jeudi 23 février 2017

Accusée de tromperie scientifique, la revue Tobacco Control promulgue l'interdiction de la critique [+ P.S.]

Parfois le réel surpasse le parodique. "L'équipe éditoriale de la revue Tobacco Control a désormais établit pour politique de ne plus répondre aux messages externes de blogs ou de réseaux sociaux sur des études spécifiques [qu'elle publie]", annonce l'éditorial de la revue Tobacco Control de ce 20 février. Aux yeux des éditeurs de la revue anti-tabac du British Medical Journal (BMJ): "Les articles de blog ou les messages sur les réseaux sociaux critiquant une étude, alléguant de défauts du processus d'examen, ou faisant des attaques ad hominem sur les auteurs ou éditeurs ne font pas avancer le domaine ni ne permettent un dialogue et un débat scientifique approprié". En clair, les éditeurs refusent de débattre avec des critiques extérieurs à leur revue. Une manière à peine voilée pour le trimestriel, déjà considéré comme une référence dans le domaine, de s'auto-proclamer organe unique d'expression autorisée sur le sujet et ainsi cadenasser le débat.

Les six signataires, dont la rédactrice-en-chef californienne Pr Ruth Malone, de cet éditorial intitulé "Blog fog?" - Brouillard de blog? - ne précisent pas ce qui a déclenché cette décision. "Mais je pense qu'il est clair que ce qui a contrarié le journal a été la critique par plusieurs auteurs - dont moi-même - d'un article concluant que le vapotage est une passerelle vers le tabagisme sur la base de 4 jeunes non-fumeurs qui ont expérimenté le vapotage puis essayé de fumer une ou deux cigarettes", explique sur son blog le Pr Michael Siegel, de l'Université de Boston.

Trumperie de la post-science US

Le déclencheur du courroux des responsables de Tobacco Control serait donc les critiques à l'encontre de l'article "E-cigarette use as a predictor of cigarette smoking" signé par le Dr Richard Miech, de l'Université du Michigan. Cet article prétend avoir "prouvé" que "le vapotage est une passerelle à sens unique vers le tabagisme des jeunes". Objet central de cette "preuve": 4 jeunes.  Ils sont les 4 seuls a avoir essayé la vape puis le tabac parmi l'échantillon de 347 élèves du secondaire utilisé par l'étude. Aucun de ces 4 jeunes n'est devenu fumeur de 2014 à 2015, années durant lesquelles s'est déroulée l'enquête Monitoring the future, servant de base de données à l'article, qui a interrogé plus de 13'000 élèves en 12ème année de cycle (17-18 ans). 

La cachotterie est que l'article ne mentionne pas que sa soi-disant preuve ne repose que sur 4 élèves, qui n'ont fait qu'expérimenter le vapotage puis seulement essayé de fumer une ou deux cigarettes entre 2014 et 2015. C'est ce qu'a mis en évidence le Pr Siegel, dans un article sur son blog, en reprenant les données ayant servies à l'article. "Ce document a violé l'aspect peut-être le plus important de la publication d'un rapport scientifique, révéler la taille de l'échantillon sur laquelle est basée sa principale conclusion", souligne le professeur de santé publique de Boston, cité en français dans le Vaping Post.

Aucune justification à ce titre grossièrement trompeur

Outre le Pr Siegel, d'autres chercheurs renommés du domaine ont critiqué l'article publié dans Tobacco Control. Notamment sur le blog du Science Media Centre. "Ces résultats n'apportent aucune justification au titre grossièrement trompeur d'une "passerelle à sens unique". Il y a actuellement des preuves solides que ceci est faux et que l'effet de l'expérimentation du vapotage va dans le sens contraire, vers une réduction du tabagisme", avait réagit le Pr Peter Hajek, directeur de l'unité de recherche sur le tabagisme à l'Université Queen Mary de Londres.

De son côté la Pr Linda Bauld, de l'Université de Stirling, relève que "rien dans l'article ne suggère que ces jeunes sont devenu fumeurs. (...) Certains des plus importants facteurs pour cette question, tels que la susceptibilité au tabagisme, le milieu familial ou le cercle d'amis, sont simplement ignorés par l'étude". Aux yeux de la chercheuse du Cancer Research UK, "le plus grave problème de cet article est qu'il reste totalement silencieux sur le contexte". A savoir notamment l'effondrement du tabagisme adolescent américain depuis l'essor du vapotage en 2011.

L'accélération de la chute du tabagisme ado depuis 2011

Avec la popularisation de la vape, la chute du tabagisme chez les adolescents américains s'est accélérée. Comme le montre le graphique établi par Clive Bates à partir des données de l'enquête Monitoring the future. De 15,8% à fumer en 2011, ils ne sont plus que 9,3% à s'adonner au tabagisme en 2015 aux USA, selon le Center for disease control (CDC). Le taux le plus bas jamais enregistré par les statistiques américaines.

Cette corrélation trouve une sérieuse piste d'explication à travers la comparaison entre Etats répressifs et Etats qui autorisaient l'accès au vapotage aux jeunes. La Pr Abigael Friedman, de Yale, a comparé les évolutions du tabagisme adolescent avant 2014. Les Etats permissifs ont alors connu une chute 1,7 fois plus rapide du tabagisme de leurs ados que les Etats répressifs, expliquait son article pour le Journal of health economics dont nous avions parlé à sa publication. 

En mars 2016, une autre étude menée par le Dr Michael Pesko, de l'Université de Cornell de New-York, a également montré que "les restrictions de vente de produits de vapotage selon l'âge sont associés à une augmentation de la consommation des cigarettes [de tabac fumées] chez les adolescents". A partir des données entre 2007 et 2013 du Youth risk behavior surveillance system (YRBSS) sur la consommation de tabac des adolescents étasuniens, l'étude "a constaté une hausse de 11,7% d'utilisation régulière de cigarettes dans les Etats après qu'ils aient imposé des limites d'âge pour l'achat de produits de vape", souligne le communiqué de presse de l'Université de Cornell.

