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dimanche 22 avril 2018

Etude clinique à Milan: 2,5 fois plus d'arrêts tabagiques réussis avec une vape peu ou pas nicotiné que sans rien

"Le vapotage a augmenté le taux d'arrêt, ainsi que la réduction du nombre de cigarettes quotidiennes des participants qui ont continué de fumer". La principale conclusion d'une équipe de l'Institut Européen d'Oncologie (IEO) de l'Université de Milan confirme, dans les conditions d'une étude clinique, le potentiel du vapotage pour aider au sevrage tabagique. L'étude, publiée dans la revue d'Oxford Nicotine & Tobacco Research, a sélectionné 210 fumeurs sur 550 postulants provenant du suivi COSMOS II (Continuous Observation of SMOking Subjects). 

European Institute of Oncology MilanoEtre fumeur d'au moins 10 cigarettes quotidiennes depuis plus de dix ans et être motivé à arrêter étaient notamment des critères pour participer au suivi de trois mois fin 2015. L'âge des participants était assez élevé avec une moyenne de plus de 62 ans. Un premier groupe a reçu une vapoteuse de type ego CE4 avec une fiole de liquide goût tabac nicotiné à 8 mg/ml, un second groupe la même vapoteuse avec des liquides sans nicotine et le troisième groupe témoin ne recevait rien de particulier. Tous les participants avaient un appel téléphonique mensuel d'une dizaine de minutes, où ils ont été invités à arrêter de fumer après la première semaine du suivi.

Consommation limitée de vapotage

Les chercheurs ont demandé aux participants des deux groupes vapoteurs de ne pas consommer plus d'un millilitre de liquide par jour. Avec en moyenne un peu moins de onze fioles consommées en trois mois (soit 1,2 ml/jour), les participants se sont tenus à cette consigne. Cette consommation réduite de nicotine peut expliquer la faible différence de résultats entre les deux groupes de vapoteurs (avec/sans nicotine), selon les chercheurs. On peut se demander si la plutôt faible concentration de nicotine des liquides associée à cette consigne n'ont pas conduit certains participants à ne pas réussir leur arrêt tabagique.

Au terme du suivi:
    le modèle utilisé par l'étude
  • 25,4% des utilisateurs de vapoteuses (Ego) avec une consommation limitée de liquides nicotinés (à 8mg/ml) n'avaient plus fumé depuis trois mois,
  • 23,4% des vapoteurs sans nicotine ont fait de même, ainsi que
  • 10,3% des participants n'ayant pas reçu de vapoteuse (et s'étant engagé à ne pas en utiliser ni une autre aide de type patchs ou gommes nicotinés). 

Plus de réduction de cigarettes avec la vape nicotinée

Les vapoteurs avec nicotine qui n'ont pas réussi à stopper de fumer, ont par contre plus nettement réduit leur consommation de cigarettes que les vapoteurs sans nicotine et le groupe témoin. D'une consommation initiale de plus de 19 cigarettes par jour, les vapoteurs avec nicotine ont réduit à 7,67 cigarettes tandis que les vapoteurs sans nicotine passaient à 9 et les 'sans vape' à un peu plus de 10 cigarettes quotidiennes.

Améliorations de l'état de santé

En Angleterre, l'information sur le vapotage pour l'arrêt tabagique est déjà intégréeLes chercheurs ont aussi questionné les participants sur leurs symptômes respiratoires. "Une réduction significative de tous les symptômes a été reportée, probablement en raison de la réduction de cigarettes quotidiennes fumées par la plupart des participants, indépendamment du groupe de l'étude", précisent t-ils. Environ 21,5% des participants signalent une diminution de la toux, 18,5% moins d'inflammation pulmonaire (catarrhe) et 14,5% une amélioration de la respiration. Concernant le groupe vapoteurs avec nicotine, 23% rapportent un effet indésirable de gorge irritée lors du premier mois. Mais après trois mois, cet effet secondaire n'est plus signalé que par 5,7% de ce groupe. 

Intégrer le vapotage aux guides sur les arrêts tabagiques

En conclusion, les auteurs suggèrent d'intégrer le vapotage à l'aide à l'arrêt tabagique. "Il pourrait être utile d'associer cet appareil à de nouveaux guides d'auto-soutien afin de permettre aux gens de mieux gérer les changements de comportement et les effets secondaires. Ceci est vrai pour les fumeurs prêts à arrêter (comme nos participants) mais peut aussi être avantageux pour les fumeurs moins motivés se trouvant en milieu clinique".

edit à 16h30 du titre pour le rendre plus clair. Merci à Michel pour la remarque ;)

samedi 3 mars 2018

[Bref] En Islande, la vape est "un miracle" de santé publique

En 3 ans, 10'000 islandais ont lâché les cigarettes pour la vape
Une impressionnante chute de 37% du tabagisme en trois ans. En 2014, 35'000 islandais, soit 14% de la population adulte, fumaient. En 2017, ils ne sont plus que 22'000 fumeurs, 9% des résidents de l'île, selon les dernières statistiques de la Direction de la santé islandaise«C'est miraculeux. Un tel phénomène ne peut pas être négligé», explique le Dr Guðmundur Karl Snæbjornsson à la presse locale (ici en anglais)"Le tabagisme est tombé comme un rocher. Nous n'avions jamais vu ça auparavant", déclare le docteur. Depuis 2008, les ventes de cigarettes se sont effondrées de 50% sur l'île, selon les chiffres officiels (de l'ÁTVR) que s'est procuré le Dr Guðmundur Karl Snæbjornsson. Même s'il est difficile d'établir formellement un lien de causalité, le spécialiste anti-tabac estime que la hausse de vente du snus et, surtout, l'essor du vapotage ces trois dernières années sont liés à la chute du tabagisme. "Les plus grands facteurs ont été le snus et le vapotage, qui ont clairement lessivé le tabagisme", se réjouit-il.

