Licence Creative Commons: Attribution (BY) + Non Modification des partages (ND)
Affichage des articles dont le libellé est LPTab. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est LPTab. Afficher tous les articles

vendredi 16 mars 2018

Projet loi tabac Suisse: les anti-tabac n'en veulent pas, les addictologues proposent des modifications

Les avis à la consultation publique sur l'avant-projet de Loi sur les produits du tabac et la cigarette électronique (LPTab), qui pourrait entrer en vigueur au plus tôt en 2022, continuent d'arriver à une semaine de la date limite (le 23 mars). Cette semaine, la Fédération des professionnels des addictions entre en discussion, tandis que les anti-tabac mainstreams rejettent le projet. Ces derniers regroupés dans 'l'Alliance pour une loi efficace sur les produits du tabac' annonce son rejet total de l'avant-projet, à l'instar de la SSPH+ mais à l'opposé de la Fédération patronale vaudoise.

[Pour participer à la consultation:
  1. télécharger le formulaire (format .doc) dédié ici 
  2. le remplir avec vos coordonnées et votre analyse. - vous pouvez vous inspirer des avis présentés ci-après ou attendre d'autres communications, par exemple du milieu de la vape, mais attention il faut l'envoyer d'ici le 23 mars...
  3. envoyer le fichier d'ici au 23 mars à: dm@bag.admin.ch et tabakprodukte@bag.admin.ch
Mon article à chaud à sa sortie et l'interview accordé à Vaping Post sur le sujet.]

Neinsager

Les 16 organisations anti-tabac de l'Alliance exigent qu'un nouveau projet soit rédigé intégrant "une interdiction sans faille de la publicité pour les produits du tabac englobant la presse papier et internet, y compris les réseaux sociaux, l'affichage, les cinémas et les points de vente", l'interdiction de la promotion ainsi que la mise en place de "mesures de lutte contre le commerce illicite des produits du tabac". Bien que l'Alliance ne donne pas accès à son avis in extenso, son communiqué précise que "l'interdiction complète de la publicité, de la promotion et du parrainage du tabac permettrait à la Suisse de satisfaire à une des dispositions principales de la Convention-cadre internationale de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS)". Une organisation qui soutient et encourage les violations des droits humains par les dictatures Nord-Coréenne et Thaïlandaise contre les personnes arrêtant de fumer à l'aide du vapotage.

Un produit sans tabac, ni filtre, ni papier et surtout sans combustion

De son côté, la Fédération des professionnels des addictions, regroupant le Groupe Romand d'Etudes des Addictions (GREA), Fachtverband sucht et Ticino Addiction, se veut plus pragmatique et discute des points positifs et des choses à améliorer du projet. La Fédération accueille notamment de manière favorable "l'approbation et la régulation différenciée des liquides contenant de la nicotine pour les vaporettes, y compris les volumes maximaux de 100 ml [pour les fioles] et 10 ml [pour les atos]". Au préalable, les addictologues précisent sur ce point que le terme de "cigarette électronique" doit être éviter au profit de "vaporette", "plus à même de traduire en français l'ustensile qui permet d'inhaler de la vapeur. La vaporette n'a pas de point commun avec la cigarette (selon l'art. 2 §e de l'Otab): il n'y a ni tabac, ni filtre, ni papier et surtout pas de combustion".

Dehors, les vapoteurs

Malgré cette différence totale entre les deux objets, la Fédération des addictologues soutient l'interdiction de vapoter dans les lieux publics fermés, dans l'attente que son innocuité soit prouvée pour l'entourage [!?]. Une interdiction sans fondement donc, signifiant que par défaut les utilisateurs, y compris débutants, du produit sans combustion ni tabac seraient interdits d'essayer le produit, même dans le cadre d'instruction par des professionnels de la vape ou de santé. Ils seraient également empêchés de vapoter dans les lieux publics fermés, même pour alléger le manque lors du sevrage des cigarettes. La Suisse aurait ainsi une des réglementations les plus dures en Europe contre les vapoteurs, tandis que la France a autorisé le vapotage dans les lieux publics fermés, à l'exception des lieux de travail collectifs, et que les tenanciers anglais sont libres de décider.



Pas de pub, mais de l'info fédérale

Par ailleurs, les organisations de terrain se réjouissent du projet d'enfin légaliser le snus suédois, à bas taux de nitrosamines, et l'interdiction de vente des produits du tabac aux mineurs au niveau fédéral. Ils demandent par contre à ce que soit ajouté au projet, la "restriction de toute publicité et de tout parrainage ainsi que des rabais sur tous les produits réglementés par la loi, y compris les vaporettes avec ou sans nicotine". En contrepartie, les addictologues demandent que la Confédération respecte la 'stratégie nationale addiction' et communique sur "les produits et les mesures de réduction des risques dans le secteur du tabac". En somme, plus de pub, mais de l'information à travers l'Etat. Les vapoteurs suisses attendent impatiemment la review du Vamo V5 par Michael Anderegg sur youtube.

Plus de 2 milliards de rentrées fiscales

La Fédération souligne l'absence de discussion dans le projet de loi des moyens alloués à la réduction des méfaits du tabagisme. Alors que l'Etat perçoit 2,13 milliards de Fs (en 2016) de taxes grâce au tabac, seuls 13,5 millions, soit 6,3%, sont reversés au Fonds de prévention. Pour comparaison, dans le domaine des alcools plus de 10% des recettes vont à la prévention. Enfin, la Fédération demande l'introduction des paquets neutres. 


lundi 5 mars 2018

Suisse: les premières prises de position à la consultation publique du projet de loi tabac LPTab ouverte jusqu'au 23 mars

Toute personne peut participer à la consultation publique du projet de Loi sur les produits du tabac et la cigarette-électronique (LPTab) d'ici au 23 mars. Le projet de loi et le dossier mis en consultation sont disponibles sur le site de la ConfédérationQuelques avis ont déjà été rendus publiques. Parmi ceux que j'ai vu passé, celui de la Fédération patronale vaudoise met l'accent sur la nécessité de modifier le traitement du vapotage dans la future loi, tandis que celui de la Swiss School of Public Health (SSPH+), fondation des universités sur la santé publique, appelle purement et simplement à rejeter cet avant-projet.