Le vapotage sans nicotine pour éviter d'entrer dans le tabagisme ?

Les données sur les usages du vapotage chez les jeunes américains éclairent peut-être les dynamiques à l'oeuvre. Plus de 80% des jeunes utilisateurs réguliers ou occasionnels vapotent sans nicotine, selon les données de Monitoring the future. Une manière d'expérimenter l'usage sans prendre le risque de devenir dépendant ? Que ce soit conscient ou non de leur part, le phénomène est impressionnant. 

Au Royaume-Uni, la Pr Fiona Measham, du département des sciences sociales de l'Université de Durham, s'est intéressée à la manière dont les adolescents approchent le vapotage. Les jeunes ne voient pas la vape comme une forme de tabagisme explique t-elle au Guardian. C'est une autre et nouvelle pratique dans leur environnement symbolique, qui n'ouvre pas la voie à une logique linéaire de normalisation d'un tabagisme ultérieur. Son étude montre notamment que le "cloud & trick", pratiqué généralement sans nicotine, casse les codes et les liens avec la cigarette dans une sorte de "vortex culture".


Du côté de la petite part de jeunes américains qui vapotent avec nicotine, ils sont quasiment tous fumeurs ou ex-fumeurs déjà en prise avec la problématique d'arrêter ou de réduire un tabagisme qu'ils ont bien souvent débuté 5, 6 voire 7 ans auparavant. Comme le montraient des témoignages recueillis par le quotidien de St. Louis dans le Missouri et qui frappent aussi de (très) jeunes femmes enceintes, comme l'a rapporté le Vaping Post.

L'absence d'entrée significative dans le tabagisme par le vapotage a été corroborée par l'étude de l'organisation anti-tabac Truth Initiative à partir des données du National youth tobacco survey (NYTS). Le rapport scientifique de l'Université de Victoria (Canada) conclut également à l'absence de ce mythique effet passerelle, tout comme l'avaient fait auparavant les rapports britanniques du Public Health England et du Royal College of physicians.

Construction d'une déviance ?

Un point troublant dans cette controverse est que la vente aux mineurs de produits de vapotage est désormais interdite sur tout le territoire US. L'alarmisme des tenants de la doctrine de la passerelle est, en plus d'être sans fondement réel, sans objet apparent. Les autorités de la Food and drug administration (FDA) ont déjà tranché en faveur de leur approche répressive

Alors que veulent vraiment les anti-vape avec ces "démonstrations" douteuses ? Mon hypothèse serait qu'ils cherchent à créer un halo de criminalisation du vapotage pour justifier de budgets prétextant de combattre le diable qu'ils sont en train de peindre sur la muraille. En somme, ce que le courant interactionniste en sociologie a appelé la construction sociale d'une déviance, à la suite d'Outsiders d'Howard Becker.

Car au-delà de la question de la manipulation des chiffres, l'utilisation même du concept "d'effet passerelle" est hautement problématique. Le terme a été inventé par Denise Kandel, une sociologue, pour soutenir la "guerre aux drogues" (re)lancée par Richard Nixon en 1971. A la fin des années 1960', suite à la guerre du Vietnam, les Etats-Unis sont en proie à la fois à une vague de contestation et une explosion de l'usage d'héroïne chez les vétérans. Ceux-ci ont massivement utilisé la substance facile d'accès au Vietnam pour lever l'angoisse de leur situation sur le champ de bataille.

Ravalement de passerelle

S'inspirant d'un préjugé puritain des années 1920, Denise Kandel construit alors la thèse selon laquelle le cannabis est une "passerelle" vers la toxicomanie à l'héroïne. Arme idéologique magique: elle permet au gouvernement d'effacer sa responsabilité envers les dépendants. Et elle donne un prétexte sur un plateau à la répression des milieux opposants de la contre-culture et des droits civiques, le véritable but politique selon John Erlichman conseiller de Nixon à l'époque. Quelques écoutes téléphoniques plus tard, des millions d'incarcérés et de morts d'une guerre aux drogues à l'échec consommé, le fumeux concept n'est aujourd'hui plus en vogue pour criminaliser le cannabis.

Mais la guerre au vapotage donne une nouvelle jeunesse à la théorie de la passerelle. L'idée de faire porter la responsabilité du tabagisme à la vape fait son chemin. On assiste à un tir de barrage pour persuader l'opinion publique que la vape produit du tabagisme chez les adolescents. En dépit de ce que montrent les données quantitatives et les recherches qualitatives.

La tentation Lyssenko

C'est dans ce contexte que prend place cet éditorial de Tobacco Control pour annoncer officiellement son changement de politique, suites aux critiques de son article assurant avoir prouvé la théorie de la passerelle à sens unique, en cachant qu'il ne repose que sur 4 jeunes n'étant pas devenu fumeurs. Ce n'est pourtant pas la première controverse sur un article de la revue. Généralement (toujours?), ses responsables ne daignent ni réagir ni débattre des critiques. L'effet d'annonce de l'édito a d'ailleurs surtout suscité des moqueries. "Cette déclaration est tout simplement l'équivalent à mettre ses doigts dans les oreilles et dire "Nananère. Je ne t'entends plus"", ironise sur son blog Carl Philipps, chercheur en réduction des risques. Avant de railler les rédacteurs de Tobacco Control: "Et peu leur importe de n'avoir jamais répondu auparavant".