20'000 vapoteurs dont plus de 10'000 exclusifs

L'essor du vapotage a accéléré la tendance
Selon les chiffres de l'enquête de santé, 8% des islandais majeurs déclarent avoir utilisé au moins une fois dans leur vie le vapotage en 2017"Cela représente environ 20'000 vapoteurs au total, dont la moitié au quotidien. Une augmentation d'un tiers par rapport à 2016 où ils étaient 15'000", souligne le Dr Guðmundur Karl Snæbjornsson au journal Vízir (en islandais)Parmi ces 20'000 vapoteurs, 48% déclarent à l'enquête de l'institut national de santé avoir arrêté de fumer, tandis que 40% vapotent et fument encore. Difficile de ne pas donner crédit au phénomène de vase communiquant entre les 13'000 fumeurs en moins depuis 2014 et les 10'000 vapoteurs déclarant avoir arrêté de fumer. 

Pas de loi anti-vape

Actuellement, l'Islande n'a aucune restriction particulière contre le vapotage. Un projet de loi voulant imiter les restrictions anti-vape européennes de la TPD a échoué au parlement l'an passé. L'audition de spécialistes de santé publique, tels que la Pr Linda Bauld ou le Pr Peter Hajek, avait convaincu les élus de prendre en compte les éléments scientifiques et la parole des usagers contre les écueils du projet de législation. Les résultats de l'enquête de santé semblent confirmer que les députés ont été bien inspirés d'écouter les défenseurs d'une approche de réduction des méfaits. 


vendredi 2 mars 2018

Enquête parlementaire: le Brexit va t-il libérer les britanniques des restrictions toxiques anti-vape de la TPD européenne ?

Plus de succès d'arrêt tabagique et moins de consommation avec des liquides correctement dosés en nicotine
"La limite maximale de 20 mg/ml de nicotine est issue de la directive européenne (TPD). Quelle est la marge pour la changer après le Brexit ?" La question de Damien Moore, parlementaire conservateur, tranche dans la salle feutrée du Comité science et technologie de la Chambre des Commons lors de sa seconde séance consacrée au vapotage jeudi dernier. Face aux élus, la Dr Lynne Dawkins et le Pr David Harrison étouffent un petit rire surpris du ton si direct. "Il n'y a aucune justification à cette limite. Elle a été prise de manière arbitraire. Il n'y a pas de preuve d'augmentation des méfaits de la nicotine pour les niveaux supérieurs à 20 mg/ml. Or nous avons constaté que lorsque les usagers réduisent le taux de nicotine, ils compensent en consommant plus de liquide. C'est coûteux financièrement, et cela peut avoir un coût pour la santé en augmentant l'exposition", répond la Dr Dawkins, du Centre des sciences du comportements de l'Université de Londres. En synthèse, elle recommande de reconsidérer cette limite du taux de nicotine à la lumière des résultats des recherches auxquelles la chercheuse a collaboré.

Limiter le taux de nicotine pousse à la surconsommation

comme avec les cigarettes lights, la vape light pousse à compenser
L'effet compensatoire, Lynne Dawkins l'a constaté lors d'études en laboratoire et sur le terrain. La première, publiée dans Psychopharmacology en 2016,  observait les différences de comportement de 11 vapoteurs expérimentés avec des liquides faiblement (6 mg/ml) ou un peu plus fortement (24 mg/ml) dosés en nicotine. "Le nombre de bouffées [sur une heure] et la durée de chaque bouffée étaient significativement augmentés avec le taux de nicotine le plus faible, pour finir par doubler le volume de liquide consommé. Nos observations suggèrent que, tout comme les fumeurs, les vapoteurs compensent lorsqu'ils passent à un liquide moins nicotiné", explique la Dr Dawkins dans sa déposition écrite au Comité parlementaire.

la chercheuse du Cancer Research UKUne seconde étude, en phase de relecture avant publication*, confirme avec 20 vapoteurs dans le "monde réel" les grandes lignes de la première. "Nous avons vu qu'en moyenne, lorsque les gens utilisent une concentration plus faible de nicotine, ils compensent à la fois dans leur manière de prendre des bouffées [plus nombreuses et longues] et en augmentant la puissance de l'appareil. Cette combinaison semble être associée à une plus grande exposition aux carbonyles. Le message clé est de ne pas encourager les vapoteurs à utiliser des concentrations faibles en nicotine. En fait, - peut-être est-ce contre-intuitif - utiliser une concentration de nicotine plus élevée peut amener à prendre moins de bouffées. La délivrance de nicotine semble aussi plus efficace avec une concentration plus élevée de nicotine", résume la Dr Dawkins devant la commission.

* Mise à jour 10-01-2018 : l'étude vient d'être mise en ligne par Nicotine & Tobacco Research à https://academic.oup.com/ntr/advance-article-abstract/doi/10.1093/ntr/ntx162/4004823

Augmenter le taux de nicotine minimise les risques de méfaits 

Auparavant, les mesures salivaires d'un suivi sur huit mois de 98 vapoteurs mené entre 2013 et 2015 par le Pr Jean-François Etter, de l'Institut de santé globale de l'Université de Genève, allaient dans le même sens. Les vapoteurs réduisent le taux de nicotine de leur liquide, mais augmentent le volume de liquide consommé pour maintenir une nicotémie similaire. Le point est simple. "Le corpus scientifique montre que la nicotine elle-même n'est d'aucune façon la substance la plus dangereuse", explique le Pr David Harrison, du Comité sur la toxicité (COT) devant les parlementaires. Son risque réside dans l'éventualité que sa consommation amène à s'exposer à d'autres toxiques, précise le spécialiste.