Pour participer à la consultation:
  1. télécharger le formulaire (format .doc) dédié ici 
  2. le remplir avec vos coordonnées et votre analyse. - vous pouvez vous inspirer des avis présentés ci-après ou attendre d'autres communications, par exemple du milieu de la vape, mais attention il faut l'envoyer d'ici le 23 mars...
  3. envoyer le fichier d'ici au 23 mars à: dm@bag.admin.ch et tabakprodukte@bag.admin.ch
L'avant-projet de LPTab et son rapport explicatif, ou à www.admin.ch/ch/f/gg/pc/pendent.html
Mon article à chaud à sa sortie et l'interview accordé à Vaping Post sur le sujet.

La position des patrons vaudois : enlever les restrictions anti-vapoteurs

La Fédération patronale vaudoise "se réjouit de ce que cet avant-projet ait été expurgé des éléments les plus inadmissibles de la première mouture, [mais] il reste problématique sur certains points et doit en conséquence être retravaillé". Parmi les points du projet de LPTab qui posent problèmes aux patrons du canton de Vaud, le traitement du vapotage. "Nous approuvons la possibilité d'ajouter de la nicotine aux cigarettes électroniques et pouvons admettre que ces produits soient réglementés dans une certaine mesure. Nous nous opposons en revanche fermement à ce qu'ils soient assimilés à des produits du tabac en ce qui concerne l'interdiction de consommation dans les lieux publics, ouverts
au public et sur les lieux de travail. On ne saurait admettre pareille restriction sur la seule base du principe de précaution, alors que les effets sur la santé à long terme de ces nouveaux produits sont inconnus, mais que ces derniers sont d'ores et déjà reconnus comme moins nocifs que les produits du tabac destinés à être fumés et ainsi considérés par certains milieux de la prévention comme un moyen de sevrage tabagique. Il est par ailleurs absurde de soumettre à la loi sur la protection contre la fumée passive des produits qui ne dégagent précisément pas de fumée"

Aux yeux de la Fédération patronale vaudoise, le projet de LPTab est si peu différencié entre vapotage et tabagisme qu'une telle loi provoquerait probablement l'inverse de ce qu'elle prétend. "Soumettre la cigarette électronique aux mêmes restrictions que les autres produits du tabac pourrait ainsi faire renoncer certains fumeurs à se tourner vers un produit reconnu comme moins nocif, ce qui irait à l'encontre de l'objectif avancé de protection de la santé. Ces considérations relatives à la cigarette électronique avec nicotine valent a fortiori pour les produits sans nicotine, dont on a indiqué plus haut qu'ils devraient être exclus du champ d'application de la LPTab".

En dehors du mauvais traitement du vapotage, la Fédération patronale s'oppose "à l'interdiction de publicité [des produits du tabac] dans les publications gratuites, de même que sur internet, sous réserve des sites visant spécialement les jeunes, par exemple les sites de jeux vidéo", ainsi qu'à "l'interdiction de mentions telles que «légères», «mild», «bio», «naturel» ou «sans additifs», qui peuvent être strictement factuelles et ainsi parfaitement véridiques. Seules les mentions trompeuses et mensongères doivent être prohibées", et enfin "l'interdiction de mentionner la teneur en nicotine, goudron et monoxyde de carbone sur les emballages des produits du tabac à fumer et sur les produits eux-mêmes est tout bonnement incompréhensible".

La position universitaire: rejet total de ce projet

Autre analyse du côté de la SSPH+, le regroupement des instituts universitaires sur la santé publique, qui ne mentionne à aucun moment explicitement la question du vapotage ni du snus. La prise de position demande le renvoi pur et simple de l'avant-projet de loi, à l'initiative du Pr Dominique Sprumont avec le soutien de Matthias Egger, Jean-François Etter, Claude Jeanrenaud, Joachim Marti, Suzanne Suggs, Thomas Zeltner et du président de la SSPH+, Milo Puhan. "Conformément aux dernières connaissances sur la nocivité du tabac et sur les mesures à prendre afin d’en limiter les effets en protégeant les droits des fumeurs et des non-fumeurs, en particulier les enfants et les jeunes, l’AP-LPTab, tel que mis en consultation, ne permet pas d’atteindre l’objectif fixé en son article premier", explique les universitaires se référant au but de protection de la population des produits du tabac. Pour ceux-ci, cette protection sanitaire nécessite le bannissement de la publicité des cigarettes pour prévenir l'entrée dans le tabagisme des jeunes. 

Dans la même logique, l'avis réclame la mise en place du paquet neutre et l'interdiction de sponsoring des activités sportives et culturelles par l'industrie du tabac. "La protection du consommateur ne passe pas seulement par l’information et les interdictions. Il y a des mesures concrètes à adopter d’ordre structurel par exemple en termes de taxation, d’incitation et d’aide à la désaccoutumance, d’éducation, de campagnes médiatiques, de vente aux mineurs, de composition des produits [etc.] (...) Les fumeurs ne doivent pas être stigmatisés. Ils doivent pouvoir vivre leur choix de manière à ne pas interférer avec les droits des non-fumeurs mais ils doivent aussi bénéficier des moyens adéquats pour pouvoir lutter contre leur addiction. Loin de défendre la liberté des consommateurs, comme le soutiennent les promoteurs de l’AP-LPTab, ce texte limite fortement leur faculté d’exercer leur libre choix et protège les seuls intérêts de l’industrie du tabac", argumente l'Institut de santé sans mentionner concrètement, ni les écarter, de mesures pour soutenir et promouvoir les moyens de réduction des méfaits et de sortie du tabagisme tel que le vapotage.

Enfin, les chercheurs souligne la nécessité à leurs yeux d'un système de traçabilité des produits du tabac pour déjouer le marché parallèle et assurer un développement durable. Selon les universitaires, "on ne réduit pas forcément les coûts de la santé à long terme en réduisant le tabagisme, mais réduire le tabagisme à travers des mesures fondées sur les preuves est une manière efficiente d’améliorer l’état de santé de la population".

