabac (TPD) sortiraient. Mais rien. Le story telling des médias officiels sur cette directive a été scellé. Une belle victoire de la lutte anti-tabac nous a t-on assuré de toutes parts. 

En décembre 2013, plusieurs médias français répétaient même, comme une évidence, que le forcing pour signer la directive sous la présidence de la Lituanie visait à sauvegarder les intérêts de la lutte anti-tabac. Sic! La Lituanie est l'exemple consacré par les économistes néo-libéraux de la "renaissance" d'une nation sous l'égide des investissements de Philip Morris dés 1993. Investissements qui se sont poursuivis jusqu'à présent. La dernière pluie de dollars sur Klaipeda a d'ailleurs suivi de peu la signature de la TPD et la nomination de Vytenis Andriukaitis pour succéder au maltais Tonio Borg au poste de Commissaire européen à la santé.

Abstinence et dealers

Tonio Borg, un autre personnage clef de l'élaboration de la TPD, a aussi été largement laissé dans l'ombre par la presse européenne. Il a succédé à John Dalli en novembre 2012 au poste de Commissaire européen à la santé. Le militant d'ultra-droite est un opposant acharné à toute forme de réduction des méfaits. Seule l'abstinence est vertu à ses yeux. "Nous ne protégeons que ceux qui méritent protection", martèle Tonio Borg. Militant anti-avortement, toujours illégal à Malte, opposé au divorce, finalement légalisé en 2011, et ayant fait couper des aides aux organismes distribuant des préservatifs, il est devenu l'ami de l'eurodéputé socialiste Gilles Pargneaux. Les deux hommes sont venus à Berne en mai 2016, à l'invitation de l'Alliance anti-tabac, expliquer les mérites de la TPD européenne et inviter la Suisse à reproduire cette législation.

Point commun à tous ces hommes: leur farouche opposition au vapotage, ce moyen de réduction des méfaits impulsé par les usagers eux-mêmes. Y compris John Dalli, dont l'a priori sur le vapotage révélé au détour d'une séquence d'un récent reportage danois diffusé sur la BBC est ahurissant de méconnaissance. Une chape de plomb a recouvert dans les médias l'enjeu majeur de l'assimilation du vapotage dans la directive. [ajout, d'un élément oublié au fil de l'écriture ;)] Même le reportage de Cash Investigation d'Elise Lucet en novembre 2015, nous a vendu le sourire béat de José Bové comme garant de ce joli combat contre le tabac, lavant John Dalli de tout soupçon sans aucun fait probant. [/ajout off]

Pourtant du coté des élus européens qui avaient discuté avec des associations d'usagers, le sentiment était très différent. "Le parlement a voté pour que le vapotage soit peu réglementé en attendant de connaitre la forme de réglementation la plus appropriée. Mais des eurodéputés et les fonctionnaires de la Commission ont fait passer en douce toute une série de mesures administratives alambiquées dans les coulisses des négociations. Sans même avoir abordé la question avec les usagers ou d'autres élus", réagissait alors à chaud Martin Callanan, eurodéputé britannique Conservateur, à Euractiv.

Pharma et tabac

Rebecca Taylor, aussi eurodéputé britannique à cette époque mais d'un autre bord politique, souligne, dans le documentaire Beyond the cloud, que les lobbyistes du tabac se réjouissaient de la version finale de la TPD. Dans la même veine, l'eurodéputé belge Frédérique Ries ajoute que le puissant lobby pharmaceutique aussi a pesé de tout son lourd poids sur la directive. "J'ai eu des preuves d'échanges de mails entre la Commission et GSK, gros fabriquant de produits de sevrage, qui lui soumettait des propositions de texte. Il est certain que la Commission a sans été en contact avec les lobbys pharmaceutiques dans la rédaction de cette partie de la directive sur le vapotage", explique t-elle en septembre dernier dans un interview à Ciné Télé Revue à l'occasion d'un documentaire sur le vapotage de la RTBF. 

Il y avait donc de quoi pour les journalistes de se poser des questions et essayer de voir un peu plus loin que le bout de sa cigarette sur l'enjeu du vapotage et de son avenir. Mais cela ne collait pas au story telling d'une bonne directive européenne obtenue en dépit des méchants cigarettiers. Seule Vox Pop, l'émission d'Arte tournée vers les citoyens, osera thématiser le sujet en mars 2016. Tout comme les sombres affaires de la SICPA, la firme vaudoise à qui la Commission Européenne veut à présent livrer le marché du tracking des produits du tabac, ne colle pas avec le manichéisme des méchants cigarettiers contre les gentils anti-tabac. Les Malta Files de Mediapart en ont fait les frais en restant ignorés du reste de la presse.