Entendu que la nicotine ne présente que des risques sanitaires mineurs, en limiter la concentration de manière abusive dans le vapotage pousse à la consommation de liquide, dont la principale inconnue sanitaire reste les substances dégagées par la chauffe de certains arômes. Or même avec des risques réduits, surconsommer augmente évidemment ceux-ci par rapport à une consommation réduite. A fortiori concernant des substances, comme les aldéhydes, dont les risques sont doses-dépendants.

Une interdiction de facto d'arrêter de fumer

Un autre aspect de l'effet pervers de la limitation abusive du taux de nicotine s'exerce contre les fumeurs empêchés de pouvoir passer au vapotage par cette limite. Ce sont les fumeurs les plus accrochés qui subissent là une double peine. Cette limite pourrait aussi expliquer la persistance de consommation de cigarettes pour une part des "double usagers" - qui vapotent et fument encore. Aussi la force symbolique de fixer ce taux arbitraire comme maximum dans la loi, amène une grande part du public, et notamment des nouveaux usagers, à être persuadés que 20 mg/ml est un taux élevé. Or il est insuffisant pour une frange importante de fumeurs.
Sarah Jakes et David Dorn de la NNA (UK)

"Beaucoup de fumeurs sont dissuadés d'essayer de passer au vapotage par des restrictions arbitraires de la TPD, ainsi que les articles irresponsables et inexacts sur les risques pour la santé. Beaucoup d'entre eux risquent de continuer de fumer. Il semble que le nombre de fumeurs qui passent à la vape soit en train de plafonner au Royaume-Uni", alerte Sarah Jakes, présidente de la New Nicotine Alliance UK (NNA), au site Register qui couvre le travail du Comité parlementaire. 

L'inquiétude de Sarah Jakes est partagée dans le monde médical. "C'est une chose déprimante à entendre dans une clinique pour les bronchites chroniques (BPCO), mais malheureusement fréquente"désespère le Dr Nicholas Hopkinson, dans une tribune sur le British Medical Journal (BMJ). Ce qu'il a entendu, c'est ce que toute personne investie dans l'aide à l'arrêt tabagique entend régulièrement: "J'étais passé au vapotage mais quelqu'un m'a dit que c'est aussi mauvais que les cigarettes, alors je me suis remis à fumer". La conséquence malsaine concrète des mesures anti-vape des autorités et des campagnes de propagande propagées par des médias et des groupes d'intérêts.

La vidéo de la séance du Comité parlementaire 

A partir de 1h23mn56, l'audition de la Dr Lynne Dawkins et du Pr David Harrison. 
(Avant se trouve l'audition des quatre grands cigarettiers - Philip Morris, BAT, Japan Tobacco et Imperial Tobacco -).





mardi 27 février 2018

Russie: le Ministre de l'industrie annonce un projet de réglementation différenciée favorable au vapotage contre le tabagisme

La Russie s'apprête à réglementer le vapotage de manière distincte des produits du tabac. C'est ce qu'annonce Denis Manturov, Ministre de l'industrie et du commerce, dans un interview fleuve pour Vedomosti, le quotidien économique. Le Ministre révèle que le gouvernement russe a "pris l'initiative de séparer ces appareils en une catégorie distincte, car ils sont radicalement différents des cigarettes et du tabac traditionnels". L'absence de combustion du vapotage et la réduction massive des méfaits par rapport aux cigarettes justifie un traitement différencié aux yeux du gouvernement. "Les appareils électroniques sont plus sûrs. De nombreux experts, y compris occidentaux, articulent même un chiffre: les moyens électroniques de livraison de nicotine sont 95% moins nocifs que les cigarettes conventionnelles. Le chiffre même peut être discuté, mais le fait que les méfaits sont bien moindres est évident. Par conséquent, la réglementation des produits du tabac traditionnels et des moyens électroniques doit être sans ambiguïté", explique le Ministre Denis Manturov.

"Les fumeurs doivent passer au vapotage"

Une loi spéciale pour les produits électronique de délivrance de nicotine devrait fixer des restrictions basiques pour en interdire la vente aux mineurs et son utilisation dans les écoles et les jardins d'enfants explique le Ministre. En parallèle, Denis Manturov annonce dans son interview la future implantation d'un tracking strict des paquets de cigarettes. "Il a déjà été décidé que ce sera DataMatrix", explique le Ministre, avant de présenter une possibilité, "si nous parlons d'étiquetage à l'aide d'une puce RFID, cela coûte 3,5 roubles [par paquet], mais cela nous permet de développer notre microélectronique domestique". Une option qui ferait exploser le prix des cigarettes pour les russes. 

"Le Ministère de la santé s'en réjouit. (...) Les fumeurs doivent passer aux moyens électroniques de délivrance de nicotine", appuie Denis Manturov avant de préciser, "dans les appareils électroniques, il n'y a pas de combustion (...) or les produits de combustion sont les plus nocifs, je dirais même la composante létale du tabagisme traditionnel". Il conclut que les régimes de taxations doivent aussi être différenciées pour favoriser le passage des cigarettes vers le vapotage. 

Vaping grade 

L'annonce du Ministre de l'industrie peut surprendre. En 2014 au sommet anti-tabac de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) à Moscou, la Russie s'était faite porte-parole de la ligne prohibitionniste anti-vapotage. Quatre ans plus tard, les travaux scientifiques sérieux semblent avoir fait changer la position des dirigeants. Ce qui se passe concrètement peut-être aussi. L'interdiction de fumer dans les lieux publics depuis 2014 est concomitant à un impressionnant essor du vapotage dans le pays. Fin janvier, un autre article de Vedomosti estimait à près de 4 millions le nombre de vapoteurs russes en 2017. Tandis que le tabagisme a chuté de plus de 20% depuis 2009 selon l'OMS.