Mais alors de quoi cet édito est-il le symptôme ? Doit-on y voir le signe de l'importance capitale du mythe de la passerelle contre le vapotage pour les tenants de Tobacco Control ? Et ceci en dépit des faiblesses théoriques, l'inadéquation avec les données statistiques, le contre-sens humain et la misère épistémique de ce concept ? En officialisant ainsi sa rupture avec le principe fondamental à la science de la liberté d'expression, source de débat et d'argumentation, la revue Tobacco Control montre une tentation de franchir une ligne inquiétante. Celle qui sépare la société ouverte des régimes fermés dogmatiques. L'enjeu a donc plusieurs dimensions. Au delà de la défense du dogme de la passerelle, il y a aussi celui de savoir si le domaine est en mesure de se donner les moyens d'être rationnel ou s'il sombre dans un simple moralisme régressif nourrit de fantasmes post-factuels.

Malgré la volonté de Tobacco Control, le débat est loin d'être clos...

Post-Scriptum (24-02-2017 à 15H): Bémol à ma lecture des événements 
Carl Philipps me fait remarquer qu'il lui parait impossible que les éditeurs aient pu réfléchir, rédiger et mettre en page (tout ça...) leur éditorial dans le délai de deux semaines entre la publication des critiques à propos de l'article sur la passerelle et la parution de l'édito.
Coupable de "biais du bloggueur" (qui publie avec peu de contraintes), je dois avouer que je n'ai simplement pas pensé à cet aspect de timing. Cela invaliderait l'interprétation de cet édito comme une réaction spécifique suite aux critiques de l'article pour la théorie du vapotage passerelle vers le tabagisme. L'objection parait sensée et plausible, même si on ne peut pas en être certain sans clarification des rédacteurs de Tobacco Control (mais qui ne me répondront évidemment pas).
Le titre de l'édito "Blog fog" est tout de même troublant par sa connotation sous-entendant fortement viser la communauté du vapotage et des défenseurs des approches ouvertes à la réduction des risques...

mercredi 22 février 2017

[Expresso] Aux Etats-Unis, les fumeurs malades se tournent de plus en plus vers le vapotage

Aux Etats-Unis, 16 millions de malades n'arrivent pas à arrêter de fumer. Ils se tournent de plus en plus vers le vapotage, selon une étude publiée dans American Journal of preventive medicine. "Les données ont révélé que non seulement les fumeurs avec des comorbidités sont plus susceptibles d'utiliser le vapotage, mais aussi que l'utilisation de la vape continue d'augmenter, en particulier chez les fumeurs actuels (47,6% en 2014 contre 53,5% en 2015)", explique le communiqué de presse des éditeurs de la revue.

S'appuyant sur l'enquête de santé nationale (NHIS), les chercheurs ont analysé les réponses de 36'697 adultes en 2014 et 33'672 en 2015. "Ce large échantillon apporte la première estimation nationale de la prévalence de l'usage de vapotage chez les adultes étasuniens avec des comorbidités médicales", précise la chercheuse référente Dr Gina Kruse, de l'école médicale d'Harvard à Boston.

D'après cette étude, ce sont surtout les fumeurs malades de maladies respiratoires, telles que l'asthme et les bronchites chroniques obstructives (BPCO), ainsi que ceux atteints de problèmes cardio-vasculaires qui sont les plus nombreux à recourir au vapotage pour réduire les dommages à leur santé. Du côté des malades ex-fumeurs, ce sont également les personnes touchées de BPCO les plus susceptibles d'utiliser la vape. Par contre, ceux atteints d'un cancer sont moins susceptibles d'utiliser le vapotage.

Envisager d'aider les patients même fumeurs

"Les fumeurs souffrant d'asthme, de BPCO, ou de maladies cardiovasculaires utilisent probablement le vapotage pour les mêmes raisons que les autres adultes: cesser de fumer des cigarettes, ou réduire la consommation de cigarettes, et réduire les méfaits du tabagisme», déclare la Dr Kruse. "En revanche, la faible prévalence de l'usage de vape chez les adultes atteints de cancer s'explique peut-être parce que passer à un produit à risque réduit est vue comme trop tardif pour les aider", suggère la chercheuse. 

A ses yeux, les cliniciens devraient questionner systématiquement leurs malades fumeurs à propos du vapotage et leurs connaissances du sujet. "Les cliniciens devraient aussi envisager activement toutes les possibilités d'aider leurs patients à cesser de fumer des cigarettes et faire des recommandations sur la base de preuves scientifiques", conclue l'étude.

dimanche 19 février 2017

La vape bien moins toxique pour des cellules des bronches que la cigarette, selon une étude in vitro à l'Institut Pasteur de Lille

«Ces résultats suggère fortement une toxicité plus faible du vapotage comparé à la fumée de cigarette». C'est la conclusion d'une étude toxicologique menée à l'Institut Pasteur du CHU de Lille sur des cellules d’épithélium des bronches humaines. L'équipe de recherche, menée par Sebastien Anthérieu, a exposé des cellules à la fumée d'une cigarette et à l'aérosol de liquides de vapotage en reproduisant des conditions réalistes d'usage. Le manuscrit accepté par la revue Toxicology in vitro explique: «Tandis que la fumée de cigarette a fortement diminué la viabilité cellulaire après 48 mn d'exposition, le vapotage n'a induit aucune cytotoxicité après 288 mn d'exposition».