Nombril et cadavre

Quelques jours avant le meurtre de Daphné Caruana Galizia, et sans aucun lien avec l'affaire, j'ai vu passé un tweet d'une journaliste d'information de la Radio Télévision Suisse (RTS) se gaussant de "ces blogs que personne ne lit". La remarque est assez symptomatique du nombrilisme auto-satisfait régnant sur la chaîne lausannoise et dans le journalisme embedded de manière générale. Il aura donc fallu la mort de Daphné Caruana Galizia à 53 ans pour auréoler la journaliste blogueuse d'un intérêt que les publications mainstreams ne lui reconnaissaient pas de son vivant. Sa mort brutale n'est probablement pas liée aux révélations sur le lobbying de Philip Morris et à la directive européenne TPD. Par contre, le sujet des milliards de cigarettes et de médicaments vendus en écrasant un moyen de réduire les méfaits pour des millions d'usagers en Europe reste lui toujours dans le tombeau des médias...

"Looks like we can't have freedom of speech but we want Justice", "Il semble que nous ne puissions pas avoir la liberté d'expression mais nous voulons la justice". Lors d'une protestation hier à Malte.


vendredi 13 octobre 2017

La Commission Européenne programme de soumettre les produits de vape au tracking le 20 mai 2024

La Commission Européenne (EC) veut tracer et traquer les produits du tabac. L'affaire est connue. Elle se négocie actuellement avant une adoption par l'Union Européenne (UE) que la Commission veut en décembre. L'avis de notification déposé par celle-ci, au nom de l'UE, à l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) détaille l'agenda. "Les dispositions devraient s'appliquer à partir du 20 mai 2019 pour les cigarettes et produits du tabac à rouler et à partir du 20 mai 2024 pour tous les autres produits du tabac", précise le document au point 9. Or, même si objectivement le vapotage n'est pas un produit du tabac, l'UE l'a soumis à sa directive les concernant (TPD) en 2014. Si les choses restent en l'état, les produits de vapotage devraient souscrire au système imposé de suivi et traçage. Le projet à peine voilé de l'EC est de livrer ce marché faramineux à la Sicpa, une entreprise lausannoise.

Conséquences de l'assimilation au tabac

La catégorisation abusive d'un produit sans tabac ni fumée dans les produits du tabac est évidement objet de controverse. Aux demandes répétées de parlementaires européens d'une ré-évaluation de la vape sur une base scientifique, le Commissaire Vytenis Andriukaitis a opposé un refus catégorique. Pour le lituanien, qui dans une interview à Euractiv disait se réjouir de mener la vie dure au vapotage, il est hors de question d'en discuter avant 2021. Cette assimilation du produit, désormais le plus utilisé pour arrêter de fumer dans la plupart des pays européens, au tabagisme permet à la bureaucratie européenne d'interdire la divulgation d'information sur la réduction des méfaits. Mais pas seulement. 

L'EC envisage une taxation contre les vapoteurs, dans la ligne de celle des cigarettes. La consultation à ce propos, malgré les freins à la participation mis en place par l'EC, a montré que 89,88% des participants étaient totalement opposés à une telle mesure punitive. Cependant, l'adoption d'un système de surveillance électronique des produits a entre autres objectifs de réprimer les infractions aux taxes du commerce illicite...

La traque

La proposition de la Commission, présentée le 15 mai dernier, sur le tracking indépendant des produits soumis à la TPD prévoit l'apposition d'un marquage fiscal inamovible comportant des éléments de sécurité visibles et invisibles. La firme vaudoise Sicpa maîtrise une solution offrant une combinaison matérielle et numérique délivrant un code d'identification unique. "Ce code est apposé, collecté et enregistré dans une base de données centrale et mis à disposition des autorités publiques, le tout sous contrôle de l'Etat et non des producteurs, incluant les informations de production", explique Christine Macqueen, directrice des affaires publiques du groupe Sicpa au journal l'Agefi en mai 2016.