L'alliance professionnelle du vapotage en Russie estimait à plus de 2'000 boutiques spécialisées et des centaines de vape-bars, aux côté des près de 50'000 points de vente non spécialisés en 2016. Depuis, le marché du vapotage poursuit sa fulgurante expansion, dépassant 17 milliards de roubles (~285 Fs millions, ~245 € millions). Actuellement, il est aux mains de la vape indépendante qui se base sur une solide culture vape présentée par le site WM. Mais ce marché attire, évidemment, les cigarettiers. "De nombreuses cigarettes électroniques de fabricants inconnus et de qualité inconnue sont vendues sur des sites Web ou sur les réseaux sociaux", avance avec de gros sabots Karina Korotkina, la directrice commerciale de Japan Tobacco en Russie, le mois dernier à Vedomosti. Un refrain que l'on croit avoir déjà entendu plus à l'ouest pour justifier de restrictions contre la vape indépendante...

mercredi 21 février 2018

Faut-il avoir peur du vapotage? Six rumeurs démystifiées par la science

La presse à sensation et les sites "à click" multiplient les articles anxiogènes sur le sujet. Le Pr Martin Dockrell, directeur du programme sur le tabac du Public Health England (PHE), balaie six mythes sur le vapotage dans un article publié hier sur le site officiel de l'organe de santé publique anglais. "Il y a beaucoup d'inexactitudes et d'idées fausses sur le vapotage. Ce billet se penche sur les mythes les plus courants et présente les faits", explique t-il en s'appuyant sur la récente mise à jour du rapport scientifique du PHE ayant sélectionné et révisé plus de 400 études internationales sur le vapotage. 

"Malgré les sujets dans les médias parfois confus, et confondants, sur la sécurité du vapotage, il y a un consensus croissant autour des connaissances. Bien qu'il ne soit pas totalement sans risque, le vapotage est beaucoup moins nocif en comparaison du tabagisme. Cette évaluation est soutenue par nombre d'organismes clés, notamment le Cancer Research UK (CRUK), l'Action on Smoking and Health (ASH), le Royal College of Physicians (RCP), la British Medical Association et, récemment, un important organe scientifique américain, la National Academies of Sciences, Engineering and Medicine", rappelle en préambule le Pr Martin Dockrell.

Mythe 1 : la "maladie du pop-corn"

C'est la rumeur préférée des sites sensationnalistes. A l'origine de la rumeur, des ouvriers d'une usine américaine de pop-corn, utilisant massivement du diacétyle pour parfumer leur produit d'une saveur beurrée, ont été atteints à l'orée des années 2000 de bronchite obstructive, une maladie pulmonaire très rare. "Bien que le diacétyle est désormais interdit comme ingrédient des liquides de vapotage au Royaume-Uni, il a été détecté par le passé dans certains arômes d'e-liquide, mais à des niveaux cent fois inférieurs à ceux de la fumée de cigarette. Or même à ces niveaux, le tabagisme n'est pas un facteur de risque majeur pour cette maladie rare", précise le Pr Dockrell. En fait, les cas de malades liés au diacétyle ont été exposé à des doses des milliers de fois supérieures à celle détectées dans les "pires" liquides de vapotage avant l'entrée en vigueur des normes européennes. Contrairement à un mensonge colporté par des sites douteux, aucun cas de malade n'est apparu.

Mythe 2 : l'absence de réglementation et de connaissance

Dans l'Union Européenne (UE), l'implémentation au niveau national des articles relatifs au vapotage de la directive sur les produits du tabac (TPD) dote les pays d'une réglementation. "Les produits de vapotage sont soumis à des normes minimales de qualité et de sécurité, ainsi qu'à des exigences d'emballage et d'étiquetage pour fournir une information nécessaire aux consommateurs pour faire des choix éclairés", précise le PHE. Si ces normes et obligations d'avertissements sont discutables, c'est plutôt par excès de principe de précaution. La composition et un ensemble de tests des produits mis sur le marché sont obligatoirement notifiés aux autorités de santé, l'Agence des médicaments et des produits de santé (MHRA) pour le Royaume-Uni. C'est aussi le cas en France, même si la Ministre de la santé ne semble pas au courant.

Mythe 3 : la peur de la nicotine

"Quatre fumeurs sur dix croient à tort que la nicotine cause la plupart des cancers liés au tabagisme, alors que les preuves scientifiques montrent que la nicotine ne comporte qu'un risque minime pour la santé", souligne le Pr Dockrell. La nicotine fait partie des raisons de fumer, mais ce sont les milliers de substances chimiques produites dans la combustion du tabac qui sont les causes de maladies. "Le vapotage ne dégage pas de goudron ni de monoxyde de carbone, deux des éléments les plus nocifs de la fumée de tabac. Il contient certains produits chimiques trouvés dans la fumée de tabac, mais à des niveaux beaucoup plus bas", explique le responsable du PHE sur la base des recherches scientifiques.