D'autres prises de position vont suivre ces prochaines semaines, au fur et à mesure que la date limite du 23 mars se rapprochera. Espérons qu'elles seront plus conséquentes et fouillées pour tracer une perspective globale intégrant les approches de réduction des méfaits...



dimanche 7 janvier 2018

Motions au parlement Suisse pour interdire la pub du tabac en y assimilant la vape et imposer une licence aux vendeurs

Au Conseil national, quatre motions voudraient interdire la pub du tabac et du vapotage sur les réseaux sociaux, les journaux, les points de vente et au cinéma, ainsi qu'imposer une licence de vente payante. 

Déposées mi-décembre 2017 à la fin de la session parlementaire d'hiver, le contenu de quatre motions coordonnées au Conseil national vient d'être rendu public. Assimilant le vapotage aux cigarettes, trois visent à interdire des types de publicités des produits du tabac pour "protéger les enfants et les jeunes" et la quatrième à imposer une licence payante de vente en Suisse. Pour que le Conseil Fédéral exécute ces demandes, chacune des motions devrait être adoptée par les deux chambres parlementaires, ce qui parait peu probable en regard des motifs du renvoi du premier projet de loi sur les produits du tabac (LPTab) en décembre 2016. 

Ces motions au parlement semblent plutôt vouloir servir de caisses de résonance médiatique au lancement d'une initiative populaire "enfants et jeunes sans publicité pour le tabac", dont la récolte de signatures doit être lancée en février. L'initiative vise à interdire la publicité des produits du tabac par affichage, dans les publications, au cinéma, aux concerts et sur internet. Contre une approche cohérente de réduction des méfaits, l'intention d'assimiler le vapotage à ces interdictions se précise à la lecture de cette initiative concertée de quatre motions. 

20 Minutes et Facebook ciblés

Annoncée en primeur par le Blick dés le 19 décembre, la motion de l'évangéliste Niklaus Gugger (17.4268) veut interdire "la publicité pour les produits du tabac et les cigarettes électroniques dans les médias imprimés et en ligne facilement accessibles aux mineurs, y compris les publireportages, les médias sociaux et les applications". Le Conseiller national zurichois précise que doivent être "considérés comme 'facilement accessibles' les médias imprimés ou en ligne qui ne sont soumis ni à un abonnement payant ni à une autre forme d'identification personnelle". En cas d'acceptation, les groupes d'auto-support, forums d'entraide et sites d'information spécialisés devraient probablement se barricader et  devenir hermétiques aux néophytes, notamment aux fumeurs en recherche d'aide et de renseignements pour arrêter de fumer à l'aide du vapotage.

Nik Gugger estime que les "gratuits '20 Minutes' et 'Friday' jouent un rôle majeur dans la publicité pour le tabac". Mais l'évangéliste en veut aussi aux réseaux sociaux qui, selon lui, "transforment les utilisateurs d'Internet en promoteurs des produits du tabac. Voyez Facebook, Snapchat et bien d'autres". De son côté, la démocrate-chrétienne Viola Amherd prend pour cible la pub dans les cinémas lors des projections de films non réservées à un public majeur. Sa motion (17.4150) veut "interdire la publicité au cinéma pour les produits du tabac et les cigarettes électroniques lors des représentations auxquelles les spectateurs de moins de 18 ans sont admis".

Interdire la pub sur les lieux de vente et leurs vitrines

L'écologiste Christine Häsler propose (17.4187) que "la publicité pour les produits du tabac et les cigarettes électroniques soit interdite dans tous les points de vente dont la clientèle comprend aussi des enfants et des jeunes"Elle souligne que, selon une étude de l'Observatoire des stratégies marketing pour les produits du tabac, dans 22% à 36% des points de ventes de tabac "cette publicité était également visible depuis l'extérieur"L'argumentaire de l'élue bernoise précise aussi que "la publicité pour les cigarettes électroniques, du fait de son attractivité pour les enfants et les jeunes, doit en outre être assimilée à la publicité pour les produits du tabac"

Une licence payante pour vendre du tabac et à l'avenir de la vape

Pour compléter l'offensive, la motion du vert-libéral Thomas Weibel (17.4232) voudrait que le Conseil Fédéral élabore "une licence payante pour la mise à disposition de produits du tabac sur le marché". Selon l'élu zurichois, les émoluments permettraient "de financer les contrôles et les mesures officielles". Actuellement, le vapotage n'est pas assimilé légalement à un produit du tabac, mais il pourrait l'être via la future loi sur le produits du tabac (LPTab). Le Conseiller national l'anticipe dans son argumentaire: "Si les cigarettes électroniques devaient être assimilées aux produits du tabac, l'offre pourrait être mieux contrôlée" avec ce système de licence.  

Une "offensive" contre la réduction des méfaits

L'assimilation stricte de la vape au tabac par ces quatre parlementaires prend le chemin opposé aux appels à une intégration de la réduction des méfaits par le vapotage contre le tabagisme, soutenue par plusieurs voix du milieu de la lutte anti-tabacla Fédération des professionnels des addictions, et l'association des usagers Helvetic VapeLe confinement des groupes d'entraide autogérés sur les réseaux sociaux à une situation d'underground, qui naîtrait de telles interdictions, pose question sur le respect au droit à l'auto-protection de sa santé. En outre, aucun élément probant n'est apporté dans les motions sur la pertinence d'interdictions similaires du vapotage aux cigarettes. Or la seule étude, avec certaines limites, à ce jour sur l'impact réel de la publicité du vapotage montre un effet globalement positif sur le recul du tabagisme aux Etats-Unis. 

De même, l'analyse d'impact de la réglementation (AIR), du bureau BASS pour l'Office Fédéral de la Santé Publique (OFSP), distingue l'effet d'interdictions sur la publicité du tabac, qu'il évalue d'autant plus positifs qu'elles sont strictes, de l'effet d'interdictions contre le vapotage. "Il semble que l’interdiction de la publicité pour les e-cigarettes dans les médias classiques serait, du moins au stade actuel, une mesure plutôt défavorable du point de vue économique", explique le rapport. Un effet positif sur les coûts de santé et les pertes de productivité liées aux maladies concordant avec le fait que l'accès au vapotage nicotiné aurait un effet positif de santé publique en favorisant une baisse de la prévalence tabagique, que le bureau BASS estime de l'ordre de 2,1%.