Outre la survie des cellules, les sept chercheurs ont mesuré un stress oxydatif significatif «qu'après l'exposition à la fumée de cigarette». En plus de ces éléments clefs des pathologies respiratoires chroniques, l'équipe de l'Impact of environnental chemicals on human health (IMPECS) a aussi procédé à une évaluation des effets sur les gènes. «Les données transcriptomiques des cellules exposées indiquent un grand nombre de gènes déréglementés en réponse à la fumée de cigarette (...) tandis que le vapotage n'a provoqué qu'une modulation très discrète». Voici deux des tableaux de résultats - en plus de celui sur la survie des cellules ci-dessus -, le premier concernant un marqueur de stress oxydatif (complété dans l'étude par des mesures des sécrétions inflammatoires), et le second concernant les modulations des gènes des cellules.
Le ratio de glutathion intercellulaire (GSSG/GSH), un marqueur de stress oxydatif

Nombre de modification dans l'expression des gènes des cellules soumises à la vape et à la cigarette 3R4F

Eléments de méthodo et matos

«Les données sur la toxicité du vapotage sur les fonctions cellulaires humaines se limitent jusqu'à présent à des expositions aiguës (Hiemstra et Bals, 2016). Toutefois, ces conditions peuvent sous-estimer les risques potentiels d'utilisation à long terme de la vape. De plus, la plupart des études n'ont pas effectué de comparaison directe avec la fumée de cigarette conventionnelle», stipulent les chercheurs. L'objectif de l'étude est donc d'évaluer en conditions réalistes si le vapotage est cause de toxicité après des expositions aiguës et répétées, et en comparer les effets à ceux de la fumée de cigarette.

Initiée en mars 2014, l'étude a utilisé des cigarettes standard de recherche (3R4F) et des appareils avec clearomiseur et batterie de type ego à 3,7 volts, données par la marque lilloise Nhoss, montées avec des résistances de 2,8 Ohms. Des liquides français de trois types - sans arôme, au goût tabac blond et menthe chlorophylle - étaient chacun en version sans nicotine et au taux de 16mg/ml. L'exposition des cellules de souche BEAS-2B à la vapeur s'est faite avec une interface air-liquid (ALI) pour reproduire des conditions réalistes d'usage. «Ce système est capable de correspondre à des situations de vie réelle et d'imiter de manière réaliste la dilution, le flux et les conditions d'humidité du vapotage ou du tabagisme», souligne l'étude, s'appuyant sur des articles de références en la matière.

«En l'absence d'un profil standardisé de vapotage, un volume et une fréquence de bouffées élevés ont été sélectionnés. La bouffée a été définie avec un volume de 55 ml durant 3 secondes, prise à intervalles de 30 sec., en utilisant un profil de bouffée d'onde carrée». En regard, les bouffées de cigarette représentaient un volume de 35 ml durant 2 sec., prises toutes les 60 sec., suivant un standard ISO réputé en la matière (ISO 3308:2012). En somme, le vapotage a été soumis à un régime de bouffées plus volumineuses et deux fois plus fréquentes que la fumée de cigarette.

Référence de l'étude :
Comparison of cellular and transcriptomic effects between electronic cigarette vapor and cigarette smoke in human bronchial epithelial cells
Sébastien Anthérieu, Anne Garat, Nicolas Beauval, Mélissa Soyez, Delphine AllorgeGuillaume Garçon and Jean-Marc Lo-Guidice; de l'Univ. Lille, CHU Lille, Institut Pasteur de Lille, EA 4483 - IMPECS - IMPact of Environmental ChemicalS on human health
in Toxicology in Vitro, TIV 3902, doi: 10.1016/j.tiv.2016.12.015

mardi 7 février 2017

[Expresso] Commissaire Andriukaitis refuse que les fumeurs soient informés du vapotage

"C'est simplement inacceptable", tonne Vytenis Andriukaitis, le Commissaire européen à la santé sur le site Euractiv.com. A ses yeux, il est hors de question de délivrer au public une information non biaisée sur la réduction des risques avec le vapotage comparé au tabagisme. Cette proposition émane d'un rapport de l'agence Ernst & Young publié hier (l'article du Vaping Post en français). Celui-ci montre que le taux de conversion de fumeurs à la vape est plus élevé où le public est mieux informé sur le sujet et encouragé. Ainsi, "les jeunes britanniques sont de plus en plus nombreux a abandonner le tabagisme pour se tourner vers le vapotage, et ceci plus rapidement que quiconque en Europe", résume Euractiv. Pour le Commissaire lituanien, la liberté d'information doit rester interdite sur les produits de vape. "Ils doivent aussi comporter un avertissement sanitaire", précise t-il. [ad 8/02 : la version en français de l'article d'Euractiv]

Le Royaume-Uni a vu 2,2 millions de fumeurs passer au vapotage, entraînant la chute à moins de 17% de fumeurs dans sa population. Un exemple que le Commissaire à la santé refuse de suivre. Il a rejeté au moins trois demandes de reconsidérer sur la base des études scientifiques les dispositions anti-vapotage de la Directive européenne l'an passé. Une proposition faite oralement le 25 avril 2016 par la députée belge Frédérique Ries, une écrite de la Dr Joelle Mélin et enfin une proposition de penser une stratégie de réduction des risques en matière tabagique du député français Jean-François Jalkh, rejetée aussi.

La Lituanie: un pays au goût de Marlboro

Vytenis Andriukaitis, Ministre de la santé du gouvernement Butkevicius, est nommé Commissaire européen à la santé en novembre 2014 sur proposition de son premier ministre. La Lituanie entretient des liens étroits avec Philip Morris depuis son indépendance. Le cigarettier lausannois a été le premier investisseur a bénéficié de la privatisation d'une entreprise ex-soviétique en achetant Klaipéda Tobacco en 1993. La multinationale a depuis investi plus de € 200 millions en Lituanie, notamment dans une nouvelle usine. Elle est le second contributeur en taxes du pays avec plus de € 160 millions par an versés à l'Etat balte et y emploie environ 500 personnes.