Mythe 4 : le spectre du vapotage passif 

Le tabagisme passif est nocif. Même sans fumer soi-même, inhaler dans un lieu clos la fumée de cigarettes a des conséquences sanitaires. C'est la raison justifiant les interdictions de fumer dans les lieux publics fermés et les lieux de travail. "Ces lois ne couvrent pas le vapotage et les organismes sont libres d'établir leurs propres règles sur l'utilisation du vapotage dans leurs locaux", rappelle le PHE concernant le Royaume-Uni. Contrairement aux cigarettes, qui se consument entre deux bouffées émettant ainsi l'essentiel (environ 85%) de ses rejets dans son environnement proche, il n'y a pas d'aérosol émis directement dans l'atmosphère par la vape. Seul est rejeté l'aérosol expiré par le vapoteur, qui en a absorbé la majeure partie des substances. "Le dernier examen des données de PHE montre qu'à ce jour, aucun danger pour la santé n'a été identifié pour l'entourage", souligne le Pr Dockrell. Précisant cependant que des personnes souffrant d'asthme ou d'autres affections pulmonaires peuvent être sensibilisés aux irritants dans l'air. ce qui peut inclure le vapotage.

Mythe 5 : la "théorie de la passerelle" du vapotage amenant les jeunes au tabagisme

Des jeunes expérimentent le vapotage. Mais la plupart ne font qu'essayer et ne l'adoptent pas. "Notre rapport n'a trouvé aucun élément pour soutenir l'inquiétude que le vapotage serait une voie vers le tabagisme pour les jeunes. Les enquêtes britanniques montrent que les jeunes expérimentent le vapotage mais son usage régulier est rare et confiné presque entièrement à des jeunes déjà fumeurs. Tandis que le tabagisme des jeunes au Royaume-Uni continue de baisser", résume clairement le spécialiste de santé publique.

Mythe 6 : le vapotage est un cheval de Troie de Big Tobacco pour maintenir le tabagisme

C'est une théorie du complot très répandue chez les opposants à l'approche de réduction des méfaits. Certains allant jusqu'à prétendre que le vapotage empêche d'arrêter de fumer. "Il n'y a actuellement aucune preuve suggérant que le vapotage encourage les gens à continuer de fumer - les données au Royaume-Uni suggèrent le contraire", démystifie le Pr Dockrell. Plus de la moitié des 2,9 millions de vapoteurs britanniques actuels, soit environ 1,5 millions ont totalement arrêté de fumer. Auxquels s'ajoutent plus de 770'000 personnes qui ont arrêté de fumer puis arrêté de vapoter. "Dans le même temps, les taux de réussites de sevrages tabagiques ont augmenté et nous constatons une accélération de la chute du taux de tabagisme, qui atteint un record du niveau le plus bas à 15,5% de fumeurs [de plus de 15 ans] en Angleterre", insiste le responsable du PHE. 

Le Pr Dockrell conclue cette brève démystification des fausses rumeurs les plus répandues dans les médias et internet: "En résumé, le vapotage et les cigarettes ne sont pas similaires et ne doivent pas être traitées de la même manière. Il est important que les sept millions de fumeurs anglais aient conscience de ces différences et puissent avoir une information adéquate pour faire leurs choix de santé. Le vapotage n'est pas totalement sans risque mais il ne comporte qu'une fraction du risque du tabagisme et il aide des milliers de fumeurs à s'en sortir et rester non-fumeurs".


samedi 10 février 2018

Vape, pneumocoque, ERS et Philip Morris: Qui est infecté?

"Il n'y avait aucune différence du niveau de récepteurs du facteur d'activation plaquettaire (PAFR) au départ entre les 11 vapoteurs et les six personnes du groupe témoin". L'étude publiée par le journal de l'European Respiratory Society (ERS) a analysé des cellules épithéliales du nez de onze vapoteurs au long cours et celles de six personnes qui n'ont jamais fumé ni vapoté. Sur les onze vapoteurs exclusifs, depuis au moins trois mois et jusqu'à huit ans pour le plus ancien utilisateur, dix vapotent au quotidien, le dernier qu'une à deux fois par semaine. Les concentrations en nicotine de leurs liquides vont de zéro à 24 mg/ml (pour trois d'entre eux). Comme le précise la citation plus haut des auteurs menés par Lisa Miyashita, de la Queen's Mary University de Londres, l'analyse ne montre à ce stade aucune différence notable entre ces vapoteurs et les jamais fumeurs ni vapoteurs du groupe témoin.

Pas de différence significative sur les principaux échantillons

Ce résultat, sur un panel très réduit de personnes, coïncide avec d'autres études montrant la réduction flagrante de problèmes respiratoires en général, et d'infections en particulier, chez les ex-fumeurs passés au vapotage exclusif. "La partie la plus pertinente de l'article concerne les cellules prélevées sur des personnes qui ne fument ni ne vapotent et des vapoteurs avant et après le vapotage. Ici, il n'y avait pas de différence dans l'expression de PAFR entre vapoteurs et non-vapoteurs dans les échantillons principaux!", souligne le Pr Peter Hajek, également de la Queens Mary University de Londres mais pas dans l'équipe de cette recherche, dans une réaction critique publiée sur le Science Media Center

Sur près de 1'000 vapoteurs, 66% de diminution d'infections pulmonaires


"Les données provenant de personnes, contrairement à celles sur des cellules ou des animaux exposés de manière très différente, ne montrent aucun signe que vapoter rende plus vulnérable à l'infection. En fait, elles pointent en sens opposé. Des travaux antérieurs suggèrent que les ex-fumeurs passés du tabac au vapotage signalent non pas une augmentation, mais en fait une diminution significative des infections respiratoires", poursuit le Pr Peter Hajek se référant notamment à une étude sur 941 vapoteurs qu'il a co-signé avec le Pr Berndt Mayer et Johanna Miler publiée en 2016 dans le Journal of addiction and therapy.