Cette "offensive", telle que la nomme la motionnaire Christine Hässler elle-même dans le Blick, indique l'ascendant pris par les extrémistes anti-vape sur le camp des parlementaires anti-tabac. Ce choix de condamner au silence l'approche de réduction de méfaits semble plus tenir d'une escalade de posture idéologique que fonder sur une réflexion de politique de santé publique. Alors qu'en l'état "des connaissances actuelles, on doit considérer que les cigarettes électroniques sont nettement moins nocives que les produits du tabac traditionnels destinés à être fumés", rappelle le rapport prudent du bureau BASS. Mais qui en sera informé, au sens plein du terme, si réseaux sociaux et points de vente sont astreints à le cacher et que la loi assimile ce moyen de sortir du tabagisme au tabac ?



jeudi 21 décembre 2017

Une initiative populaire pour interdire la publicité des produits du tabac sera lancée en février en Suisse

Tout le monde s'en doutait mais la télévision nationale, à la fois sur son canal romand et suisse-allemand, l'a annoncé en exclusivité hier soir. Un comité d'initiative visant l'interdiction de la publicité des produits du tabac en Suisse devrait lancer dés février la récolte des 100'000 signatures nécessaires pour être présentée au vote. Intitulée "enfants et jeunes sans publicité pour le tabac", l'initiative propose d'interdire au niveau national la publicité des produits du tabac par affichage, dans les publications, au cinéma, aux concerts et sur internet. Le doute plane sur les conséquences qu'elle pourrait avoir pour le vapotage.

Réplique à la LPTab

"Cette initiative est aussi une réponse politique au projet de loi tabac (LPTab)", commente Loïs Siggen Lopez de la RTS. Suite aux demandes du parlement d'exclure plusieurs restrictions, le nouveau texte interdit les publicités dans les journaux gratuits mais pas l'affichage ni les spots au cinéma. Trop laxiste pour les organisations politiques et de santé qui lancent l'initiative. "Il faut éviter que les jeunes tombent dans ce piège [du tabagisme]. Et c'est la publicité qui les met dans le piège et donc il faut l'interdire", explique Hans Stöckli, Conseiller aux Etats socialiste et membre du comité d'initiative. 

Egalement président de l'Alliance pour la santé en Suisse, Hans Stöckli insiste sur l'importance d'interdire la pub sur les réseaux sociaux et sur les lieux de vente. D'autre part, avec le texte de l'avant-projet de loi tabac (LPTab), la Suisse ne satisferait pas aux standard de la Convention cadre anti-tabac de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et ne serait pas en mesure de la ratifier. Pour le monde de la vape Suisse, l'assimilation aux produits du tabac prévue par l'avant-projet LPTab conjuguée à cette initiative, dont le texte précis n'a pas encore été dévoilé, laisse planer le doute sur de possibles conséquences

La promotion de la réduction des méfaits interdite ?

En l'état du texte d'avant-projet de loi, tout porte à croire que le vapotage subirait les mêmes interdictions que le tabac sur le sujet. Cela pourrait condamner toute promotion de la réduction des méfaits à l'aide du vapotage, tel qu'exigé par Macé Schuurmans. La question est d'autant plus sensible en regard de l'importance des réseaux sociaux pour les groupes d'entraide à l'arrêt du tabac à l'aide du vapotage, la diffusion d'information sur la réduction des méfaits, les vidéos tutorielles sur les produits de vapotage, voire les sites de vente en ligne et d'éventuelles campagnes de promotion de réduction des méfaits... 

Tout ceci pourrait se retrouver assimilé à des promotions de produits du tabac. Pour le moment ces questions restent floues. Une distinction nette entre vapotage et tabagisme telle que réclamée par les professionnels des addictions, les défenseurs de la réduction des méfaits et l'association des usagers Helvetic Vape lèverait toute ambiguïté et éviterait évidemment ce problème. 


Actuellement en Suisse, la publicité pour le tabac est interdite sur la télé et la radio, ainsi que par voie d'affichage dans une large majorité des cantons, sans beaucoup d'effets sur le niveau de tabagisme

mardi 12 décembre 2017

Ni légalisation rapide ni recherche: le Conseil National décide de ne rien faire pour le vapotage en Suisse


Hier, le Conseil National a rejeté un postulat demandant une étude sur les conséquences du vapotage. A l'origine de l'initiative, une majorité (12 sur 22) des membres de la Commission Santé et Sécurité Sociale des députés suisses (CSSS-N). Les intervenants au parlement ont raconté la genèse de cette proposition. "Lors de la réunion de la CSSS-N du 1er septembre 2017, le Conseiller national Clottu a demandé de présenter une motion de la Commission dans le but d'adapter l'Ordonnance sur les denrées alimentaires et les objets usuels (ODAIOU's) afin de permettre la commercialisation des cigarettes électroniques avec nicotine. Aujourd'hui, la vente de liquides contenant de la nicotine pour les cigarettes électroniques est interdite par la loi en Suisse", explique la Conseillère national Verena Herzog. En réalité, cette interdiction ne repose que sur une décision administrative (de l'OSAV) contestée depuis décembre 2015 devant le Tribunal Administratif fédéral. Mais passons sur la méconnaissance des détails de la situation de la Conseillère national.

Contre la réduction des méfaits

Bien connue pour sa haine des approches de réduction des risques, l'élue thurgovienne ne cache pas son opposition à la proposition de Raymond Clottu. "La demande d'abrogation de l'interdiction a été justifiée par le Conseiller national Clottu en raison des faibles conséquences néfastes des cigarettes électroniques par rapport aux cigarettes conventionnelles. Les cigarettes électroniques seraient également conçues pour réduire les dommages. Une fois de plus, l'industrie du tabac essaie habilement de transformer les préoccupations de santé en arguments de vente", juge Verena Herzog avant tout rapport sur la question. La "pasionaria anti-drogués", telle que la surnomment les médias suisses, a donc répliqué en proposant un postulat pour une étude sur le vapotage contre cette tentative de légaliser les liquides nicotinés, abandonnée en Commission par Raymond Clottu.