"Nos efforts pour attirer des investissements étrangers en Lituanie portent leurs fruits. Je suis heureux qu'une compagnie internationale majeure comme Philip Morris valorise l'environnement économique du pays, poursuit ses activités et ajoute un nouvel investissement qui va stimuler la production et créer de nouveaux emplois", s'enthousiasmait Evaldas Gustas, alors Ministre de l'économie le 29 décembre 2014 à la présentation d'un projet d'extension de l'usine Philip Morris de Klaipéda. A ses côtés, Rimvydas Punidnas, directeur de Philip Morris Lituanie, acquiesçait en soulignant le dialogue fructueux avec les institutions étatiques et l'environnement propice au business en Lituanie. Business as usual.

edit 11h10 ajout lien vers article du Vaping post et modif d'un propos un peu confus...
edit'' du 8/02/2017 à 16h ajout du lien vers la version traduite en français de l'article d'Euractiv

lundi 6 février 2017

Sondage: Etes-vous favorable à la légalisation de vente des liquides à vapoter avec nicotine en Suisse ?

Tandis que les cigarettes sont en vente libre, les services du Conseiller fédéral Alain Berset interdisent la vente de liquide à vapoter avec nicotine en Suisse. Un recours au Tribunal administratif fédéral de Lausanne contre cette décision est toujours pendant. Mais vous, qu'en pensez-vous ? Les consommateurs doivent-ils avoir la liberté de choisir entre les produits les plus toxiques et ceux à risques très réduits, ou faut-il continuer d'interdire aux fumeurs de protéger leur santé pour dénormaliser le tabagisme... Vous pouvez répondre à la question jusqu'au 16 février. > > > ⇨⇨⇨ Sondage: Etes-vous favorable à la légalisation de vente des liquides à vapoter avec nicotine en Suisse ?



samedi 4 février 2017

[Expresso] Le Royaume-Uni tente de forcer l'OMS à se réformer

Enfin! Un pays exige une réforme de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). En l’occurrence le Royaume-Uni, troisième contributeur de l'agence onusienne à hauteur de £100 millions par an, vient d'indexer ses donations sur les quatre prochaines années. "50% du financement du Royaume-Uni chaque année dépendra de la réalisation par l'OMS d'indicateurs clés de performance, tels que décrits dans une convention convenue d'un commun accord. Le non-respect des objectifs / indicateurs convenus entraînera une réduction du financement britannique", explique le document officiel du Gouvernement britannique, publié le 27 janvier. Une première évaluation sera faite dés ce mois de mai.

Les britanniques rappellent tout leur attachement aux objectifs de santé portés par l'OMS. Mais le Royaume-Uni remet en cause son manque d'efficacité sur les urgences sanitaires, telles que les épidémies, et le gonflement de sa bureaucratie en adipose. Ils exigent une rationalisation de l'organisme, plus de transparence financière, le respect des droits humains et le développement d'une capacité de réponse rapide et souple en 72 heures aux épidémies. Une "culture forte d'évaluation" doit être mise en place, ainsi qu'une collaboration plus étroite avec les autres agences de l'Organisation des nations-unies (ONU). Le document britannique cite notamment UNAIDS, le programme onusien de coordination des actions contre l'épidémie du VIH. 

L'OMS aime la Corée du Nord, Duterte et Poutine

"L'OMS a un besoin urgent de réforme, et pour une bonne part en raison d'une inefficacité délétère et de priorités incohérentes", explique Benedict Spence, dans le Health Spectator. "Pour un organisme supposé à la pointe de la lutte contre les épidémies virales et infectieuses, l'OMS consacre énormément de temps et de ressources à s'ingérer dans des questions de modes de vie. Par exemple, Margaret Chan [directrice de l'OMS] a fait l'éloge de la Corée du Nord pour son faible niveau d'obésité, l'OMS a apporté ses félicitations à Rodrigo Duterte, président des Philippines, pour sa lutte anti-tabac, ou encore l'intervention de Margaret Chan, lors d'une allocution à Moscou, mêlant épidémie d'Ebola et campagne anti-vapotage de Vladimir Poutine", poursuit le journaliste anglais.

L'ultimatum du Gouvernement britannique n'est probablement pas sans lien avec la fin du règne de Margaret Chan à la tête de l'OMS. Après dix ans, l'impératrice va céder sa place de directrice générale au 1er juillet. Trois prétendants restent en course après la "primaire" à huis-clos du 25 janvier dernier au siège de l'OMS à Genève. L'éthiopien Tedros Adhanom Ghebreyesus, la pakistanaise Sania Nishtar et le britannique David Nabarro seront départagés en mai lors de la 70ème assemblée mondiale de la santé.


jeudi 2 février 2017

L'Australie maintient la prohibition de la vape nicotinée: "Arrêter de fumer a fait de moi un criminel"

"Salut Joe, vous êtes toujours un criminel". Le Pr Colin Mendelsohn envoie ce message dépité à sa sortie de l'audition avec la Therapeutic goods administration (TGA) australienne hier après-midi. C'est ainsi que Joe Hildebrand, journaliste provocant, apprend le rejet de la demande de révision du règlement pour autoriser la vente de liquides de vapotage aux concentrations de nicotine en dessous de 3,6%. 

La démarche de la New Nicotine alliance (NNA), association d'usagers de produits nicotinés à risques réduits, était soutenue par une quarantaine de chercheurs et universitaires, dont le cancérologue de renommée mondiale Ron Borland. "Cela aurait pu éviter des décès et des maladies évitables", souligne le Dr Alex Wodak, président de l'Australian Drug Law Reform Foundation, au News Daily. Il estime aussi que la TGA ne devrait pas être en charge du produit sans tabac ni combustion.