Une augmentation temporaire du récepteur du facteur d'activation plaquettaire en prise aiguë

Cependant, les chercheurs de l'étude publiée par l'ERS ne se sont pas contentés de ce résultat. Ils ont multiplié les tests après usage, ainsi que sur des cellules in vitro et des souris. "Les niveaux de RFAP dans les voies aériennes supérieures ont été mesurés chez l’ensemble des sujets. Avant vapotage (pour le groupe test), les niveaux de RFAP étaient les mêmes dans les deux groupes. Une heure après vapotage, les niveaux de RFAP avaient triplé chez les vapoteurs. Le fait que les niveaux avant vapotage ne soient pas augmentés chez les vapoteurs semble signaler que l’augmentation de l’expression de RFAP n’est pas persistante dans le temps", résume le Quotidien du Médecin en français.

Un indice indirecte


Les chercheurs publiés par l'ERS estiment cela inquiétant. "Ces résultats dans leur ensemble suggèrent que le vapotage rend les voies aériennes plus vulnérables aux pneumocoques", explique Jonathan Giggs, auteur référent de la publication. A l'opposé, le Pr Peter Hajek souligne que "l'étude a seulement noté un effet aigu transitoire après le vapotage. Il n'est pas clair de quelle manière cela peut se traduire par des effets sur la santé"

Même scepticisme prudent sur les enseignements que l'on peut tirer de cette étude, du côté du Pr Peter Openshaw, directeur du Centre sur les maladies respiratoires infectieuses de l'Imperial College de Londres. "Les résultats de cette étude sur les cellules cultivées en laboratoire et chez la souris suggèrent que le vapotage pourrait rendre les cellules tapissant les voies respiratoires plus collantes et donc plus sensibles à la colonisation bactérienne, mais ce n'est qu'un indice indirecte que le vapotage puisse augmenter le risque d'infection pulmonaire chez les humains", explique t-il aussi sur le Science Media Center.

"Cette étude ne doit pas être une raison pour continuer de fumer plutôt que de vapoter"


Le Pr Openshaw estime que cette étude est loin d'être suffisante, à l'opposé des conclusions médiatiques. "Nous avons besoin de plus amples recherches pour déterminer l'effet de vapoter sur la susceptibilité à la pneumonie en comparaison avec les fumeurs.(...) Cette étude ne devrait pas être utilisée comme une raison de continuer de fumer plutôt que de vapoter. Les preuves à ce jour sont que le vapotage est beaucoup moins nocif que le tabagisme", conclut le spécialiste. Pour sa part, le Dr Jean-Yves Nau ironise férocement sur la publication du Quotidien des médecins à propos de cette étude : "Rage: la vapeur de la cigarette électronique peut-elle la transmettre aux vapoteurs"

Autrement dit, les personnes sérieuses donnent peu, pour rester mesuré, de crédit à cette publication. De quoi se demander pourquoi l'ERS a divulgué aux médias ce message alarmiste à la mise en forme définitive sur la base de cette vague étude aux résultats trop faibles pour en tirer quelconque conclusion sérieuse? On ne sait pas.

L'ERS, la pharma et Philip Morris


On ne sait pas non plus les liens d'intérêt des auteurs, dont la déclaration ne se trouve que sur le site de la revue réservé aux abonnés. Ce qui n'est pas mon cas. Cependant, l'ERS précise dans le formulaire de déclaration d'intérêts lors de soumission que toute personne ayant reçu une allocation ("grant") depuis le 1 janvier 2000 de la part de l'industrie du tabac est exclue. Un critère dont il n'est pas très clair s'il s'applique à l'ERS même. Le listing de cinq pages (voir plus bas) des sponsors 2017 de l'ERS compte diverses entreprises, en large part du secteur pharmaceutique. Merck, Novartis, Astrazaneca, GSK, Bayer, Roche, Sanofi... etc.... et Teva Pharmaceutical.

Teva est une boite pharmaceutique israélienne dont le chiffre d'affaires annuel approche les 26 milliards de dollars. En novembre 2016, Teva a signé un accord de partenariat avec Syqe pour avoir l'exclusivité de distribution d'un intéressant inhalateur de cannabis thérapeutique. Syqe est elle-même une start-up israélienne créée en 2011 dans la banlieue de Tel-Aviv. Dix mois avant l'accord entre Syqe et Teva, en janvier 2016, Philip Morris a investis a investis 20 millions de dollars dans le capital de Syqe. C'était avant le partenariat entre la start-up et Teva, mais aussi avant le sponsoring 2017 de l'ERS par Teva. 


mardi 6 février 2018

Naissance de l'association des vapoteurs ANPVU en Italie

"Ce 18 janvier est née l'Association Nationale Pour les Vapoteurs Unis (ANPVU)". L'éclosion de l'organisation de défense des intérêts des usagers arrive dans un contexte très hostile au vapotage en Italie. Ces derniers mois ont vue les autorités coordonner une offensive conjuguant taxes prohibitives, restriction des lieux de ventes physiques et interdiction de vente à distance de liquides, désormais soumis au Monopole des douanes. Une guerre au vapotage qui fait le jeu des cigarettiers et du tabagisme. A l'opposé de cette politique morbide, la nouvelle association oriente sa démarche sur le terrain d'une approche de réduction des méfaits. "Nous voulons simplement être une association composée uniquement de vapoteurs: des gens qui partagent le même intérêt et la même passion. Son objectif principal est d'aider les fumeurs à cesser de fumer en entrant dans le monde des vaporisateurs personnels", explique le communiqué de l'association, repris notamment par le site SigMagazine.