Plus mesurée

La socialiste Yvonne Ferri, également membre de la CSSS-N et favorable au postulat de recherche, liste les objectifs d'un rapport sur la question. "Il devra étudier les aspects suivants à la lumière des connaissances actuelles: conséquences de la consommation de cigarettes électroniques avec ou sans nicotine sur la santé; conséquences de la consommation de cigarettes électroniques en matière d'addiction; conséquences de la consommation de cigarettes électroniques sur la consommation de produits du tabac; conséquences de la consommation de cigarettes électroniques sur le marché des produits du tabac en Suisse", explique en français l'élue argovienne

Plus mesurée que son alliée de circonstance, elle précise qu'il "ne s'agit pas d'une stratégie pour récolter des arguments contre la réglementation des cigarettes électroniques, au contraire". Un point pas tout à fait évident en entendant Verena Herzog se référer aux articles de propagande anti-vape de la NZZ. "Ils soulignent que les liquides contenant de la nicotine facilement accessibles chez les adolescents pourraient avoir des conséquences dévastatrices", tonne la Conseillère national UDC. 

Pour la réduction des méfaits

Pour sa part, son camarade de parti, mais opposant sur cette question, Raymond Clottu s'agace du retard de la Suisse concernant la réduction des méfaits dans le domaine. "Alors que des restrictions entravant la liberté économique subsistent, l'approche obsolète en matière de produits sans combustion - donc cigarettes électroniques, tabac chauffé et snus - néglige le désir croissant des fumeurs adultes de se tourner vers des alternatives à la cigarette qui ont le potentiel de réduire les risques pour leur santé", constate l'élu neuchatelois. Il juge le refus de sa proposition de légaliser rapidement les liquides nicotinés, alors que "des milliers de consommateurs doivent se tourner vers l'achat à l'étranger ou sur internet", et le postulat en retour comme une diversion des opposants à l'approche de réduction des méfaits. 


"En ce qui concerne les études liées à la réduction de nocivité des nouveaux produits, il en existe déjà de très nombreuses concernant la cigarette électronique. A ce propos, le département de la santé britannique a déclaré que les cigarettes électroniques sont massivement moins nocives que les cigarettes conventionnelles, une déclaration largement soutenue par la communauté médicale", souligne Raymond Clottu. "Il est prouvé scientifiquement que de nouveaux produits sont moins nocifs que la cigarette conventionnelle. Ces faits doivent pouvoir être largement communiqués aux fumeurs adultes, et ces options ne devraient donc pas être soumises aux mêmes restrictions que la cigarette conventionnelle", insiste le Conseiller national UDC romand. 

Ni pour ni contre, bien au contraire

Alain Berset, Conseiller Fédéral en charge de la santé, confirme prudemment. "Les avis des experts sont partagés au sujet de la cigarette électronique, mais ils s'accordent sur un point: les cigarettes électroniques avec nicotine sont dans tous les cas beaucoup moins nocives que les cigarettes traditionnelles. Et ils s'accordent aussi pour estimer que le marché de la cigarette électronique avec nicotine doit être libéralisé en Suisse", explique le tout nouveau Président de la Confédération.

Pour autant, le Conseiller fédéral ne semble pas vouloir saisir l'opportunité d'une véritable politique de réduction des méfaits puisqu'il insiste pour n'autoriser le vapotage nicotiné que via son assimilation à la future Loi sur les produits du tabac (LPTab), dont l'avant-projet vient d'être mis en consultation publique jusqu'au 23 mars prochain. Le Conseiller Fédéral conclue en soutenant le postulat de recherche, mais à condition qu'il s'inscrive dans le cadre de la communication à propos du projet de LPTab. Autrement dit, un rapport mais sans espace pour réfléchir à une autre approche que celle qu'il a décidé.

Postulat rejeté par 106 voix

Par 106 voix contre 69, et 8 abstentions, le Conseil National a voté le rejet du postulat de recherche. Il n'y aura pas de recherche complémentaire à celles des services de l'Office Fédéral de la Santé Publique (OFSP), peu éclairées en la matière, et les contributions de la consultation publique. Au vu de l'orientation que voulait lui donner Verena Herzog, on n'est pas forcément chagriné par la chose. En regard de la possibilité de réfléchir à une véritable politique de santé publique intégrant le vapotage, on ne peut que regretter l'absence d'une réflexion de fond sur la réduction des méfaits dans le domaine. 

Une question que les services de Santé publique auraient dû ouvrir au plus tard en 2009 lorsque l'OFSP, dans le flou, a décidé d'interdire la vente des liquides nicotinés. Depuis, ils en ont eu l'occasion à maintes reprises. Cependant, depuis dix ans, rien de sérieux n'a été fait par les autorités compétentes sur le sujet en Suisse. En l'état, les usagers sont les plus aptes à délivrer des éléments éclairés sur la problématique. Mais les autorités sanitaires préfèrent toujours les snober.




vendredi 8 décembre 2017

Alain Berset assimile encore la vape au tabagisme dans son nouvel avant-projet de loi

Aujourd'hui, le Conseil fédéral a dévoilé son nouvel avant-projet de Loi sur les produits du tabac (LPTab) sans modification majeure de fond sur le chapitre du vapotage. Malgré le mandat du parlement stipulant la nécessité de "réglementer séparément les produits alternatifs" dont le vapotage, Alain Berset présente quasiment la même copie sur ce sujet un an après le rejet du premier texte en décembre 2016. "Les cigarettes électroniques seront soumises aux mêmes restrictions que les cigarettes traditionnelles en matière de publicité et de vente aux mineurs. Toutes les cigarettes électroniques, qu’elles contiennent de la nicotine ou non, seront soumises à la loi sur la protection contre le tabagisme passif et seront bannies des lieux où il est déjà interdit de fumer", explique le communiqué de presse du Conseil Fédéral. Bien que les autorités soulignent que "selon les connaissances actuelles, les cigarettes électroniques sont nettement moins nocives pour la santé que les cigarettes traditionnelles et peuvent constituer une alternative permettant de réduire les risques pour la santé".