Pour justifier le maintien de la prohibition du vapotage nicotiné, la TGA estime que le vapotage pourrait "renormaliser le tabagisme". Le Dr Attila Danko, président de la NNA s'agace: "En substance, la TGA dit aux centaines de milliers d'australiens qui ont déjà cessé de fumer à l'aide du vapotage : "Vous avez arrêté de fumer de la mauvaise manière. Nous allons vous en empêcher. Mais par contre, pas de problème à ce que vous achetiez un paquet de cigarette"." De son côté, Joe Hildbrand témoigne ce matin sur News.com. Les ressemblances avec la Suisse frapperont probablement les lecteurs helvètes. Son texte pourrait lui valoir des poursuites en vertu des lois de censure contre la promotion du vapotage, cet objet qui lui a permis d'arrêter de fumer. En voici la traduction par nos soins (non révisée par l'auteur).

Cesser de fumer a fait de moi un criminel

par Joe Hildebrand, 2 février 2017, original à News.com.au

Quand j'ai arrêté de fumer l'an dernier, j'ai reçu un message de Colin Mendelsohn, Professeur agrégé à l'École de santé publique de l'Université de New South Wales.
"Félicitations", a t-il déclaré, "Vous venez d'ajouter près de 10 ans à votre vie." Avant d'ajouter: "Désormais, vous êtes un criminel."
Aujourd'hui, le gouvernement australien décide si je vais le rester. Et si 2,6 millions d'autres Australiens auront la chance de potentiellement sauver leur vie.
Mon crime est d'avoir arrêter de la seule façon que je savais être possible pour moi: En remplaçant la vraie cigarette avec une e-cig me procurant la nicotine potentiellement sans tous les trucs qui vous tue réellement.
Cette pratique est actuellement illégale. La Therapeutic Goods Administration (TGA) doit annoncer aujourd'hui si cela va changer ou non.
J'ai été fumeur pendant 25 ans. J'ai commencé à mes 15 ans parce que je voulais être cool. Le tabagisme faisait tellement partie de mon identité que mon surnom était "Smokin' Joe". Je ne pouvais pas penser sans ça, je ne pouvais pas boire sans ça, je ne pouvais même pas marcher ou parler sans ça.
Je viens d'une famille d'alcooliques, de bouffeurs frénétiques et de lunatiques. J'ai toujours eu une personnalité à tendance fortement dépendante et je suis profondément obsessionnel et compulsif. Si je ne pulvérise pas mes aisselles au déo un certain nombre de fois exactement divisible par quatre, je ne peux pas sortir de la maison.
Dans le passé, j'ai pris à peu près toutes les drogues que l'on trouve sous le soleil. Puis au cours des années, j'ai réussi à réduire ma consommation à celles licites - l'alcool et le tabac. En d'autres termes, je suis mauvais, mais je ne suis pas aussi mauvais que j'avais l'habitude d'être.
Je suis à présent aussi mari et père et je ne veux plus vivre vite et mourir jeune. Je veux vivre lentement et mourir vieux.
Statistiquement parlant, si vous arrêtez de fumer à 35 ans votre corps peut récupérer la pleine santé. Après cet âge, pour chaque année où vous fumez, vous perdez trois mois de vie. Et donc en ayant passé les 40 ans, je suis déjà en train de taper dans mon temps de parole sur terre.
Mais en dépit de l'arrêt de presque tous les autres vices dans ma vie, je n'avais jamais tenté d'abandonner le tabac. La vie sans cigarettes était tout simplement inimaginable. C'était comme me proposer de quitter mes mains.
"Bordel", murmurai-je une nuit à travers un nuage de fumée. «Ils arrivent à envoyer un homme sur la lune, mais ils ne peuvent pas inventer une cigarette qui ne vous tue pas."
Puis j'ai réalisé: Ils l'ont fait.
A ce moment-là, pour la première fois en 25 ans, je décide d'arrêter de fumer. Je suis allé sur internet et j'ai cherché un dispositif de délivrance de nicotine qui ressemblait beaucoup à une cigarette et je l'ai acheté. A cet instant, je suis devenu un criminel.

Parce qu'ici est le point qui fera bouillir votre sang et éclater vos poumons: En Australie, il vous suffit d'aller au magasin du coin ou en supermarché et vous pouvez acheter un produit qui, selon toute probabilité, va vous tuer.
Et pourtant, il est illégal d'acheter un produit spécialement conçu pour vous sauver de cette mort.

Ceci est l'Etat-nounou devenu fou. Et d'autres pays le savent. Au Royaume-Uni, où le vapotage est parfaitement légal et même encouragé, l'organe de pointe de la santé publique en Angleterre (Public Health England) a récemment conclu que "l'usage de la CE (cigarettes électroniques) est d'environ 95 pour cent plus sûr que fumer" et que "les fumeurs qui ont essayé d'autres méthodes d'arrêt du tabagisme sans succès pourraient être encouragés à essayer les e-cigarettes".
En effet, une étude de l'Union européenne a estimé qu'environ 6,1 millions d'européens ont arrêté de fumer en utilisant la vape, tandis que le nombre de non-fumeurs qui les ont essayé était seulement de 1,3% et le nombre de ceux-ci les utilisant quotidiennement était inférieur à 0,1%.
Le Collège royal des médecins du Royaume-Uni a recommandé que «dans l'intérêt de la santé publique, il est important de promouvoir l'utilisation des e-cigarettes ... aussi largement que possible comme substitut au tabagisme».
Même aux États-Unis, le pays de la Prohibition, le vapotage est légal. Alors que l'US Surgeon général a soulevé des préoccupations au sujet des jeunes l'utilisant, l'agence Reuters rapporte en même temps: «Les statistiques des Centers for Disease Control and Prevention (CDC) montrent que l'utilisation du vapotage a augmenté chez les jeunes, mais leur taux de tabagisme a chuté."
Pendant ce temps, le Canada et la Nouvelle-Zélande débattent sur la réglementation. «Nous savons qu'il existe des preuves pour suggérer que l'utilisation de produits de vapotage peut être utilisé comme un outil de réduction des méfaits pour les personnes qui sont des fumeurs actuels», a déclaré la ministre canadienne de la santé Jane Philpott l'année dernière.
Pourtant, en Australie, il est un crime d'acheter ou d'utiliser un dispositif de vapotage avec de la nicotine - la nature du crime est en fonction de l'Etat.
Et si vous pensez que la politique de la Maison Blanche en ce moment est déroutante, essayez de vérifier les lois australiennes sur le vapotage. Ils jugent cela comme pire que fumer du tabac.