Engagement social : la réduction des méfaits par l'exemple

La nouvelle organisation des vapoteurs en Italie insiste sur l'alternative au tabagisme que constitue le vapotage mais également sur son contenu social et communautaire porteur d'entraides et d'auto-soutien. "En Italie, sur les 11 millions de fumeurs estimés, plus de 7 millions ont essayé au moins une fois d'arrêter sans succès. Les nouvelles technologies du vapotage sont une opportunité de changer ces statistiques de santé en offrant une alternative beaucoup moins nocive que les cigarettes", souligne Carmine Canino, le Président nouvellement élu de l'ANPVU. L'association se réfère aux travaux scientifiques, dont les rapports britanniques du Public Health England et du Royal College of Physicians, mais aussi aux scientifiques italiens tels que les Prs Polosa, Beatrice, Tirelli et le regretté Veronesi, membres de la Ligue Italienne Anti-Fumée (LIAF), pour appuyer le bien fondé de la minimisation des méfaits du vapotage contre le tabagisme.

Défense politique

"L'intention et l'espoir de l'ANPVU est de voir enfin l'Etat italien approuver et partager les politiques du Royaume-Uni où le vapotage est promu et encouragé par le Ministère de la Santé", soulignent les sept membres du comité de l'association. Dans cette perspective, l'ANPVU entend tisser "des échanges et un dialogue constructif"  avec les institutions et les différentes parties impliquées, notamment en respectant pleinement les objectifs des autres associations. Dans son manifeste, l'association précise un de ses objectifs à court terme: "la rectification ou l'abolition de la taxation actuelle".

L'avis de naissance de l'organisation de défense spécifiquement de vapoteurs en Italie était fortement espéré, après la première tentative avortée de l'association Vapit. Alors que l'Italie faisait partie en 2013 des pays d'avant-garde de la réduction des méfaits contre le tabagisme avec le vapotage, les attaques particulièrement violentes du Gouvernement ont poussé les 3/4 des commerces de vape à fermer, passant de plus de 4'000 à un millier aujourd'hui. L'absence d'une entité spécifique de défense  des intérêts des usagers a fait défaut ces derniers mois face au nouveau durcissement législatif. Les autorités ont eu beau jeu d'ignorer les organisations de professionnels en les réduisant à des réflexes corporatistes. 

Résultat, les liquides de vapotage, y compris sans nicotine, sont taxés désormais à hauteur de 4.50€ par fiole de 10 ml, portant leur prix au dessus de 10€. D'autre part, les lieux de vente sont soumis au réseau de distribution du Monopole administré par les douanes (AAMS). La vente de liquide à distance, notamment par internet, est interdite depuis le 1er janvier, laissant orphelins les vapoteurs à l'écart des grands centres urbains. 

Information sur le vapotage

Le combat politique, à côté de recours juridiques des professionnels, sera probablement intense dans les mois à venir en Italie. Mais c'est évidemment sur la base d'un travail de fond pour construire une culture de réduction des méfaits contre le tabagisme que le mouvement des vapoteurs peut espérer s'appuyer à long terme. En ce sens, l'association met à disposition un numéro vert pour répondre aux personnes intéressées par ses activités. L'adhésion pour les membres individuels est fixée à 5€ minimum. L'ANPVU a mis en place son site internet, ainsi qu'une page Facebook. Entrée de plein pied dans la lutte pour le droit à la réduction des méfaits, elle a déjà eu à réagir au "buzz qui tue" la semaine dernière pour corriger les fausses informations diffusées aussi par les médias italiens. La Dr Francia Fortunato, du comité scientifique de l'ANPVU, a ainsi expliqué les limites de l'étude et l'absurdité des surinterprétations médiatiques qui en ont été faites. Et ce n'est qu'un début...


samedi 3 février 2018

7,5 millions d'européens se sont libérés de la cigarette grâce à la vape selon l'Eurobaromètre 2016

A partir des données de l'Eurobaromètre n°458 menée au printemps 2016, Frank Baeyens, chercheur à l'Université de Louvain, estime que près de 7,5 millions d'européens de plus de 15 ans ont arrêté de fumer à l'aide du vapotage. Cette enquête dans les pays de l'Union Européenne permet aussi de dénombrer 9 millions de fumeurs ayant réduit leur consommation de cigarettes en se mettant à vapoter. Frank Baeyens a calculé ces chiffres à partir des pourcentages présentés dans le document publié en mars 2017, comme il l'avait fait pour la précédente édition 2014. Son estimation d'alors de 6 millions d'européens ayant cessé de fumer à l'aide du vapotage en 2014 avait été confirmée ensuite par l'analyse détaillée menée par le Pr Konstantinos Farsalinos. En passant de 6 millions à 7,5 millions d'européens libérés de la cigarette en deux ans, le vapotage confirme son rôle disruptif, en dépit des entraves des fonctionnaires européens à l'image du Commissaire à la santé, le lituanien Andriukaitis, et des lobbys bénéficiant du tabagisme.


7,5 millions d'européens sevrés des cigarettes à l'aide de la vape

Selon les données de l'Eurobaromètre, 15% des répondants ont essayé, au moins une fois, de vapoter. Parmi eux, 14% déclarent avoir arrêté définitivement de fumer grâce au vapotage. Cela ferait 7,5 millions de résidents de l'Union Européenne à avoir stoppé les cigarettes grâce au vapotage. 17% déclarent avoir réduit leur consommation de cigarettes. Soit 9 millions de fumeurs à s'aider du vapotage pour moins fumer. Les données restreintes communiquées publiquement ne permettent pas de savoir dans quelle proportion se mesure cette réduction.

Mais l'analyse à partir des données brutes du précédent Eurobaromètre 2014, menée par K. Farsalinos, K. Poulas, V. Voudris et J. le Houezec et publiée dans la revue Addiction, avait montré une réduction en moyenne de 9 cigarettes évitées chaque jours par ces fumeurs. Lors de l'Eurobaromètre 2016, les fumeurs européens déclarent consommer en moyenne 13,7 cigarettes quotidiennement.