"Selon la proposition [de l'EC], chaque opérateur de la chaîne d'approvisionnement doit obtenir des pré-autorisations pour chaque étape de la production et de la distribution."Une architecture aussi complexe n'a jamais été testée dans le monde réel", commentent les distributeurs, tout en ajoutant que les petits acteurs du secteur seront durement touchés", rapporte le site Euractiv dans un article du 20 juin. Pour un porte-parole de l'EC, les coûts de mise en place du système seront "largement compensés par les bénéfices en termes de réduction du commerce illicite".  

On a du mal à voir en quoi l'argument concerne les produits de vapotage s'ils venaient à être maintenus dans les produits du tabac à l'horizon 2024. Pourtant, "l'objectif de la directive [est] de créer un système indépendant de suivi pour tous les produits du tabac en tenant compte des obligations internationales, notamment de l'article 8 du protocole FCTC [acronyme de la Convention anti-tabac de l'OMS] sur le commerce illicite", poursuit le même responsable européen anonyme au site Euractiv. 

Efficace contre le marché noir de cigarettes ?

Actuellement, les négociations se déroulent à la fois en coulisses et de manière plus ouverte lors de la consultation close le 2 octobre. Outre l'accusation des acteurs de la distribution de générer une immense usine à gaz disproportionnée, son efficacité à enrayer le commerce illicite est mise en doute. Le système fermé d'identification des produits fermerait la porte à une interopérabilité avec les pays hors de l'UE. "C'est pourtant important puisque 86% des cigarettes illégales proviennent de pays tiers, comme la Biélorussie, l'Ukraine et la Turquie. Ces produits continueront d'entrer sur le marché européen malgré le radar du système de suivi", estime un représentant de l'industrie cigarettière à Euractiv.

Du coté des partisans du système Sicpa, on accuse les cigarettiers d'organiser le trafic actuel. "D'après l'OMS et les associations anti-tabac, les cigarettes qui alimentent ce commerce parallèle sont de vraies cigarettes [sic!], fabriquées et commercialisées par les cigarettiers eux-mêmes", insiste C. Macqueen de l'entreprise vaudoise. Françoise Grossetête, députée européenne de droite, pense qu'il faut se méfier des critiques. "Des preuves existent selon lesquelles des tierces parties, qui paraissaient à première vue 'indépendantes', étaient liées ou influencées à un certain niveau par l'industrie du tabac", déclare t-elle dans un autre article d'Euractiv sur le sujet. Sans préciser si cela inclue l'influence sur des Etats, comme la Lituanie, des investissements de cigarettiers dans leur économie, ou encore d'organisations dirigées par des ressortissants de nation productrice de tabac brut.

Lobbytomie générale

Le débat se trouve donc présenté comme emprisonné entre les intérêts des cigarettiers, dont la probité est passablement fumeuse, et ceux de la firme Sicpa. Une entreprise aux mœurs assez étranges, tant au niveau privé de ses propriétaires milliardaires comme le conte le Temps en février dernier, que sur le plan des affaires, tel que le rapporte Mediapart dans le cadre des Malta Files. Le dossier du tracking des produits soumis à la TPD pèse lourd pour la Sicpa, à la fois par le marché européen lui-même mais aussi par l'effet d'entrainement qu'il pourrait imposer aux autres pays. L'entreprise spécialiste des encres pour billets de banques a mis les moyens. 

Engagement de lobbyistes pointus en provenance des firmes cigarettières, comme Yves Trevilly ancien de BAT, approches de personnes influentes, comme Dominique Strauss-Kahn, mise en place d'association faux-nez par Pauline Delpech... Sicpa sort le grand jeu. Avant même les grandes manœuvres actuelles, 80 de ceux qui étaient alors députés français ont mené une guérilla pendant 4 ans pour la firme Suisse, selon Mathieu Pechberty sur BFM

Que fout la vape là-dedans?