Ce texte d'avant-projet - add 18h : texte disponible - va être désormais soumis à consultation publique pour recueillir avis, critiques et propositions de la société civile d'ici le 23 mars prochain. Les services de l'Office fédéral de la Santé Publique (OFSP), chargés de rédiger le texte, ont précisé un certains nombre de dispositions techniques, absentes dans la première version. Notamment, les flacons de recharges seraient limités à 100 ml et les réservoirs de tanks et les cartouches pré-remplies pour cigalikes à 10 ml. Une mention obligatoire couvrant 35% de l'emballage des flacons devrait annoncé que "la nicotine contenue dans ce produit crée une forte dépendance". Une nicotine que la notice explicative (p.21) accompagnant l'avant projet annonce vouloir limiter à 20mg/ml de concentration, comme dans l'Union Européenne. Les détails du texte seront probablement analysés plus finement dans les semaines qui viennent.

L'administration a pris en compte les demandes du parlement pour la légalisation du snus, qui "fera l’objet d'une mise en garde spécifique, qui attirera l’attention sur la dépendance et les risques pour la santé qu’entraîne sa consommation", et le refus de durcir les règles de publicité pour le tabac. "Les interdictions de publicité qui étaient prévues dans les cinémas, par voie d’affichage et dans la presse payante ont été biffées. Pour cette raison, la Suisse ne pourra pas ratifier la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac FCTC, qu’elle a signée en 2004 et qui à ce jour a été ratifiée par 180 Etats et l’Union européenne", précise le communiqué du Conseil Fédéral. Pour sa part, l'Association pour la prévention du tabagisme (AT-Suisse) estime que cet avant-projet est une "victoire de l'industrie du tabac" devant les caméras de la RTS.

Mises à jour à 23 h ;)


jeudi 7 décembre 2017

Mensonges et calomnies sur InfoSperber

Article honteux sur le site suisse-allemand InfoSperber publié ce 6 décembre. A quelques jours de l'annonce du nouveau projet de Loi sur les produits du tabac (LPTab), trois ultras contre le droit à la réduction des méfaits attaquent ad hominem le Pr. Jean-François Etter, de Stop-Tabac.ch. En dépit de la gravité des accusations portées sans aucun élément probant dans l'introduction signée de "la rédaction", le journal n'a pas jugé opportun de lui donner la parole. Cette manière de faire d'InfoSperber est une violation manifeste de la déontologie journalistique la plus élémentaire. Nous n'avons pas eu le temps de contacter les parties prenantes, nous nous concentrons donc uniquement sur le contenu de l'article signé de Macé Schuurmans, membre de la Commission Fédérale pour la Prévention du Tabagisme (CFPT), Rainer Kaelin, ex-vice-président de la Ligue Pulmonaire Suisse et Jürg Barben, pneumologue à l'hôpital pédiatrique de St. Gall.

"Au moins 95% moins nocif que de fumer"


L'article s'articule autour de trois contre-vérités. La première consiste à prétendre que l'évaluation d'une réduction des méfaits de 95% du vapotage par rapport aux cigarettes "n'est pas une mesure, mais se base sur une enquête dans laquelle seulement 12 collègues d'Etter ont été invités à donner leur appréciation personnelle en 2013, et qui a été critiquée comme trompeuse". Ceci est mensonger. L'évaluation du groupe mené par le Pr David Nutt a effectivement conclu à une réduction d'au moins 95% des méfaits du vapotage par rapport aux cigarettes. 

Mais deux organismes de santé éminemment prestigieux et compétents ont procédé par ailleurs à leur propre analyse scientifique. Ces deux organismes sont dans l'ordre chronologique, le Public Health England, l'organisme de santé publique anglaise qui a publié son rapport en 2015 - points clefs en français- , et le Royal College of Physicians britannique qui a écrit un rapport exceptionnellement riche intitulé "Nicotine without smoke" en 2016 - points clefs en français -.

Basé chacun sur des centaines d'études scientifiques prises en compte, ces rapports concluent que "le danger pour la santé découlant de l'inhalation à long terme de l'aérosol des produits de vapotage disponibles aujourd'hui ne devrait pas dépasser 5% du préjudice causé par le tabac fumé", dans la formulation du Royal College. Ceci est une fourchette d'évaluation et non un chiffre précis comme le présente avec un certain ridicule l'article d'InfoSperber. Le Royal College of Physicians britannique est le premier organisme de santé de référence au monde à avoir établi les dangers du tabagisme dans son rapport de 1962. Les membres de ces deux organisations sont au-dessus de tout soupçon et ils ont des connaissances dans le domaine  que les auteurs seraient inspirés de mettre à profit. Et les scientifiques concluant à cette réduction des méfaits ne sont pas tous des fumeurs contrairement aux accusations des trois signataires suisses.

La Pr Ann McNeill fume t-elle ?

Les Prs John Britton, Ann McNeill, Peter Hajek, Martin Dockrell, Deborah Arnott, Linda Bauld, Robert West, etc...  ne sont pas fumeurs. C'est surréaliste de devoir préciser cela. Car quand bien même le seraient-ils, on a du mal à voir en quoi cela les disqualifierait à saisir l'intérêt du vapotage pour justement sortir du tabagisme. D'autre part, contrairement à ce que prétend l'article d'InfoSperber, ces auteurs couvrent l'ensemble des aspects de la problématique, y compris l'épidémiologie. Le jour où Macé Schuurmans, Rainer Kaelin et Jürg Barben prendront la peine de lire et d'essayer de comprendre les travaux du Pr Robert West, peut-être seront-ils en mesure d'articuler une pensée plus consistante sur le sujet.

Enfin, les trois suisses allongent leur catalogue en précisant que les douze scientifiques du groupe du Pr David Nutt "n'étaient pas transparent sur leur financement". Ce ragot court de longue date. Le Times, le journal de Rupert Murdoch aux liens bien connus avec l'industrie du tabac, a publié des accusations contre ce groupe. Mis en demeure par les chercheurs calomniés de montrer des preuves de cette accusation, le journal anglais s'est trouvé passablement dépourvu. Aucun élément factuel à présenter et leur source, que l'on surnommera McK, a rétracté son témoignage. Le Times a dû démentir, retirer son article et présenter ses excuses. Le corbeau continue malgré tout à essayer de salir la réputation de collègues, dont au moins un semble avoir eu le défaut d'obtenir un poste que McK convoitait.

Où est la déclaration d'intérêts des auteurs ?