Par exemple, dans les New South Wales il est légal d'acheter des appareil de vapotage mais illégal d'acheter la nicotine. Toutefois, il est légal d'utiliser la nicotine dans votre e-cig. Dans le Western Australia, il est illégal d'acheter du matériel de vapotage, mais il est légal de les utiliser. Toutefois, il est aussi illégal d'acheter de la nicotine - bien que légal de l'importer.
Le fait même que je sois en train d'écrire cet article est techniquement illégal. La Loi de santé publique sur le tabac dans les New South Wales de 2008 - Section 15a - interdit tout «écrit, ou toute image, signe, symbole ou autre image visuelle ou message ou message sonore, ou combinaison de deux ou plusieurs d'entre eux, qui fait la publicité, ou promeut autrement ou vise à promouvoir l'achat ou l'utilisation d'une e-cigarette".
Je ne suis pas seulement un criminel, je suis un baron du crime.
Le problème est que la bureaucratie Australienne de santé publique - Dieu bénisse ses chaussettes en coton - est paralysé par la prudence. Les organes à sa tête sont inquiets de l'insuffisance de preuves sur le risque potentiel de la vape. Ils attendent plus de recherche. Et attendre. Et attendre. Et attendre.
Ils sont également en attente de la décision de la TGA aujourd'hui si la nicotine devrait être autorisée pour le vapotage en Australie.
Ce sont des gens très intelligents et bien sûr, ils ont de bonnes intentions. Mais parfois, vous pouvez être trop intelligent de moitié et nous savons tous de quoi est pavé le chemin vers l'enfer.
Le gigantesque gouffre béant de logique au cœur de ces arguments est que l'impact de la nicotine dans le vapotage est constamment mesuré par rapport à des non-fumeurs au lieu de l'être pour ceux occupés à se tuer avec la vraie cigarette - à savoir les personnes à qui est destiné le vapotage.
Parce que même si le pire était vrai au sujet de la vape, elle ne causerait qu'un vingtième du préjudice des cigarettes réelles - QUI SONT DISPONIBLES DANS TOUS LES MAGASINS DE CONVENANCE DU PAYS.

Vous pouvez être aussi crétin qu'une boîte de marteaux et tout de même comprendre que cela ne tient pas debout.
Alors peut-être serait-il mieux que tout le monde quitte la nicotine totalement. Mais nous savons aussi que 2,6 millions d'adultes australiens sont fumeurs. Et nous savons que les deux tiers d'entre eux seront tués par cette habitude.
Cela représente plus de 1,7 millions de personnes qui se dirigent vers une mort précoce alors que les autorités font "hum" et "ah".
Et oui, peut-être est-ce leur choix de fumer. Tout comme il était mon choix de commencer quand j'étais un minot de 15 ans à la Dandenong High School. Il n'y avait qu'à regarder ma coupe de cheveux pour savoir que je ne prenais pas de particulièrement bonnes décisions en 1991.
Nous savons aussi que l'on est beaucoup plus susceptible de fumer si l'on est pauvre, avec des problèmes de santé mentale, ou des problèmes de toxicomanie et si l'on est indigène. Et j'ai eu au moins trois de ces choses au fil des ans.
Bien sûr, maintenant que je suis un criminel riche, je ne dois pas m'inquiéter. Mais est-ce vraiment ces personnes là à qui nous voulons faire la morale, sur lesquels jeter la honte et laisser mourir pendant que nous discutons de savoir si quelque chose qui pourrait leur sauver la vie est assez immaculée et vierge?
Ceci est le danger de politiques visant un idéal parfait au lieu d'être basées sur le monde imparfait. Le problème avec l'utopie est que vous n'y arrivez jamais.
Les éminents experts partisans de l'interdiction du vapotage ont-ils consulté l'expert le plus qualifié de tous: un fumeur réel ?
Avec certitude, chaque fumeur que j'ai rencontré depuis l'essor du vapotage a désespéré de savoir comment en obtenir afin aussi d'arrêter de fumer. Chaque vapoteur que j'ai rencontré est un ancien fumeur. Je vous l'accorde, ce n'est pas une étude scientifique. C'est juste la vraie vie.
Le Dr Mendelsohn est l'un des 40 experts australiens et internationaux qui ont appelé la TGA à se concentrer sur la vie réelle et légaliser une aide pour arrêter de fumer qui pourrait bien rendre obsolètes les vraies cigarettes.