Entre les deux armadas de lobbyistes, les intérêts et les spécificités du vapotage ont-ils été pris en compte, alors que la Commission Européenne a déjà programmé son assimilation au système de surveillance ? Comment ce marquage physique et numérique se concrétiserait-il de la box à la résistance, en passant par la fiole de liquide, la fibre ou le fil des coils reconstructibles, le drip-tip ou les accus, etc. ? Quelle justification aux surcoûts financiers et de temps pour les petites entreprises et artisans de la vape d'un système calibré pour le mode de production de Big Tabacco ? Des questions sans réponse pour le moment... à suivre.


lundi 21 août 2017

[Ristret] Allemagne: le vapotage est utile selon Marlene Mortler la rapporteuse parlementaire sur les questions d'addiction

"La tendance du vapotage est utile". Pour aider les grands fumeurs à quitter totalement leur tabagisme précise Marlene Mortler en conférence de presse. La Commissaire fédérale sur les questions liées aux drogues présentait vendredi son rapport 2017. Près de 200 pages dont il ressort entre autres que le produit le plus problématique en Allemagne est le tabac. Près du quart des adultes sont fumeurs, soit environ 20 millions d'allemands. Sur la question du vapotage, la députée CDU a infléchi la position présentée les années précédentes du rapport parlementaire. "Le vapotage est beaucoup moins nocif que les cigarettes de tabac", y affirme Marlene Mortler sur la base d'études scientifiques. Le propos est encore loin de l'intégration du vapotage à une politique volontariste de réduction des méfaits pour les fumeurs, telle que celle britannique, mais "l'avancée est significative" note le site allemand EGARAGE

Nette réduction du tabagisme des jeunes


"Une utilisation régulière [du vapotage] est rare chez les jeunes, et ils l'utilisent pour une majorité sans nicotine", souligne le rapport. La chute très nette du tabagisme adolescent et des jeunes adultes montre que l'arrivée du vapotage n'a pas déclenché d'effet passerelle vers le tabagisme, tel que le prédisait la Ministre Manuelle Schwesig (SPD) il y a deux ans. Marlene Mortler rappelle néanmoins dans son rapport que la vente de produits de vapotage est désormais interdite aux mineurs depuis l'implémentation de la directive européenne TPD dans le droit allemand.


Campagne de peur controversée

Ce rapport parlementaire contraste avec la récente campagne du Ministère de la santé sur les réseaux sociaux conseillant aux fumeurs de ne pas arrêter de fumer avec le vapotage. De quoi passablement déboussoler les fumeurs, dont on sait qu'ils sont forcément ambivalents devant l'arrêt des cigarettes. Une campagne de peur gouvernementale qui a suscité de nombreuses réactions critiques du public. Tandis qu'une récente étude montre que 98% des vapoteurs allemands ayant arrêté de fumer constatent des améliorations de santé.

samedi 19 août 2017

Faut-il exiger la nicotine promise par les avertissements de l'Union Européenne ?

Depuis les entrées en vigueur dans les législations nationales de la directive (TPD) de l'Union Européenne (UE), les produits de vapotage portent des avertissements. Ainsi les emballages d'atomiseurs, de mods et de liquides se retrouvent parés depuis quelques mois de l'anxiogène mention: "La nicotine contenue dans ce produit crée une forte dépendance. Son utilisation par les non-fumeurs n'est pas recommandée". Sauf que, mis à part les liquides nicotinés, les produits de vapotage ne contiennent pas de nicotine. Or les vendeurs sont tenus à la loyauté commerciale impliquant de délivrer une information non trompeuse aux clients. En France par exemple, le code de la consommation régit ces questions. "Une pratique commerciale est trompeuse (...) lorsqu'elle repose sur des allégations, indications ou présentations fausses (...) portant sur (...) les caractéristiques essentielles du bien ou du service, à savoir: ses qualités substantielles, sa composition (...)", précise l'article L-121-2 dudit code.

Ne pas tromper

"Les avertissements "nicotine" doivent être retirés des packagings des produits matériels ne contenant pas de nicotine distribués en France", alerte Mickaël Hammoudi sur sa page Facebook. "Seuls les produits contenants de la nicotine, à savoir les réservoirs pré-remplis (limités à 2 ml s'ils contiennent de la nicotine) et les flacons de recharge d'e-liquides (limités à 10 ml lorsqu'ils sont nicotinés) doivent comporter cet avertissement", précise l'acteur de longue date de la scène vape française. "Cet avertissement est abusif, anxiogène et non-obligatoire en regard de la loi santé. L'objectif doit être de continuer à convertir des fumeurs dans un climat de confiance et dans le respect des lois", poursuit Mickaël Hammoudi avant d'appeler "grossistes, distributeurs, revendeurs et consommateurs" à interpeller les fabriquants pour qu'ils arrêtent d'apposer ces avertissements erronés.



Une vraie info de santé civique ?

En attendant, les vendeurs devraient retirer ou recouvrir cette fausse information. La remplacer par une véritable information pourrait probablement être bénéfique à la santé civique.