Quoiqu'il en soit, les rapports scientifiques de Public Health England et du Royal College of Physicians sont parfaitement transparents sur leurs financements. Par contre, on s'interroge sur l'absence de déclaration de liens d'intérêts concernant la publication d'InfoSperber. Un commentaire censuré par le site questionne les liens avec l'industrie pharmaceutique des trois auteurs. Une industrie qui bénéficie de la grande masse de maladies créées par le tabagisme pour étendre son chiffre d'affaires. A l'aune de la gravité des accusations portées contre le Pr Etter, les douze scientifiques du groupe du Pr David Nutt, du Public Health England, de l'institution du Royal College of Physicians, puis plus loin dans le texte implicitement contre Addiction Suisse, on pourrait s'attendre à une clarification d'InfoSperber, plutôt qu'une censure sur cette question.

Addiction Suisse visée sans être nommée

Après le rejet des deux rapports scientifiques les plus étayés sur le sujet, les trois auteurs accusent le Pr Etter de soutenir "le chiffre "officiel" ", guillemets des auteurs, du tabagisme à 25% en Suisse. C'est, sans guillemet, le chiffre officiel présenté, au public et à l'OMS, par l'Office Fédéral de la Santé Publique (OFSP), dont le Pr Macé Schuurmans est tout particulièrement proche. Effectivement ce chiffre, produit par une enquête de la fondation Addiction Suisse sous mandat de l'OFSP, est clairement sous-évalué. Le Pr Etter, qui n'est pas impliqué dans ce travail, non seulement convient de sa sous-estimation mais il m'avait précisé une piste d'explication du biais de l'enquête lorsque j'avais traité le sujet pour le Vaping Post. Les auteurs de l'article dans InfoSperber semblent tellement haineux qu'ils sont prêt à porter n'importe quelle accusation. 

On notera au passage que Rainer Kaelin s'appuie cette fois sur un article co-signé par le Pr Jacques Cornuz qu'il accusait, sans le nommer, d'avoir manipulé l'étude Delphi et le premier rapport (2014) de la Commission Fédérale pour la Prévention du Tabagisme sur le vapotage dans un autre article pour le Bulletin des Médecins Suisse en juillet dernier.

Moins de 5% des produits de vapotage sur les marchés européens sont à Big Tobacco

Le troisième délire des défenseurs de l'ordre en place est de prétendre que l'industrie du tabac "domine également le marché des cigarettes électroniques". C'est factuellement faux. Si ces auteurs ne le savent pas, c'est le signe d'une grave incompétence sur le sujet. En Suisse, la part des cigarettiers sur le marché du vapotage est néant, zéro, null, niente (désolé en romanche je ne sais pas le dire). Sur les grands marchés européens tels que la France, le Royaume-Uni, l'Allemagne, la part des ventes de produits de vapotage appartenant à des compagnies cigarettières est nettement en deçà de 5% - voir par exemple le rapport de l'institut Xerfi, dont le chercheur principal est interviewé sur Vaping Post


Les raisons en sont assez simples. Leur produits sont médiocres. Ils sont en format propriétaire forçant les consommateurs à être captifs de recharges spécifiques à la machine achetée, contrairement à la vape ouverte indépendante. D'un côté un produit limitant le choix, de l'autre une multitude de combinaisons de goûts et de pièces interchangeables pouvant évoluer etc... Enfin, une troisième raison est que les vapoteurs ex-fumeurs apprécient pour beaucoup de marquer leur rupture avec le tabagisme en coupant les liens avec les marques et les lieux de ventes de tabac.


L'exemple Suisse sous les yeux


Donc la réponse à la question des trois auteurs, "Pourquoi cette industrie devrait-elle saboter son marché du tabac en faisant la promotion des nouveaux produits de telle sorte que la plupart des fumeurs arrêtent vraiment de fumer?", est simple. L'industrie du tabac ne le fait pas. Au contraire, Big Tobacco défend ses ventes de cigarettes contre le vapotage. La Suisse en est un exemple manifeste avec l'interdiction de vente des liquides nicotinés. Les situations du Japon et de l'Italie confirment cet intérêt de certain cigarettier vaudois à interdire ou entraver le vapotage. 


C'est assez extraordinaire que ceux qui servent d'idiots utiles aux Big Tobacco soient à ce point à côté de la plaque sur ce qui se passe sous leurs yeux. Mais en poussant leur argument, et si c'était le cas? Si Philip Morris, BAT et Japan Tobacco se mettaient à vendre des produits de vapotage à leurs actuels clients fumeurs. Serait-ce bénéfique ou négatif pour la santé publique ? En réalité, l'expérience de pensée ne peut se résumer à cela. La métamorphose de la consommation de nicotine avec les moyens de réduction des méfaits soutenue par les usagers va faire éclater la situation d'oligopole actuelle des quatre Big Tobacco. S'y opposer, c'est travailler à maintenir le tabagisme. Et c'est tristement cette situation délétère qui prévaut en Suisse depuis huit ans.


Une politique pragmatique similaire à la stratégie britannique aurait permis à 500'000 fumeurs suisses de sortir du tabagisme depuis 2010. La collusion objective entre le discours anti-vape et les manigances des cigarettiers rappellent furieusement l'alliance des "baptistes et des trafiquants" durant la prohibition américaine. Sans prohibition, pas de trafic. Les meilleures alliées du maintien des ventes de tabac en Suisse aujourd'hui sont les mesures contre la vape. La multiplication d'entraves à l'accès aux produits pour les fumeurs par les restrictions sur la vente, sur le matériel, mais aussi le climat entretenu de peur et de doute, sont les meilleurs prétextes à la poursuite du tabagisme d'un fumeur.


Qui bénéficie du doute ?


Que cette question sur l'intérêt de l'industrie du tabac soit posée par un texte co-signé de Macé Schuurmans est extrêmement troublant. Il est le principal instigateur, avec la Présidente Lucrecia Meier-Schatz, du second rapport sur le vapotage en 2016 de la Commission Fédérale pour la Prévention du Tabagisme (CFPT) qui venait contredire le précédent sorti en 2014. Comme je l'avais souligné à l'époque, la reprise au nom de la CFPT de certaines exigences de Philip Morris, notamment d'une taxe anti-vapoteurs, est une énigme restée sans réponse.