Aujourd'hui, l'Europe a peur

Selon la nouvelle enquête de 2016, un dixième de ceux qui ont utilisé le vapotage avaient réussi à arrêter de fumer mais ont rechuté dans la cigarette. Sans que les données publiées ne permettent de savoir si cette parenthèse vapoteuse leur a permis de réduire le nombre de cigarettes fumées entre les deux périodes tabagiques. En parallèle, on constate une inquiétante augmentation de la peur du vapotage dans la population européenne soumise aux multiples campagnes des médias contre cet outil d'arrêt du tabac.


Pourtant, 41% des européens utilisant ou ayant utilisé le vapotage déclarent que celui-ci les a aidé dans leur objectif d'arrêt ou de réduction tabagique. Ce sont désormais 10% de toutes les tentatives d'arrêt qui s'appuient sur la vape, tandis que l'ensemble des substituts nicotiniques (gommes, patchs, pastilles, inhalateurs...) sont utilisés dans 11% des cas. Le recours au vapotage dans les tentatives de quitter le tabagisme varie fortement selon les pays et l'environnement plus ou moins amical ou hostile à cet outil de minimisation des méfaits.

Variations entre aide et abandon des fumeurs par les pouvoirs publics

Dans les pays abandonnant les fumeurs à eux-mêmes, le taux de tentatives avec l'aide du vapotage oscille de 2% en Roumanie à 5% dans la Lituanie de Philip Morris. A l'opposé, au Royaume-Uni, 22% des fumeurs tentant d'arrêter bénéficient de l'assistance du vapotage, désormais intégré aux conseils des Services stop-tabac. Signe de l'efficacité de cette politique intelligente et respectueuse des droits des personnes, le tabagisme britannique a chuté à 16%, tandis que les suédois approchent de l'élimination de la fumée grâce au snus. La France fait un peu figure d'exception sur cette question. Une grande part des tentatives se font avec l'aide de substituts, pour 18% des cas, ou du vapotage dans 17% des essais d'arrêt du tabac, mais la France reste pourtant un des pays les plus fumeurs de l'Union Européenne.

Plus de 1,7 millions de français auraient arrêté de fumer grâce à la vape

[Edit 14H: en note, l'Eurobaromètre se réfère à une évaluation de la population en France de la Sofres excluant les étrangers et comptant 48 millions de plus de 15 ans, différente du chiffre de l'Insee que j'avais utilisé de 54 millions de résidents en France de plus de 15 ans, ce qui donnerait 1,7 millions de personnes ayant arrêté de fumer grâce au vapotage... j'ai refait les calculs à partir de ce chiffre, même si cela semble discutable d'exclure une partie des résidents]

Les données par pays indiquent que les français seraient un peu au dessus de la moyenne européenne sur la question du vapotage. Sur les 48 millions de français de plus de 15 ans, un quart a au moins essayé la vape.   Sur ces quelques 12 millions, 13% déclarent avoir réussi à arrêter de fumer à l'aide du vapotage. Plus de 1,5 millions de français auraient réussi à arrêter de fumer à l'aide du vapotage selon ces données datant de mai 2016.

Parmi eux, une partie a arrêté de vapoter après avoir arrêté de fumer. Ces ex-fumeurs et ex-vapoteurs sont environ un cinquième des 9% (4,3 millions) de français qui ont utilisé puis arrêté le vapotage, soit environ 800'000 français. Dans les 4% de vapoteurs actifs, soit 1,9 millions de français, près de 4/10 a arrêté de fumer. Par ailleurs 11% des français déclarent avoir essayé une ou deux fois seulement le vapotage, soit à peine moins de la moitié des français qui ont essayé la vape. En laissant de côté ces expérimentations de curiosité, les français ayant réussi à arrêté de fumer avec le vapotage représente 59% de ceux qui ont tenté sérieusement la démarche.

Combien la vape coûte aux cigarettiers ?

16% des 12 millions de français utilisant ou ayant utilisé le vapotage ont réduit grâce à cela leur consommation de cigarettes. Ce serait près de 2 millions de fumeurs français à moins fumer grâce au vapotage. En extrapolant à la hache, sans prétention de rigueur scientifique de ma part, cela représenterait une baisse des ventes d'un million de paquets quotidiennement. Ajouté aux 1,5 millions a avoir stoppé totalement de fumer à l'aide de la vape, ce sont probablement plus de 2,5 millions de paquets non vendus chaque jour en France sous l'impact de la vape.

A défaut d'une analyse plus poussée, en ayant accès aux données brutes non communiquées de l'Eurobaromètre, ce bref survol permet de saisir l'impact du vapotage contre le tabagisme. De quoi expliquer les manœuvres en cour des buralistes français pour rattraper le train à vapeur. La France ne s'étant jamais dotée d'un outil sérieux de monitorage, tel que les anglais avec le Smoking Toolkit Study depuis dix ans, ces données représentent un indice intéressant de la situation française.

En résumé:

  • en mai 2016, 7,5 millions d'européens avaient arrêté de fumer à l'aide du vapotage et 9 millions ont réduit leur consommation de cigarettes, selon le calcul de Frank Baeyens d'après les données de l'Eurobaromètre 458.
  • En s'inspirant de sa démarche, on peut estimer qu'en France, 1,5 millions ex-fumeurs ont arrêté grâce à la vape, dont environ 800'000 ne vapotent plus. Sur les 1,9 millions de vapoteurs actifs, plus de 700'000 seraient vapoteurs exclusifs. 
  • Si l'on met de côté les essais par curiosité, près de 60% des français utilisant ou ayant utilisé le vapotage déclarent avoir atteint leur objectif d'arrêt ou de réduction tabagique.