Mais où est ma nicotine hautement addictive ?

Reste la question des avertissements sur les liquides, ou les cigalikes pré-remplies, concernant le caractère hautement addictif de la nicotine. C'est un fait bien établi scientifiquement, le tabac est hautement addictif. Mais c'est tout aussi établi que la nicotine en elle-même est moyennement à faiblement dépendogène, d'un niveau toxicologique similaire à la caféine. Les consommateurs de gommes nicotinées sans passé tabagique deviennent très rarement dépendants du produit sur le marché depuis presque 40 ans bien que ces gommes sont enrichis de quelques additifs pour les rendre plus efficientes. La consommation courante des nombreux légumes nicotinés - tels que carottes, poivrons, aubergines, tomates, patates etc... - n’entraîne pas non plus de dépendance "nicotinique". Bien que l'action pharmacologique de la nicotine y soit déjà active, notamment dans son effet préventif contre la maladie de parkinson

La nicotine n'explique pas à elle seule la haute addictivité du tabac. Le Pr Karl Fagerström, créateur du test de dépendance tabagique mondialement utilisé, l'a expliqué dans un article en 2011, traduit en français par UnAirNeuf.org. Avant lui, les chercheurs Hanan Frenk et Reuven Dar ont largement déconstruit le mythe de l'unique responsabilité de la nicotine dans l'addiction tabagique. Autrement dit l'avertissement obligatoire sur les liquides nicotinés est mensonger. "Cette exigence est abusive. En dehors du tabac, il n'y a pas de base scientifique pour affirmer qu'un produit contenant de la nicotine "crée une forte dépendance". Cet arrêté [français du 19 mai 2016 imposant ces avertissements] peut - et doit - être contesté par une procédure juridique adaptée", estime le site spécialisé en tabacologie UnAirNeuf.org

Faut-il copier les cigarettiers ?

A défaut d'avoir été contestés en justice, les avertissements trônent obligatoirement sur les fioles de liquides nicotinés. Les consommateurs doivent-ils alors exiger un liquide nicotiné vraiment hautement addictif comme promis par l'avertissement de l'Union Européenne? Les producteurs doivent-ils s'inspirer de l'industrie cigarettière et se tourner vers le Commissaire Européen Vyrtenis Andriukaitis pour qu'il leur communique les 600 additifs autorisés, mais cachés aux consommateurs, renforçant l'effet addictif des cigarettes? Les vendeurs peuvent-ils être tenus responsables de diffuser cette fausse information sur la caractéristique du produit bien que ce soit l'Union Européenne qui impose cette désinformation ? ... !?!



jeudi 10 août 2017

[Expresso] France: Philip Morris profite de la censure et du dénigrement contre la vape pour promouvoir sa cigarette Iqos

C'est une petite bombe que lâche ce matin le site Vaping.fr. L'enregistrement du recrutement téléphonique d'un "ambassadeur" par Philip Morris pour "faire la promotion" de sa nouvelle cigarette Iqos en France. La recruteuse du cigarettier est claire sur la tactique de contournement de la loi Evin. "Les restrictions législatives font qu'on ne peut pas faire de publicité pour du tabac, du coup il faut faire interagir votre réseau", explique t-elle dans une des conversions enregistrées. A l'image de sa stratégie de marketing testée en Suisse, le cigarettier prévoit des soirées "événements", des présentations en public, des groupes privés sur les réseaux sociaux et de la chasse directe. "Ce sera chaud pour vous et vous ne pouvez pas en faire la publicité vraiment", précise la recruteuse au postulant. Et de préciser que le futur chasseur de Philip Morris aura une enveloppe dédiée de plusieurs centaines d'euros, pour inviter des personnes à boire un verre ou autres, en vue de leur placer la cigarette Iqos. Le modèle semble proche de la campagne de chasse aux fumeurs d'Iqos mis en place par Philip Morris en Suisse.


Surfer sur la propagande des anti-vape

La stratégie de marketing du cigarettier vaudois entend bien profiter de la censure imposée aux produits de la vape par la loi Marisol Touraine, qui interdit "publicité et propagande" pour le produit sans tabac ni combustion en France. Tandis que sa cigarette de tabac Iqos produit de la pyrolyse comme nous l'avions expliqué sur la base des documents de Philip Morris et d'une étude indépendante lausannoise. Les campagnes de dénigrement du vapotage à répétitions par certaines organisations soi-disant anti-tabac, largement relayées par les médias à sensation, ont semé le doute dans la population des fumeurs contre la vape. Du pain béni pour Philip Morris qui va donc lancer une grande campagne de promotion de son nouveau produit pour récupérer sa clientèle perdue ces dernières années au profit de la vape. La mise en place d'une armée d'agents recruteurs en est un élément. 