D'un point de vue logique, je ne sais pas qui peut acquiescer à l'argument des trois auteurs qui disent 1) les cigarettiers ont intérêts à protéger leur marché de la cigarette puis 2) donc les cigarettiers ont intérêt à ce que les fumeurs quittent la cigarette pour le vapotage. L'irrationalité de l'argument touche au mysticisme. A fortiori lorsque l'on a en tête le bilan de leur politique anti-tabac: le maintien intact du tabagisme en suisse depuis huit ans - que l'on suive le chiffre officiel de 25% où l'évaluation au doigt mouillé mais plus réaliste de 30% -. A aucun moment, ces trois personnes ne s'intéressent à aider les fumeurs à s'en sortir. 



La chute concrète de plus de 20% du tabagisme au Royaume-Uni sous l'impulsion de l'essor du vapotage ne les intéressent pas. Pas un mot à ce sujet. Pourtant, depuis 2011 près d'un million de britanniques ont arrêté de fumer en utilisant de manière transitoire le vapotage, arrêtant donc les deux modes de consommation, et 1,5 millions ont arrêté de fumer pour vapoter exclusivement. Le tabagisme a chuté à 15,8% des adultes.


Les vapoteurs ont-ils aussi inventé le tabagisme adolescent?

L'ultime argument des défenseurs du statu-quo sont les enfants. C'est merveilleux les enfants pour couper court à toute réflexion. Qui leur voudrait du mal? L'astuce des auteurs est de faire comme si le vapotage était responsable du tabagisme adolescent. On est dans l'ordre de la pensée magique, pas de considération pour la réalité, juste le fantasme que le vapotage a inventé le tabagisme adolescent. Pourtant dans le réel, l'essor du vapotage a coïncidé avec une accélération de la chute du tabagisme chez les adolescents que ce soit au Royaume-Uni, aux Etats-Unis et dans la région parisienne. 

La haine et le mépris des trois auteurs envers les usagers leur rend visiblement difficile de prendre en considération leur expérience. C'est pourtant nécessaire pour saisir le phénomène qui a pu se produire entre 2013 et 2015 chez les ados. L'usage du vapotage sans nicotine pour 80% de ceux qui déclaraient l'utiliser, leur a permis d'expérimenter, de répondre à ce que des sociologues appellent la "pression sociale", tout en évitant le tabagisme. Une part utilise avec nicotine, pour la quasi totalité d'entre eux en étant déjà fumeurs, ce qui malheureusement peut commencer parfois à 12, 13 ou 14 ans. L'accélération de la chute du tabagisme est manifeste. Elle est encore plus rapide dans les Etats américains qui autorisaient la vente de produits de vape aux mineurs, par rapport à ceux la prohibant, comme le montre une étude d'Abigael Friedamnn de Yale.

Il y a évidemment des jeunes qui vont vapoter puis fumer. Ils sont rares, mais si on concentre sa recherche uniquement sur eux comme une loupe, on peut les mettre en relief. Auraient-ils échappé aux cigarettes sans la vape ? Le nombre élevé de fumeurs ado avant le vapotage, où tout simplement en Suisse où le vapotage est peu répandu, suggère fortement que non. Cela suggère aussi que l'explication mécanique causale simplette échoue à saisir les facteurs rendant certaines personnes susceptibles de devenir consommateurs de nicotine. Mais en fait, la question n'intéresse pas les auteurs de l'article d'InfoSperber. 

Leur interprétation complètement fantaisiste de l'étude menée par Gerhardt Gmel et al. à propos des jeunes recrues suisses est très révélatrice de leur fantasme. Cette étude montre que des jeunes recrues, d'une vingtaine d'années, déjà fumeurs étaient très peu nombreux à arrêter en utilisant le vapotage en Suisse en 2013. Dans un pays où la vente de liquides nicotinés est interdite. A une époque où la pratique des dons de nicotine n'existait pas encore. Dans un climat de peur et de doute contre le vapotage cultivé par les lobbys. 

La protection du tabagisme

Le maintien du tabagisme de ces jeunes hommes se passe dans le contexte suisse extrêmement hostile à l'arrêt du tabagisme à l'aide du vapotage. Outre la prohibition des liquides nicotinés, l'information sur la réduction des méfaits y est largement absente tout comme le soutien à une telle démarche. Ce que montre ces résultats, c'est que la politique menée selon l'idéologie des Macé Schuurmans, Rainer Kaelin et Jürg Barben profite au maintien du tabagisme, y compris chez les jeunes suisses. Alors qu'un environnement bienveillant à l'égard des vapoteurs double les chances des fumeurs de réussir leur sevrage tabagique à l'aide du vapotage par rapport à ceux des pays liberticides. 73,2% de sevrages pour les britanniques et américains contre 31,5% pour les australiens et canadiens, selon l'étude de l'International Tobacco four countries.

La proposition générale de l'article d'InfoSperber est de perpétuer cette hostilité à l'égard des fumeurs tentant de sortir du tabagisme à l'aide du vapotage. Dans leur article, leur seule proposition articulée est d'interdire l'information sur la réduction des méfaits. Ceci alors qu'en Suisse la publicité commerciale pour le tabac est autorisée. Dans son rapport pour la CFPT, Macé Schuurmans et Lucrecia Meier-Schatz précisaient vouloir interdire aux professionnels de santé d'en parler positivement. Le fil conducteur de tout l'article d'InfoSperber est un rejet des études de science. Implicitement, il est aussi un rejet de l'expérience de millions d'usagers. 

Burp

Cette publication est choquante pour la violence des calomnies qu'elle porte. Mais peut-être pire que cette attaque personnelle sans élément de preuve contre le Pr Jean-François Etter, l'éloge d'un obscurantisme intellectuellement malsain et le mépris humain qui se dégagent de ce papier sont profondément ignobles. Ce matin, j'apportais mon soutien sur un réseau social d'entraide à l'arrêt des cigarettes avec le vapotage. J'ai lu de nombreux billets témoignant du plaisir de retrouver son souffle, son odorat, de voir son rythme cardiaque se normaliser au fil des semaines après l'arrêt. Des souffrances aussi de personnes ayant de grandes difficultés à "lâcher" les cigarettes. Des témoignages de malades, pour certains très graves, de proches aussi. 

Puis j'ai lu cet article d'InfoSperber et j'ai eu la nausée.