"Nous avons des centaines de milliers de personnes juste ici", m'a t-il dit hier. "Ils sont des pères et des mères, des frères et des sœurs, des fils et des filles, et nous savons que deux sur trois d'entre eux vont mourir prématurément du tabagisme.
Ce n'est pas seulement une question de politique - la vie des gens est en jeu."
Nous allons voir aujourd'hui si le gouvernement met ces vies avant l'idéologie ou s'ils ont abandonné de protéger des personnes de la mort.
Quant à moi, je n'ai plus fumer une seule cigarette en six mois. Et si cela est un crime, alors il vaut la peine de vivre.
MISE À JOUR: Peu après midi, le TGA a rendu sa décision et le Dr Mendelsohn m'a envoyé un autre message. "Salut Joe," dit-il. "Vous êtes toujours un criminel."

jeudi 26 janvier 2017

Etrange promotion de Philip Morris par AT-Suisse

Cela ressemble à un de ces publi-reportages dont l'industrie cigarettière raffole. "Philip Morris a développé des précurseurs de la cigarette électronique dès les années 90", titre le dernier bulletin de l'Association suisse pour la prévention du tabagisme (AT-Suisse). La publication bernoise avance que la firme lausannoise voulait promouvoir "une alternative aux thérapies par substituts nicotiniques aux fumeurs soucieux de leur santé". Jouant sur le champ lexical de l'innovation technologique, l'encart surplombe deux articles consacrés aux adolescents. Selon AT-Suisse, cette information aurait été "découverte" dans les documents de Philip Morris par des chercheurs de l'Université de Californie menés par Stanton Glantz. Sauf que cette information est au minimum trompeuse, si ce n'est complètement faisandée.

Dans l'histoire réelle, un brevet d'e-cig a été déposé dès 1963 aux Etats-Unis par Gilbert A. Herbert. Soit plus de trente ans avant ces soi-disant "précurseurs" de Philip Morris. "Je l'ai montré à des entreprises dans la chimie, des sociétés pharmaceutiques et des compagnies du tabac. Ils ont fait ce qu'il avaient à faire pour protéger leurs marchés", explique G. Herbert en 2013 à Ashtray Blog. Son invention ne sera jamais produite. De nombreuses autres tentatives ont suivie comme le montre la liste impressionnante de brevets déposés. On note par exemple la première utilisation du terme vapotage par le Dr Norman Jacobson en 1980. La Favor sera même lancée sur le marché aux Etats-Unis avant d'être retirée sur injonction de la Food and drug administration (FDA).

Trente ans plus tard

En 1994, Philip Morris arrive bien tard avec ses projets qui n'ont plus rien de précurseurs. Pour ne pas dévaloriser son cœur de métier, le cigarettier laisse son prototype dans un tiroir durant 20 ans. C'est seulement devant l'essor fulgurant de la vape, relancée à l'initiative du pharmacien chinois Hon Lik, que Philip Morris ressort ses vieux plans et commercialise une vapoteuse en 2013. Son produit vieillot n'a pas grand succès et convainc la firme de se concentrer sur le tabac chauffé qu'elle avait aussi dans ses tiroirs depuis les années 1990.

La Post-Science produit aussi ses "faits alternatifs"

Mais alors, pourquoi le chercheur Stanton Glantz prend t-il pour argent comptant ce qui a tout l'air d'une auto-complaisante propagande du cigarettier? La question s'est posée à des observateurs, comme le spécialiste Jerôme Harlay, choqués de "ce coup de pub gratuit à Philip Morris" par l'article publié dans Tobacco Control mi-novembre. 

Le dépôt du dossier - pesant 15 tonnes - d'homologation de la cigarette de tabac chauffé Iqos par Philip Morris à la FDA, trois semaines après l'article de Stanton Glantz, est peut-être un début de réponse. Le chercheur californien est un des artisans de la réglementation de la FDA qui impose une procédure ultra-dispendieuse. Vanter les mérites technologiques de Philip Morris apparaît une justification avant l'heure du monopole dont vont bénéficier les cigarettiers grâce à ce règlement. Le mur financier qu'il érige, va bannir du marché les producteurs de vape indépendante sans les fonds en millions de dollars des multinationales.

Promo de cigarette sur RTS la 1ère

Dans le contexte Suisse, l'étrange promotion de la technologie du cigarettier vaudois n'est pas une première. Début septembre 2015, pour la sortie de la cigarette Iqos, Grégoire Vittoz avait lancé en direct sur l'antenne radio de la RTS la 1ère un tonitruant: "C'est très sophistiqué, c'est joliment fait. Pour l'avoir testé, c'est assez bluffant aussi en terme de goût". Le porte-parole de la Ligue pulmonaire suisse a t-il violé l'interdiction de promotion du tabac de la Loi sur la radio et télévision (LRTV) ? Personne ne s'est plaint... Possible que personne ne l'ait cru non plus.

Deux poids, deux mesures

Autre épisode à la fin de l'an passé, la Commission fédérale pour le prévention du tabagisme (CFPT) reprend à son compte la revendication de taxe anti-vape de Philip Morris. Chacun de ces faits peut être une maladresse sur fond de dogmatisme étriqué et de haine avérée contre les usagers. Mais ils s'ajoutent à l'absence totale de curiosité de ces organisations sur les raisons de l'administration fédérale à n'appliquer l'article 37 de l'ODAIOUs qu'à l'encontre du vapotage nicotiné et non pas aux produits des cigarettiers. Même l'Iqos a été autorisée sans problème en 2015 alors que les liquides de vapotage avec nicotine sont toujours interdits de vente. Pourtant, dans "l'élaboration hâtive de l'ODAIOUs, les produits du tabac sont soumis à l'article 37 de l'ordonnance", souligne l'association Helvetic Vape dans son plaidoyer concernant le vapotage

La multiplication de ces éléments troublants ne constitue pas une preuve. Mais il devient de plus en plus difficile de ne pas être pris de doutes sur l'étrange jeu de ces organisations soi-disant anti-tabac en guerre contre les vapoteurs et, de facto, en faveur du cigarettier Philip Morris.