La Ministre doute et donc n'existe pas

Pendant ce temps, la Ministre de la santé Agnès Buzyn préfère continuer de "douter" de l'intérêt de stratégie anti-tabac intégrant le vapotage, à l'image de celle britannique où le nombre de fumeurs s'est réduit de 20% depuis 2011. Le "doute", pour ainsi dire ce second produit de l'industrie cigarettière...





samedi 22 juillet 2017

Malgré la traque du Gouvernement contre les groupes d'entraide sur internet, les belges fuient en masse le tabagisme à l'aide de la vape

Conseiller des fumeurs sur le matériel de vapotage pour les aider à arrêter de fumer est un délit selon le Ministère de la santé belge. Ainsi plusieurs groupes d'entraide autogérés sur internet se sont vus menacés de poursuites et d'amende s'ils ne stoppent pas immédiatement leur activité. "Le Service Publique Fédéral de la santé (SPF) m'a interdit de continuer cette page Facebook en me menaçant d'une amende", explique le dernier message de Dimi Crazy Damper Schuermans. "Je vais arrêter d'utiliser cette page Facebook pour le moment. Mais je n'abandonne pas. Ils ne nous forceront pas à retourner aux cigarettes pour remplir les caisses de leur Etat", précise le reviewer connu depuis 2012 de la communauté flamande. Après les traques contre les magasins de vapotage, que nous relations en mars dernier, les vapoteurs sur internet sont donc la nouvelle cible des services de Maggie de Block. 

"Ce groupe va fermer"


La même lettre de menace du SPF Santé a été envoyé à un groupe de troc et vente entre particuliers de produits de vape en Flandres. "Ce groupe va fermer dans quelques jours. Si vous avez des questions ou des problèmes, contactez-moi par message privé. Je vais toujours essayer d'aider du mieux possible. Grâce au vapotage, j'ai arrêté de fumer depuis trois ans et je ne recommencerais jamais les cigarettes", explique Nicky B., administrateur du groupe en question. Simple vapoteur, le chauffeur de camion n'a pas les moyens de s'opposer au glaive fédéral. Les vapoteuses à bas prix, les dons et les échanges entre usagers de la région disparaîtront sous peu de cette page facebook, sauf solution alternative de dernière minute.

Guy Vanhengel vapote

Pourtant, le vapotage continue de faire sortir en masse du tabagisme les fumeurs belges depuis que le Conseil d'Etat a invalidé la prohibition de vente des liquides nicotinés début 2016. Signe des temps, même un Ministre de la région bruxelloise s'y est mis. Hier, lors du défilé officiel de la fête nationale, Guy Vanhengel vapote ostensiblement dans la tribune Royale aux côtés de Charles Michel, le chef du Gouvernement fédéral, et d'autres VIP. Camarade de parti de l'Open VLD de la Ministre Maggie de Block, le libéral démocrate bruxellois osera t-il glisser quelques mots contre la chasse aux sorcières vapoteuses que le gouvernement fédéral orchestre depuis le début de l'année? Une question qui vaut quelques centaines de millions d'euros de taxes tabac évaporées des caisses de l'Etat belge.

Sortie en masse du tabagisme malgré l'Etat

Une qui n'a pas eu peur de dire quelques mots, c'est Véronique. "Grâce aux bonnes explications des professionnels de la vape et des vapoteurs, je suis à un an sans clope grâce à la vapote", explique cette ex-fumeuse de 49 ans. Courageux aussi, le site de Tabac Stop Belgique de publier son témoignage en dépit du Maccarthysme ambiant. "Dire que l'Europe et notre Ministre de la santé mettent des bâtons dans les roues [aux vapoteurs]. Inadmissible", tempête la choriste belge qui assure avoir retrouver son souffle avec plaisir et enthousiasme. Mais les prochaines "Véronique" pourront-elles encore bénéficier des conseils et de l'aide de la part de vapoteurs désormais muselés sous la menace des amendes du SPF Santé? De leur côté, les médias belges s'en tiennent au silence...